Lecture / Ecriture
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Hamlet de William Shakespeare

William Shakespeare
  Le marchand de Venise
  Beaucoup de bruit pour rien
  Cymbeline
  Le songe d'une nuit d'été
  Titus Andronicus
  Jules César
  Hamlet
  Antoine et Cléopâtre
  Le roi Lear
  Macbeth
  Othello
  Coriolan
  Tout est bien qui finit bien

William Shakespeare est né à Stratford upon Avon, probablement en 1564.

Il écrivit trente-sept œuvres dramatiques entre les années 1580 et 1613. Son oeuvre est constituée de pièces, romances et poèmes.

William Shakespeare est mort à Stratford upon Avon en 1616.

On vous parle également ici d'un "Dictionnaire amoureux de Shakespeare" (François Laroque), d'une biographie (Peter Ackroyd) et d'une  "Antibiographie" (Bill Bryson). Tout en se posant beaucoup de questions sur cet étrange barde de Stratford (John Florio alias Shakespeare - Lamberto Tassinari).


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Hamlet - William Shakespeare

Mieux en V.O
Note :

    Résumé
   "Il y a quelque chose de pourri au royaume du Danemark...
   
   Le soir venu, le spectre du roi défunt hante les brumes du château d'Elseneur. Il crie vengeance. Honte à son frère Claudius, le lâche assassin! Hamlet, son fils, a promis... Ce crime ne restera pas impuni. Mais au bord du gouffre, le voilà qui vacille… Être ou ne pas être?"

   
   
   Commentaire
   Je ne copie qu'une partie du quatrième de couverture, juste au cas où certains ne connaîtraient pas l'histoire d'Hamlet. Pour ma part, j'ai découvert cette pièce (ainsi que plusieurs autres) à l'adolescence. En fait, je me suis passionnée pour le théâtre de Shakespeare (j'adore le théâtre Shakespearien... j'aime tout - bon... presque tout - c'est plus fort que moi...) à cause de... "Autant en emporte le vent"... Je vous mets au défi de trouver le lien! Mais il y en avait un, je le jure!!!
   
   Suite à ma lecture de "Sauvez Hamlet" de Jasper Fforde, j'ai bien entendu eu envie de me replonger dans cette histoire, ce que j'ai fait pendant les 4 minutes par jour que je ne passe pas à courir comme une folle. Toutefois, j'ai lu ce texte en français alors que j'ai toujours lu cette pièce en anglais. C'est... différent! J'ai beaucoup aimé la traduction, où chaque mot a sa place, où chaque symbole est présent, mais c'est très, très différent du texte original avec son rythme, ses rimes, ses expressions si particulières, sa langue... La pièce a une grande force en français également mais j'y ai trouvé moins de charme que dans sa version originale.
   
   Je n'élaborerai pas sur l'histoire, vu qu'elle est très connue. Je ne me risquerai pas non plus à analyser les thèmes, le contenu ou encore le personnage d'Hamlet, dans toutes ses nombreuses dimensions... bien d'autres s'y sont aventurés! Je me souviens de plusieurs looongues discussions au sujet de (l'apparente) folie d'Hamlet, sur ses motivations, ses hésitations, ses relations avec les divers personnages (je l'ai déjà dit, j'ai des amis bizarres...) Ici, presque tout l'important est dans les monologues et chaque mot à sa signification. On peut trouver des symboles un peu partout et en plus, les images évoquées ont vraiment quelque chose de spécial. À chaque fois que je lis Shakespeare (surtout en VO, je l'avoue), je suis transportée dans son monde, dans la tête de ses personnages. Certaines phrases de la pièce sont cultes pour moi (en particulier la dernière phrase d'Hamlet.. "The rest is silence"... c'est vraiment évocateur pour moi... tout avait été dit...).
   
