Lecture / Ecriture
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L'éclat du diamant de John Marcus

John Marcus
  L'éclat du diamant

L'éclat du diamant - John Marcus

Vampires...financiers
Note :

   Pigalle, Paris, une moto ne s'arrête qu'un instant, le temps de plomber un journaliste, Frédéric Carloni, auteur d'un brûlot politique et détenteur d'un manuscrit des plus explosifs.
   Pays cathare, Sud-Ouest de la France, au pied du nid d'aigle Peypertuse, un couple d'amoureux va bientôt entamer la montée vers la citadelle, accompagné d'un petit singe; le temps d'un soupir, ils sont envoyés ad patres par quelques sbires armés jusqu'aux dents.
    Paris, 36 quai des Orfèvres, le bureau du commissaire Delajoie où atterri la patate chaude: comment cacher, le temps d'y voir un peu clair, la mort d'un journaliste en vue à ses confrères? Et que lui voulaient ces voyous à moto?
   
   Au fil de l'enquête, la trame des questions conduit les équipes du commissaire à entrer dans l'univers des médias, de la grande distribution, de la finance internationale et de la politique. Autant de mondes qui s'entrecroisent pour mieux se mêler et s'imbriquer dans d'étonnantes combinaisons par le biais de personnages secondaires. Les enquêteurs emmènent le lecteur dans une partie de cache-cache des plus prenantes au cours de laquelle il croisera moult vampires plus dangereux les uns que les autres ainsi que du menu fretin et des proches qui réserveront bien des surprises... finalement le danger ne vient pas forcément d'où l'on pense!
   
   Je ne peux trop m'étendre sur l'intrigue, menée avec patience et pertinence par Lajoie et son équipe, pour ne pas déflorer le coeur du roman: comme tout bon polar la toile tissée tant par les suspects que par les enquêteurs est tellement riche et dense que trop en dire ruinerait le plaisir de la découverte... quelle pirouette facile pour ne pas s'enliser dans les révélations mal venues!
   
   "L'éclat du diamant" est vraiment un excellent polar français qui tient en haleine de bout en bout et ce malgré les passages explicatifs sur le fonctionnement de l'appareil policier, celui des méandres médiatiques et publicitaires, celui de la grande distribution ou encore l'univers plus que complexe de la finance internationale. Ces passages peuvent apparaître comme inutiles voire superfétatoires et donc rendant pénible la lecture du roman, or ils sont souvent essentiels pour saisir la subtilité des rouages de la narration... et puis c'est tellement délicieux de se perdre en conjectures pour mieux s'étonner du tour inattendu des déductions.
   
   Il est évident que l'auteur s'est extrêmement bien documenté tant sur les arcanes de la fonction policière (les petites rivalités entre "armes" sont bien vues et soulignées avec beaucoup d'humour sans sombrer dans l'extrême de "la guerre des polices") que celles du monde de la publicité, de la finance et de l'économie. Quant à la politique, elle est en filigrane dans l'intrigue: une critique à peine voilée des hommes et femmes politiques prêts à bien des compromis (voire compromissions) pour obtenir quelques mannes industrielles (pour le bien de leurs administrés, bien entendu). L'auteur s'est-il documenté seul ou avait-il à ses côtés une armada d'aides? Toujours est-il que tout sonne juste, tout est empaqueté sans laisser-aller pour la plus grande joie du lecteur. Le risque d'un tel étalage de didactique est d'écoeurer le lecteur néophyte et peu versé dans ces univers où le marketing et les cabinets de consultants sont les rois de la danse: à mesure que les rouages sont décodés, on découvre une vision du monde des moins alléchantes et des plus flippantes. On tremble de se dire que l'avenir des états, l'avenir des groupes agro-alimentaires ou industriels dépendent du bon vouloir des vampires de notre ère économique, c'est à dire les propriétaires de médias, les grandes enseignes d'hypermarchés qui sucent jusqu'à la moelle ceux qui ont besoin d'eux pour vivre et exister. J'ai beaucoup apprécié l'image des vampires car lorsqu'on lit l'actualité qui mène notre monde, lorsque l'on regarde d'un oeil plus critique ce que l'air du temps offre aux yeux, oreilles, bouches et cerveaux des citoyens, on ne peut s'empêcher de penser au vampirisme: avec un cynisme des plus éhontés, des plus odieux, les vampires des temps nouveaux extirpent la moindre goutte de sang sans donner quoi que ce soit en échange. Le nouveau capitalisme à la sauce financière internationale ne joue plus sur le mode d'échange mutuel mais sur celui, beaucoup plus mortifère, de l'aspiration de l'autre... et ces vampires ne sont jamais repus et en veulent toujours plus... aspirer plus pour gagner plus et aspirer derechef plus, telle pourrait être leur devise.
   
