Lecture / Ecriture
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Diego et Frida de Jean-Marie Gustave Le Clézio

Jean-Marie Gustave Le Clézio
  Le rêve mexicain ou la pensée interrompue
  L'Africain
  Cœur brûle et autres romances
  Le livre des fuites
  La quarantaine
  Gens des nuages
  Sirandanes
  Ailleurs
  Etoile errante
  Ritournelle de la faim
  Raga, approche du continent invisible
  Dès 08 ans: Voyage au pays des arbres
  Diego et Frida
  Ourania
  La Ronde et autres faits divers
  Poisson d’or
  Désert
  Onitsha
  Ados: Lullaby
  Tempête
  Le Déluge
  Bitna, sous le ciel de Séoul

AUTEUR DU MOIS DE MARS 2006

Jean-Marie Gustave Le Clézio est né à Nice, le 13 Avril 1940, d'une famille bretonne émigrée sur L'île Maurice au XVIII siècle. Ce Docteur en lettres obtint le Prix Renaudot en 1963 avec "Le procès verbal". Il n'a jamais cessé d'écrire et a ainsi produit aujourd'hui près de 40 ouvrages et la source n'est pas tarie. En 1980, il reçut encore le prix Paul Morand pour l'ensemble de son oeuvre.

Prix Nobel de Littérature 2008

En dehors de ses romans, d'inspiration souvent autobiographique ou du moins familiale, voyageur, écrivain, passionné par les civilisations anciennes, il s'est toujours intéressé aux cultures africaines et d'Amérique latine et leur a consacré des témoignages et des essais.

* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Diego et Frida - Jean-Marie Gustave Le Clézio

Deux artistes révolutionnaires
Note :

   Les fidèles lecteurs de Jean-Marie Gustave Le Clézio le savent bien – depuis "Le rêve mexicain ou la pensée interrompue", "Ailleurs", "Révolutions" ou plus récemment "Ourania", le Mexique fait partie des lieux chers à son coeur, et les paysages, l'histoire et la culture de ce pays lui ont inspiré quelques pages magnifiques. Il n'y a donc rien de surprenant à ce que l'écrivain français se soit penché sur deux des figures les plus marquantes de la création artistique du XXème siècle au Mexique. Par contre, ce qui m'a bel et bien surprise, c'est l'approche qu'il a choisie: étonnamment sage, distante, par moment convenue et finalement un peu froide.
   
   J'aurais aimé trouver sous la plume de Le Clézio davantage d'empathie, de passion, de feu, bref de vie. Et les quelques pages qu'Antoni Casas Ros a consacrées à Frida Kahlo, dans son recueil de nouvelles "Mort au romantisme" sonnent bien plus juste à mes oreilles, et éclairent bien mieux sa personnalité tourmentée et ses relations tempétueuses avec son enfant terrible de mari que les trois cents pages de "Diego et Frida".
   
   C'est donc avec une pointe de déception que j'ai refermé ce livre, qui n'est pas pour autant complètement dénué d'intérêt. Bien au contraire! Car Jean-Marie Gustave Le Clézio a su ici rendre pleinement justice au bouillonnement créateur du Mexique du début du XXème siècle, alors que le pays émergeait à peine de ce qui fut au fond la première vraie révolution sociale – la révolution de 1910, anticipant et préfigurant même la révolution russe –, qu'il redécouvrait ses racines amérindiennes et se faisait terre d'accueil pour les artistes et les intellectuels fuyant l'Espagne franquiste ou l'Allemagne nazie, qui vivifièrement en retour la société mexicaine. Toute la singularité et la profonde originalité de la vie sociale, intellectuelle et artistique de cette période se trouvent ainsi admirablement mises en lumière, peut-être mieux même que dans "Les années avec Laura Diaz" où Carlos Fuentes dresse du Mexique de l'époque un tableau pourtant très vivant et détaillé.
   
   
   Extrait:
   
   "Il est difficile aujourd'hui, dans un monde laminé par les désillusions, les guerres les plus meurtrières de tous les temps, et par la pauvreté culturelle grandissante, de se représenter le tourbillon d'idées qui enflamment Mexico durant cette décennie qui va de 1923 à 1933. Alors le Mexique est en train de tout inventer, de tout changer, de tout mettre au jour, dans la période la plus chaotique de son histoire, quand, sur la scène politique, se succèdent les régimes, depuis les derniers rituels médiévaux de Porfirio Díaz jusqu'à l'héroïsme révolutionnaire de Lázaro Cárdenas, en passant par les aléas de la politique d'Alvaro Obregón, de Plutarco Elias Calles et de De La Huerta.
   Tout est à inventer et tout apparaît durant cette époque fiévreuse: l'art des muralistes au service du peuple – les seuls vrais «romanciers de la Révolution», comme les appelle Miguel Angel Asturias – écrivant sur les lieux publics l'histoire tragique et merveilleuse du continent amérindien; l'art au service de l'éducation, quand les campagnes d'alphabétisation du monde rural utilisent le théâtre de marionnettes, la gravure populaire à la manière de Posada, la comédie de rue, les écoles rurales. L'enthousiasme pour l'ère nouvelle gagne tout le pays. Dans les villages les plus isolés (dans la vallée de Toluca, les steppes du Yucatán, ou le désert de Sonora), les maîtres d'école indigènes fondent des académies de nahuatl, de maya, de yaqui, éditent des journaux, des lexiques, des recueils de légendes. La peinture naïve – non pas celle des chapelles et des marchands de tableaux, mais comme plus tard en Haïti ou au Brésil, la peinture née dans les champs et dans la rue – éclate comme un feu d'artifice dans une fête: elle pénètre et force la peinture officielle, apporte ses formes, ses visions nouvelles, une façon inédite d'embrasser le monde, de rendre sa pureté à la culture. La révolution fauve et cubiste qui avait un instant attiré les grands peintres de la modernité est balayée au Mexique par cette révolution populaire qui détourne l'art de la culture gréco-romaine, le replonge dans sa réalité contorsionnée du quotidien où les expressions, les symboles, les équilibres et jusqu'aux lois de la perspective n'obéissent pas aux mêmes critères." (pp. 83-85)

critique par Fée Carabine




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