   Bref, je relis toujours Shakespeare avec grand plaisir... c'est l'un de mes incontournables!
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critique par Karine




* * *



Moi et Shakespeare!
Note :

   Il n'y a pas à barguigner, les voies de la culture son impénétrables. Ma vie étant tout à fait fascinante, comme il se doit, je vais commencer par vous infliger quelques souvenirs de mes jeunes années d'adulte, certes pas bien éloignées comme certaines mauvaises langues ne vont pas manquer de le faire remarquer, mais néanmoins jeunes. Des souvenirs que je n'ai pas encore révélés dans quelque tag que ce soit et dont vous allez avoir la primeur. Je sens que votre curiosité est en éveil, si, si, ne le niez pas!
   Bref, moi et Shakespeare donc. Une vieille histoire d'amour comme il se doit. Oui, vieille! Il aurait fallu que vous me voyiez visionnant pour la quarantième fois sous l'œil fatigué de ma petite famille le monologue de la bataille d'Azincourt joué par Kenneth Branagh dans Henri V, frémissant aux vilenies de Richard III, écrasant ma larme à la mort de Roméo, frétillant d'aise à la chute de "Beaucoup de bruit pour rien", hurlant de rire devant une mise en scène enthousiasmante de "La nuit des rois" avant de bailler devant un atroce Richard III. Sans compter Orson Welles dans Othello et Macbeth, "Le songe d'une nuit d'été" et une Pléiade débarquée fort opportunément dans ma vie un matin! Ceci dévoilé, il ne m'était jamais arrivé de lire Shakespeare dans le texte ce qui était un sérieux manque à ma culture et ne devait pas rester en l'état. Aussi, l'occasion faisant le larron, l'arrivée dans les pénates de Fashion de certaine adaptation de certaine célèbrissime pièce jouée par certain sublimissime acteur a marqué le début d'une nouvelle expérience autour d'Hamlet. Après un faux départ du à la mauvaise volonté manifeste d'un environnement inapte à reconnaître la qualité exceptionnelle de David T., j'ai passé trois heures enchanteresses, enfin, nettement plus, à bouquiner Hamlet en anglais et en français avant que de visionner l'adaptation RSC/BBC de 2009 en frémissant/jubilant/riant/écrasant une larme.
   
   "Hamlet", j'en gardais un souvenir finalement assez vague, le plus récent étant son utilisation drolatique par Jasper Fforde dans "Sauvez Hamlet!"!, quatrième volet fort réussi des aventures de Thursday Next. Aussi, le plaisir que j'ai pris à la lecture de la pièce était presque celle d'une découverte. Quelques soient les souvenirs que j'en gardais, ils ne rendaient aucunement justice à la richesse du texte. Shakespeare est un magicien. D'une presque banale histoire d'adultère et de vengeance, il tire une pièce qui détourne les canons du genre sans presque en avoir l'air. Mais avant toute chose, un court résumé pour ceux qui n'auraient jamais entendu parler de ce brave vieux Hamlet et de ses mésaventures.
   "Something is rotten in the State of Danmark". Claudius a succédé sur le trône à son défunt frère dont il a épousé la veuve, Gertrude. Les rumeurs de guerre se précisent. Hamlet, lui, pleure la mort de son père jusqu'à la sombre nuit où le fantôme de ce dernier lui apprend qu'il a été assassiné par son propre frère et lui demande de le venger. Le voilà déchiré entre son devoir, son indécision et la nécessité de feindre la folie pour détourner les soupçons de Claudius
   
    A la lecture, on pense évidemment au théâtre antique, aux Atrides, avant que les préfaces des divers éditions n'apprennent que Shakespeare s'est inspiré de pièces existantes, et surtout de la geste danoise médiévale. Histoire banale, Hamlet l'est d'une certaine manière: un homme assassine son frère par soif de pouvoir, jalousie, désir de posséder sa femme. Un fils cherche à venger son père comme son devoir filial le lui impose, reproche à sa mère son remariage trop rapide et son bonheur manifeste. Le personnage de la reine Gertrude m'a rappelé celui de Clytemnestre dans l'Electre de Giraudoux. Je me souviens de l'indignation qui avait saisie l'adolescente que j'étais devant les fautes de cette mère, puis la prise de conscience du déchirement qu'avait dû subir cette femme quand son époux et son roi avait sacrifié sa fille aux dieux et des raisons des actes que lui reprochait Electre, si pénétrée de ses certitudes et de la légitimité de sa vengeance. Gertrude est un peu le même type de personnage: femme qui se trouve aux prises avec une sensualité et des besoins que la décence lui impose de ne pas, ne plus ressentir, épouse qui n'a sans doute pas choisi son époux et ne s'est pas trouvée si mal de sa mort, mère aussi et presque avant toute chose. C'est un personnage magnifique, autant que celui d'Hamlet. Bien sûr tout a déjà été dit et fort bien par les universitaires et autres spécialistes, mais quel merveille quand même! Ce prince qui doit se venger, simule la folie, manque y sombrer sous la pression des exhortations contraires de son devoir et de sa nature! On dirait que Shakespeare se plaît à en faire un anti-héros dont la vengeance s'accomplit presque malgré lui et qui broie dans ses tentatives et ses ruses la femme qu'il aime et sa mère. La tragédie réside finalement plus dans son échec que dans la vengeance en elle-même.
   
