Lecture / Ecriture
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L'empereur d'Occident de Pierre Michon

Pierre Michon
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Pierre Michon est un écrivain français né dans la Creuse en 1945. Il a été élevé par sa mère, institutrice.
Il a fait des études de Lettres à Clermont-Ferrand jusqu’à un mémoire de maîtrise sur Antonin Artaud.



* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

L'empereur d'Occident - Pierre Michon

Bas Empire
Note :

   Un narrateur dont l'identité n'est révélée au lecteur qu'à la fin du texte, évoque ses rencontres avec un Levantin chauve qui a connu Alaric, le chef des Goths, le vainqueur de Rome.
   
   «Il avait exercé des charges; deux doigts manquaient à sa main droite…» Ce vieux magistrat est Priscus Attalus, le musicien, le joueur de lyre, élevé à Antioche, qui a joué pour Alaric et ce chef de guerre en a fait un éphémère empereur d'Occident tandis qu'Honorius s'était barricadé dans Ravenne. Plus tard, Attalus se retrouvera finir ses jours dans l'île de Lipari, là où le narrateur a passé quelques soirées en sa compagnie.
   
   Le narrateur lui a raconté «Ravenne et sa cour frileuse» et puis «Placidia, la noiraude, l'impitoyable, qui avait usé un roi goth et un patrice des Gaules, qui aujourd'hui partageait la couche de son frère et régnait à sa place sur l'Empire d'Occident.» Et de son côté Attalus lui fait la conversation; il lui parle d'autres soirées, passées en compagnie d'Alaric, qui avait dû être quelque chose comme la terreur des braves gens avant qu'Attila n'arrive à son tour dans l'Empire d'Occident. Le narrateur se souvient:
   
    «Alaric buvait… Les danseuses, éberluées ou terrifiées allaient comme des somnambules; l'une d'elles manqua un pas, se releva et éperdument tenta de reprendre le rythme, s'effondra en pleurs. Le regard d'Alaric flottait là-dessus comme celui d'un bœuf sur une prairie, avec pourtant une insolence courtoise, paisible. Le musicien stupéfait découvrit que c'était pour ce regard qu'il jouait, depuis toujours. Alaric, peut-être pour mettre fin au calvaire des danseuses, eut le désir d'entendre des vers; on chanta encore une fois la chute de Troie, le roi menteur d'Ithaque œuvrant à sa machine perfide, le mensonge qui renverse des trônes et jette dans votre lit les reines captives…»

   
   Joli programme! Mais le temps passe et, Alaric mort depuis longtemps, le narrateur va à son tour livrer des batailles qui changent le cours de l'Histoire… Belle prose, travaillée, ciselée, pas faite pour les lecteurs trop pressés. Ce n'est pas de l'histoire scolaire, rien à voir avec les vieux Mallet-Isaac, Pierre Michon ne nous embarrasse pas ici de détails chronologiques ni de savante érudition. Au contraire, il préfère nous émerveiller par son style, au doux son de la lyre. Amateurs de réalisme cru et d'épais romans, ça va vous changer!
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critique par Mapero




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Michon chez les Romains
Note :

   Musicien à la cour du roi goth Alaric au moment de la chute de l'Empire romain, Priscus Attalus est devenu un éphémère empereur d'Occident. Aetius, qui le rencontre après sa déchéance, recueille ses souvenirs.
   
    Comme dans ses livres précédents (celui-ci est le troisième), Michon s'empare de personnages réels dont il transforme la vie en épopée. Cependant, si les procédés et le style restent les mêmes, il semble ici que la machine tourne à vide. Il manque le côté viscéral des "Vies minuscules" et de "Joseph Roullin", une sorte de rage d'écriture transformée ici en esthétique glacée. On dirait que Michon paie son tribut à Flaubert, à Salammbô en particulier, et il échoue pour une fois à embarquer le lecteur dans son voyage. Il reste les pépites, des phrases comme celle-ci :
   
    "... nous parlâmes naturellement de navigation, des amis de la rame et des vaisseaux noirs, de navigation et de poésie grecque: car l'une ne peut être dite sans l'autre, à tel point qu'on ne sait laquelle est le texte de l'autre, et si d'abord on jeta de frêles charpentes goudronnées, ou des mètres de juste syntaxe, sur le pur hasard de la mer et des langues."

critique par P.Didion




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