   J'ai trouvé fort astucieux de perdre le lecteur dans un dédale, où l'emberlificotement des fils est monstrueux, de pistes et de fourvoiements pour opérer un retournement des plus surprenant... qui cependant voit sa justification dans le labyrinthe de l'enquête et des digressions.
   
   Un défaut, cependant, vient assombrir la chose: l'objet-livre qui a la désagréable particularité de véhiculer de la publicité derrière la couverture et la quatrième de couverture; en effet, il y a parasitage même si la première réclame est en faveur d'une ONG et la seconde pour accompagner les lycéens de Terminale dans leur bachotage. Sans compter les références aux bonus que l'on peut lire en se connectant sur le site du roman ou les allusions à la sortie prochaine du deuxième roman. Le livre est-il un objet marketing comme un autre? Je m'étais déjà posé la question, dans un autre cadre, suite au mode promotionnel d’un autre roman de cette maison d'édition.
   Ce bémol n'a pas amoindri le plaisir que j'ai eu à suivre les questionnements et les découvertes de l'équipe du commissaire Delajoie et la joyeuse équipe m'a donné envie de suivre leur prochaine aventure! Je n'ai absolument pas regretté de m'être embarquée au 36, Quai des Orfèvres.
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critique par Chatperlipopette




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Polar pédagogique
Note :

   "L'Autre Editions" a laissé libre cours à l'écriture de John Marcus pour écrire "une nouvelle forme de policier".
   
   Rien de nouveau sous le soleil en ce qui concerne la formule puisque nous suivons une équipe de la PJ avec des gueules, parfois un peu stéréotypées, mais néanmoins auxquelles le lecteur pourrait s'attacher. Et c'est bien sur cela qu'auteur et éditeur comptent en nous donnant plusieurs fois des références à des ouvrages avec les mêmes protagonistes "A paraître".
   Lorsque je parlais de nouvelle forme, je voulais parler de l'écriture du roman. En plus d'une enquête, les instigateurs du genre semblent vouloir nous en donner pour notre argent et glissent tout au long des quasi 500 pages, de longs apartés ressemblant fort à des documentaires. Ainsi vous saurez tout sur les marges arrières, sur la construction du "premier hypermarché Rond-Point de Sainte-Geneviève-des-Bois, ville de banlieue située à une trentaine de kilomètres de Paris (...)", sur le nombre de ses places de parking, comment cette idée d'implantation est venue aux deux fondateurs etc...
   
   "Polar sociétal" (terminologie de présentation visible sur le site de l'éditeur) ne veut pas dire pour moi bavardages et longs laïus qui parfois me font perdre le fil de ma lecture ou m'ennuient. Lorsque je souhaite lire un polar, je le prends pour cela. Si j'apprends des choses en sus tant mieux mais je ne souhaite pas pour autant connaître toutes les ficelles économiques du PAF (paysage audiovisuel). Certains personnages secondaires ne semblent là d'ailleurs que pour pouvoir introduire davantage de détails. Le cas de Madame Vauthier / Michu me semble l'exemple type. Que nous apporte son évanouissement, si ce n'est un raccourci de l'auteur pour se débarrasser d'elle, une fois son chapitre sur les hypermarchés terminé!
   
   C'est d'autant plus dommage que les notions économiques contemporaines étaient intéressantes du fait notamment de l'actualité récente: la diminution de la publicité à la télévisions, le problèmes des tunnels de pub, l'affrontement des chaînes télévisées, la revendication des fournisseurs par rapport aux marges des distributeurs... (oui les sujets ne manquent pas comme vous pouvez le voir)
   
   A trop vouloir nous donner de l'information John Marcus nous noie parfois. Du coup, l'enquête ne devient quasi qu'un prétexte et la lectrice que je suis termine son livre en soupirant et en se demandant si la ligne éditoriale sera conservée et si elle aura le courage de réessayer un ouvrage de cet éditeur.
   
   Un roman plus condensé aurait davantage répondu à mes attentes.

critique par Delphine




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