   "Hamlet" est aussi une pièce profondément politique, qui montre les conséquences de la soif de pouvoir, les causes des guerres, les ruses et les manipulations, comme celle dont est victime Ophélia, les meurtres. Mais ce que j'ai préféré, c'est sans aucun doute la manière dont Shakespeare utilise les mises en abyme pour accentuer l'effet de jeu de dupes et de faux-semblants auxquels se livrent ses personnages dans leur confrontation mortelle. Pièce de théâtre dans la pièce de théâtre où les comédiens rejouent le meurtre du roi, Hamlet jouant la folie, courtisans jouant l'amitié, au final, le lecteur se laisse emporter dans ces jeux de miroir et cette comédie qui n'est pas sans humour. Le tout est servi par une langue superbe, poétique, rythmée,... et difficile! Il ne faut pas se le cacher, lire Shakespeare dans le texte n'est pas franchement facile, d'où l'intérêt d'une édition bilingue! Mais quel plaisir de découvrir ces magnifiques monologues en version originale et de goûter à la musique de la langue anglaise! J'en ai même déclamé certains passages à voix haute dans mon canapé!
   
    Au passage, mention spéciale à la traduction de François Maguin dans l'édition bilingue de Garnier-Flammarion. Fidèle à l'original, elle est aussi un bonheur de lecture et une aide précieuse à qui découvre cet anglais ancien, parfois difficile à saisir dans ses expressions et ses tournures. Pouvoir lire Shakespeare dans le texte sans en perdre le sens, merci monsieur Maguin!
   
   Bref, vous l'aurez compris, j'ai été conquise et même plus par cette lecture en bilingue. Mais quid de l'adaptation? Oh que non! C'est une petite merveille. Pourtant, pendant la première demi-heure, j'ai été un peu déstabilisée par le parti pris de la mise en scène, qui mêle costumes modernes, décors sobres, utilisation de caméras de vidéo-surveillance pour ne citer que cela. Puis, petit à petit, la magie a opéré. A mon sens, ce choix, sans nuire au texte, permet de souligner l'actualité des thèmes de Hamlet. Sans compter que le fait de tourner la pièce comme un film et non de capter la pièce sur scène comme cela se fait parfois permet une mise en scène fluide et des effets intéressants même si cela se fait au prix de quelques libertés prises avec le texte: inversion des scènes, tirades tronquées, voire coupées. Tout s'enchaîne avec justesse. L'utilisation des caméras permet un effet de mise en abyme intéressant qui sert l'atmosphère étouffante et paranoïaque de la pièce, sans compter les jeux de miroirs: fêlés, sans tain, ils sont omniprésents.
   
   Le jeu des acteurs quant à lui est proprement incroyable. Tennant le premier, pour ne pas le citer: il fait sentir toute l'ambiguïté du personnage de Hamlet. Fou lucide, enfant trahi par sa mère et refusant la mort de son père, amoureux cruel, tous les registres sont parfaitement maîtrisés. Son interprétation des monologues est impeccable. Il excelle aussi bien dans la part de comédie et de ridicule que recèle la pièce que dans la tragédie pure. Son jeu, d'une rare intensité est parfaitement soutenu par celui des autres acteurs. Ce qui donne à ressentir la violence, la souffrance incroyable que recèle le texte. Il y a des passages hallucinants comme celui où il s'oppose à sa mère, où cette scène incroyable où Ophélia, complètement égarée, des fleurs plein les bras. Ou... Il y en a tellement qu'il devient difficile de tous les citer. L'ensemble est prenant et passionnant, recommandé à ceux qui veulent découvrir Hamlet loin des costumes d'époque et de la déclamation.
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critique par Chiffonnette




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« The rest is silence »
Note :

