Lecture / Ecriture
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Court, noir, sans sucre de Emmanuelle Urien

Emmanuelle Urien
  La collecte des monstres
  Court, noir, sans sucre
  Tous nos petits morceaux
  Le bruit de la gifle

Emmanuelle Urien est un écrivain français née en 1970.

Court, noir, sans sucre - Emmanuelle Urien

Café amer
Note :

   Samedi dernier tombait dans ma boîte à lettres un petit livre à bandeau rouge, avec la photo de l’auteur (une jeune femme avenante), et un titre qui annonçait des frissons: "Court, noir, sans sucre".
   La métaphore caféinée fait d’Emmanuelle Urien une sorte d’héritière d’Annie Saumont, grande prêtresse de la nouvelle, dont l’un des recueils s’appelait déjà "Noir, comme d’habitude". Comme elle, la jeune femme souriante du bandeau rouge ne recule pas devant des situations brutales ou sordides (morts, violences, deuils, désespoir dans toutes les nouvelles ou presque) et excelle dans la construction de récits à la fin légèrement décalée par rapport à ce que l’on prévoyait.
   
   Les nouvelles sont souvent construites sur des mots: comme la formule «fermé le dimanche» que le personnage de «Dans le panneau» tourne et retourne, à la recherche d’un subterfuge qui lui permettrait d’entrer dans la boutique interdite, ou les «plis» et les «vagues» qui submergent la «femme d’intérieur». Les titres aussi sont des jeux de mots souvent cruels: l’«assistance technique» de la première nouvelle ne proviendra pas d’un service client, tout comme «la mer à boire» démentira l’expression familière.
   
   Pour chipoter un peu, je dirais que je ne suis pas entrée tout de suite dans le recueil, les premières histoires me paraissant presque trop bien huilées, et donc pas tout à fait crédibles.
   Mais la deuxième partie du recueil casse un peu la mécanique de mort enclenchée dans les premières nouvelles, et glisse même une nouvelle à la chute comique, «Tristesse limitée».
   
   J’ai préféré les nouvelles les plus longues, comme «Jardin secret», un conte noir raconté du point de vue d’un adolescent et mêlant réminiscences du grand méchant loup et de l’arbre de la tentation, «Dans le panneau», monologue intérieur d’un idiot pas si bête que ça, ou «Tête de station», la journée d’un chauffeur de taxi chaleureux (je ne vous en dis pas plus).
   
   J’ai finalement plus apprécié les histoires qui ne s’intéressaient pas aux maux d’aujourd’hui (et de toujours), mais qui exploraient la pensée d’un personnage décalé ou qui s’extrayaient un peu de la réalité pour créer une atmosphère étrange (comme l’atemporelle «Guerre lasse», retour du soldat vers une épouse qu’il ne connaît plus vraiment).
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critique par Rose




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Nouvelle édition, augmentée
Note :

   Trop souvent les recueils de nouvelles sont une sorte de fourre-tout sans unité. Tel n'est pas le cas dans "Court, noir, sans sucre" d'Emmanuelle Urien (un excellent titre et une très jolie couverture , de la belle ouvrage pour cette réédition, revue et augmentée de deux nouveaux textes)
   
   Thèmes récurrents donc dans ces textes sombres mais pas sordides: la souffrance, le deuil; la faille cachée dans chacun des personnages fait résonner en nous des échos tus ou présents.
   
   Traitement différent pourtant car en lisant ces textes les uns après les autres, j'ai trouvé qu'il y avait une montée dans l'intensité de l'expression des émotions. Dans les premières histoires, en effet, l'écriture est presque aseptisée, les narrateurs tiennent leur douleur à distance et ne la révèlent que dans la chute de la nouvelle. Plus on avance dans le recueil et plus l'auteure montre sa compassion , sans mièvrerie aucune (voir le titre!).
   
   "Tristesse limitée" qui met aux prises un employé d'une administration chargé de traiter les dossiers des demandeurs d'emploi m'a particulièrement enthousiasmée par sa double chute jubilatoire … Quant au texte intitulé "le chemin à l'envers", vous ne pourrez pas le lire sans avoir le cœur serré... Les deux nouvelles nouvelles s'inscrivent parfaitement dans cette continuité et ne déparent pas l'ensemble.
   
   Même si comme moi vous n'aimez pas le café, vous vous régalerez!
   ↓

critique par Cathulu




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Le titre du recueil est parfait !
Note :

   "Les tempêtes, jusque là, ce n'était pas son genre : Marie-Claire a toujours fait profil bas, elle a la patience d'une plante verte qui attend d'être arrosée, stigmatisant la négligence de son entourage en s'étiolant sans bruit dans le petit coin où elle a choisi de prendre racine. Elle dépérit sans faire de vague, la discrétion est le prix à payer quand on vit aux dépens des autres. Le prix doit lui convenir, elle ne s'est jamais plainte".
   

   Quinze petites nouvelles. Le titre du recueil est parfait. La dernière gorgée est amère. Des situations quasiment banales, les souffrances grandes et petites de tout un chacun. Et puis une chute, la plupart du temps soudaine et cruelle. C'est superbement réussi, très bien écrit, l'auteur épingle les bassesses de ses contemporains, leur indifférence, leur violence cachée. On passe d'un gamin trop curieux à une sculptrice évanescente, d'un chauffeur de taxe virtuel à un retour de bâton paternel vieux de vingt ans, forcément on finit par se méfier, mais la claque on la prend quand même dans les dernières lignes.
   J'ai aimé, beaucoup, et je ne vais pas tarder à me pencher sur un autre recueil d'Emmanuelle Urien.
   
   "La première fois, j'ai trouvé marrant qu'elle soit du même avis que le curé, vu qu'elle dit toujours qu'elle ne peut pas l'encadrer, celui-là, et les autres pareils, avec leurs sermons à deux balles. Ça l'a fait sauter au plafond. Pas question qu'elle soit d'accord avec cette engeance-là! Alors elle m'a expliqué : ses dimanches à elle, c'est pour reposer ses palpitations, son arthrose et faire marner le grand Capital, tandis que le dimanche du curé, il lui sert à berner les pauvres gens et à leur faire croire au septième ciel alors qu'ils resteront leur vie entière bloqués au rez-de-chaussée, tout çà pour finir au sous-sol quand ils auront claqué".

critique par Aifelle




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