Lecture / Ecriture
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Pascal Quignard, étude de l’œuvre de Dominique Rabaté

Dominique Rabaté
  Pascal Quignard, étude de l’œuvre

Pascal Quignard, étude de l’œuvre - Dominique Rabaté

Ni trop complexe, ni trop simple
Note :

   Qui n’a pas éprouvé, en lisant Pascal Quignard, le sentiment de "passer à côté de beaucoup de choses" qui se trouvaient bien dans le texte, mais qu’on ne savait pas voir ou comprendre? Moi en tout cas, c’est ce que j’éprouve et je ne dirais pas que je ne l’éprouve plus maintenant, mais tout de même, Dominique Rabaté m’a aidée à écarter certains voiles. Après avoir lu son essai, j’ai le sentiment de mieux "profiter" de ce que je lis, de mieux y pénétrer.
   Comme je tombe de plus en plus sous le charme de l’œuvre de Pascal Quignard, j’en étais venue à vraiment éprouver le besoin d’en entendre parler d’une façon suffisamment documentée et réfléchie. J’attendais de cette lecture qu’elle éclaire mes prochains voyages et séjours dans ces livres ainsi que, rétrospectivement, mes lectures précédentes, et les cinq étoiles dont j’accompagne aujourd’hui le commentaire de la lecture de cet essai traduisent ma parfaite satisfaction sur ces points.
   
   Pour commencer, je diffuse un conseil de D. Rabaté qui me paraît particulièrement juste: quand on veut découvrir l’œuvre de P. Quignard, mieux vaut l’aborder par les romans. Je sais que le sixième tome du "Dernier royaume" vient de paraître et qu’il nous tend ses pages précieuses… mais si vous ne connaissez pas encore cet auteur, "Tous les matins du monde" est un excellent premier pas dans l’espace si particulier de Quignard, pas qui pourra être suivi –si vous êtes séduit- de "L'occupation américaine", "Les escaliers de Chambord", "Le Salon du Wurtemberg" ou "Villa Amalia" par exemple. Gardez pour plus tard, quand vous serez complètement sous le charme, les "Dernier royaume" (que je vous déconseille de prendre pour des ouvrages de fantasy-fiction) et les "Petits traités". Ils vous raviront quand leur temps sera venu.
   
   Mais revenons à l’objet de ce commentaire. Maintenant, mon exemplaire de cette courte étude de D. Rabaté est tout annoté, corné, post-ité, c’est dire comme il a répondu à mes attentes.
    Il y a répondu tout d’abord par son niveau. Comme je le dis en titre, Rabaté a su trouver juste le degré qui convenait: ni trop complexe (ce qui l’aurait mis hors de portée des lecteurs de ce genre d’ouvrages- dont je pense être un élément plutôt représentatif), ni trop simple (ce qui lui aurait fait manquer son but –et celui du dit lecteur). Mais là, c’est juste bien. Cela demande une lecture à tête reposée mais pas le recours à des dictionnaires et recherches annexes, si vous voyez ce que je veux dire.
   
   Dans une première partie, D. Rabaté relève les thèmes principaux de l’œuvre et leurs racines dans l’histoire de Quignard car "sans chercher à être en aucune manière autobiographique (…) l’œuvre finit pourtant par dessiner un portrait en creux de son auteur" (40) . Il souligne le ton, la "puissance assertive" qui est la marque de l’écrivain ainsi que l’"avancée discursive: elle progresse en consumant de l’assertion" (29)
   
   L’auteur y étudie les principaux ouvrages, nous offrant quelques clés. Il en dévoile la fin (comment les étudier autrement?), je le signale pour ceux que cela intéresse, mais pour ma part, cela ne m’a pas gênée car chez Quignard, même les romans ne jouent pas sur un effet de surprise ou de chute et connaître le déroulement ne me détourne aucunement de les lire. Rabaté place son auteur par rapport aux diverses formes d’écriture (roman, contes, essai historiques ou critiques mais aussi livrets de musique ou de danse) etc. Car Quignard est susceptible de se les approprier toutes et également par rapport aux autres écrivains en une mise en perspective très intéressante. Ce fut l’occasion pour moi d’entendre parler de certains que je vais bientôt retourner voir de plus près.
   
   Pour finir, la conclusion s’impose, bien qu’elle ne soit encore qu’une question: "Est-ce à dire que Pascal Quignard serait devenu un classique de notre temps ou qu’il est en voie d’être reconnu pour tel? Il est sans doute trop tôt pour le dire, mais la consécration de l’œuvre se marque à de nouveaux signes : colloque de Cerisy, numéros de revues (Scherzo, revue des sciences humaines, Critique), volumes collectifs.
   Tous ces ouvrages saluent une écriture capitale qui appelle déjà la lecture scrupuleuse, le commentaire littéraire, la mise en relation de ses thèmes et de ses motifs." (172)

   
   Un petit bouquin où je retournerai et que je n’ai pas fini de consulter, tripatouiller et abîmer…
   
   
   PS : Cet ouvrage appartient à la collection "Ecrivains au présent" chez Bordas, dans laquelle vous trouverez également Annie Ernaux, Jean Echenoz et François Bon, si ces auteurs vous intéressent.

critique par Sibylline




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