   Il y a de nombreuses années (je vous parle d'un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître, chers happy few), le ciné-club de la petite ville de province où je vivais (oui, c'est "souvenirs time" mâtiné de "je raconte ma vie", mais bon, ça arrive si peu souvent que vous n'allez pas vous en plaindre, non?) avait proposé une semaine thématique autour d'Hamlet. C'est ainsi que je découvris, médusée, l'interprétation hystérique de Mel Gibson dans l'adaptation de Zeffirelli (et croyez-moi, ceux qui n'ont pas vu ça n'ont rien raté sauf un immense fou rire et beaucoup de soupirs), celle, assez collet monté de Laurence Olivier (acteur qui ne m'a décidément jamais convaincue) et quelques curiosités comme "Hamlet goes business" d'Aki Kaurismaki, qui transpose l'histoire dans les années 30. Et comme j'ai toujours été une obsessionnelle monomaniaque, chers happy few (ça doit être génétique, je ne vois que ça) j'en avais profité pour lire la pièce en français dans la traduction de François-Victor Hugo (ça a l'air d'être un détail mais cette pièce a été traduite à de nombreuses reprises et je n'aime pas du tout la version de Gide disponible en Pléiade, par exemple) (et celle de Hugo n'est trouvable que d'occasion). Et si mon histoire avec Shakespeare ne faisait que commencer, puisque j'ai lu et vu un grand nombre de ses pièces et que "The Tempest" fut ma toute première expérience de théâtre en anglais, celle avec "Hamlet", elle, s'était arrêtée là (si l'on excepte sa drolatique thérapie dans "Something rotten" du grand Jasper).
    
   Jusqu'à ce que.
    
   Jusqu'à ce que David Tennant, un jeune acteur inconnu (comment ça je plaisante, chers happy few? je n'oserais pas, c'est si peu dans ma manière) reprenne le rôle en 2009, au théâtre d'abord, puis dans un téléfilm de la BBC adapté de la mise en scène de la RSC (Royal Shakespeare Company). Je me suis procuré le DVD (une pulsion inexplicable, évidemment) et, avant que de me lancer dans le visionnage, j'ai eu envie de relire la pièce. Et comme depuis une dizaine d'années je lis des romans en anglais, j'ai décidé, wild girl que je suis, de lire "Hamlet" dans la langue de Shakespeare (oui, je sais, elle est facile celle-là, vous pouvez me jeter des exemplaires du dernier Zeller pour me punir, je le mérite, va). Mais comme je suis une aventurière en pantoufles, j'ai opté pour la version bilingue, et ça tombait bien, celle de François Maguin publiée chez G-F était dans ma PAL; comme quoi tout est dans tout et inversement comme disait le poète moldave en se servant une bière.
    
   Et figurez-vous, chers happy few, que j'ai eu le choc de ma vie.
    
   Le style de Shakespeare, mélodieux et imagé, âpre et incandescent, m'a littéralement transportée et j'ai passé trois jours cramponnée à mon exemplaire (qui a d'ailleurs beaucoup souffert le pauvre, il est corné de partout et plein d'annotations de toutes les couleurs) au point d'en rater ma correspondance dans le métro (la preuve ultime comme le savent les citadins), de ne parler que de ça autour de moi (les méchantes langues vous diront que ça les a changées du Docteur mais il ne faut pas écouter les médisants) et d'en relire des passages aussitôt terminés (une chose que je ne fais jamais), et même d'en apprendre par cœur ("A murderer, a villain...", pouvait-on m'entendre déclamer en me brossant les dents, car oui, je suis multitâches, qui en doutait). Bref, un coup de foudre comme il en arrive quelques-uns dans une vie de lectrice, bouleversant et irrémédiable.
    
   Je pitche quand même pour ceux qui auraient passé les cours d'anglais à se demander où est ce maudit Brian: Hamlet, prince du Danemark, est rentré au pays pour assister aux funérailles de son père et au remariage de sa mère, Gertrude, avec Claudius, frère de feu le roi. Hamlet, personnage déjà naturellement enclin à la mélancolie, est bouleversé par la révélation du spectre de son père qui lui apparaît une nuit: Claudius l'a assassiné et il exige que son fils le venge. 
    
   Il a été tant écrit sur cette pièce, chers happy few, que je me contenterai du minimum: Hamlet est à la fois une tragédie antique (famille maudite, reine sur qui pèse le soupçon de l'adultère, frère meurtrier, trouble relation entre Hamlet et sa mère, folie et vengeance), une pièce politique (cour corrompue emplie de courtisans serviles comme Osric ou Polonius, qui sont prêts aux pires exactions pour satisfaire le roi comme Rosencrantz et Guilderstern qui emportent en Angleterre la condamnation à mort d'Hamlet sans sourciller) et psychologique, Hamlet étant un personnage d'une incroyable complexité, qui s'interroge sans cesse sur ses actions, ce qui est parfaitement visible dans les nombreux et longs monologues qui sont les siens. Jeune homme populaire, qui simule la folie pour se donner l'avantage de la surprise avant que d'être victime de son propre stratagème, dangereux ("Yet I have in me something dangerous/Which let thy wisdom fear", dit-il à Laerte le jour de l'enterrement d'Ophelia) et aux sentiments ambigus. Et cette histoire pleine de bruit et de fureur, qui s'achève dans un bain de sang, est servie par une langue fabuleuse, chers happy few. Vers et prose alternent dans un style flamboyant et puissant, certes difficile (il m'est arrivé de devoir me raccrocher à la traduction, très littérale, de François Maguin, notamment pour élucider quelques problèmes de syntaxe), mais sublime.
    
   Quant à l'adaptation, elle est très intéressante dans ses parti-pris de mise en scène et dans sa volonté d'être un mélange entre théâtre et téléfilm: le décor est un lieu vaste et vide, tout de noir tendu, avec un sol réfléchissant, directement emprunté à la mise en scène théâtrale, et un miroir brisé revient comme un fil rouge (le thème du miroir parcourt la pièce et sur la scène il y avait un miroir gigantesque). La scène est filmée par des caméras de surveillance, qui prennent parfois le relais de la caméra, pour bien montrer la surveillance constante qui est à l'œuvre dans la pièce, surveillance dont Hamlet se sent l'objet et qui n'est pas simple paranoïa de sa part. Et si l'utilisation de ce procédé m'avait semblé un peu artificiel au départ, il prend tout son sens dans la scène où Hamlet, qui se sent surveillé, arrache la caméra du mur et dit "Now I am alone". Du côté du texte, certaines coupes ont été effectuées, parfois juste quelques vers dans une tirade, ou un échange, parfois aussi des scènes entières comme la scène 6 de l'acte IV ou le début de la scène 7, ce qui conduit à un resserrement de l'intrigue en supprimant tout le retour d'Hamlet et l'explication du destin de Rosencrantz et Guildenstern et presque purement et simplement l'aspect guerrier (le roi de Norvège vient réclamer ce qui fut pris 30 ans auparavant), ce qui explique aussi la fin, le téléfilm s'arrêtant à la mort d'Hamlet et non à l'arrivée de Fortinbras. Le plus étonnant reste le télescopage entre les actes II et III : en plein milieu de la scène 2, quand Gertrude dit voir entrer Hamlet, le texte saute à la scène 1 de l'acte III, où Polonius enjoint à sa fille d'engager la conversation avec Hamlet, conversation suivie par les deux pères derrière un miroir sans tain, puis à la fin de la confrontation entre Hamlet et Ophelia on revient à la scène entre Polonius et Hamlet, scène qui prend évidemment un sens différent puisque la confrontation entre les deux jeunes gens a déjà eu lieu. Je ne sais pas encore si ce "montage" se justifie, il faudrait pour ça que je voie d'autres adaptations, une chose est certaine, il ne nuit aucunement à la fluidité de l'intrigue.
     
   Il faut évidemment dire un mot de l'interprétation, que j'ai trouvée impeccable chez tous et franchement extraordinaire de la part de David Tennant. Il campe un incroyable Hamlet, d'une infinie justesse dans toutes les situations et émotions, et son interprétation du célébrissime "To be or not to be" est d'une beauté à faire pleurer (j'ai versé une larme, parce qu'on ne se refait pas, chers happy few). Il y a une intensité folle dans ses regards, ce qui est bien évidemment la (seule?) supériorité de la télévision sur le théâtre: les gros plans permettent de saisir les nuances perdues pour les spectateurs dans une salle de théâtre, de même que le texte peut se permettre d'être ici intériorisé et dit dans un souffle et non projeté pour des centaines de spectateurs. J'ai été vraiment impressionnée par sa prestation, à tel point que je me suis repassé certains passages (comment ça, je suis obsessionnelle, chers happy few?).
    
   Au final, c'est une adaptation que je recommande chaudement, chers happy few, et que je vais pour ma part chérir, en attendant de voir celle de Brannagh, acquise la semaine dernière. Entre Hamlet et moi c'est décidément une folle histoire d'amour.

critique par Fashion




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