Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

L'Oiseau d'acier de Vassili Axionov

Vassili Axionov
  Confrères
  Notre ferraille en or
  Recherche d'un genre
  L'Oiseau d'acier
  Paysage de papiers
  Une Saga Moscovite
  Les oranges du Maroc
  A la Voltaire
  Les hauts de Moscou
  Terres rares

Vassili Pavlovitch Axionov (en russe : Василий Павлович Аксёнов) est un écrivain russo-américain né le 20 août 1932 à Kazan, mort le 6 juillet 2009 à Moscou.

En 1980, il avait été déchu de la nationalité russe et expulsé. Il avait alors enseigné la littérature russe à Washington. A partir des années 1990, la situation politique lui permet de reprendre les séjours en Russie. Durant ses dernières années, il a vécu entre Biarritz et Moscou.

Il est le fils de l'écrivain Evguénia Guinzbourg.

L'Oiseau d'acier - Vassili Axionov

Un drôle d’oiseau
Note :

   Avec ce titre emprunté à une chanson de soldats citée en exergue, Axionov nous donne un conte satirique plus que politique. Pourtant, la censure n'a pas voulu de lui dans l'URSS de 1978. Plusieurs passages pouvaient effectivement déplaire au pouvoir. On y trouve un vice-ministre plaqué par sa femme «férue d'objets anciens», un immeuble collectif qui tombe en ruines (possible métaphore de l'Union soviétique?), et des médecins juifs persécutés à la fin du règne de Staline, allusion au prétendu "complot des blouses blanches de 1952".
   
   Au 14 de la rue de la Lanterne, dans un immeuble de standing construit avant la révolution de 1917, au coeur du quartier moscovite de l'Arbat, débarque un certain Véniamine Popenkov au passé mystérieux. Comme dans toutes les fictions qui prennent vie dans un immeuble, une coupe de la société est pratiquée et nous découvrons ainsi plusieurs familles et des personnages plus ou moins truculents. Nicolaïev l'ancien de la fanfare du Parc Gorki, Filipytch le scaphandrier, Foutchinian l'arménien irascible, Zourab à la moto trafiquée et pétaradante, le docteur Zeldovitch, le vice-ministre Zinamourov et son ex-femme Zina, la beauté n°1 du quartier, et puis Marina Tsvétkova, — presque un nom de poétesse — en fait la deuxième beauté du numéro 14 et qui vit de ses charmes, sans oublier un certain Vassili Axiomov! Oui, avec un "m".
   
   Popenkov utilise les parties communes pour s'aménager un logement: le hall de l'entrée principale est occupé au détriment des autres résidents qui se retrouvent contraints de passer par l'entrée de service. Popenkov agit donc comme un coucou mais personne ne proteste vraiment parce que le gérant fait croire qu'il est un homme des "organes" c'est-à-dire de la police politique. Popenkov privatise néanmoins l'ascenseur qui ne fonctionne plus que pour lui. Quand il décide enfin de percer le toit pour s'aménager une sorte de terrasse on s'inquiète pour l'avenir de l'immeuble qui est déjà en fort mauvais état.
   
   Quand Popenkov s'énerve il ne parle plus russe mais un étrange sabir que Zina essaie de traduire. Quand Popenkov s'énerve, il lui vient une force étonnante, comme métallique, ce qui en fait un drôle d'oiseau d'acier.
   «J'aurais pu recourir à quelque subterfuge naïf, écrit Axionov, et mener effectivement le lecteur par le bout du nez, mais la morale littéraire avant tout, c'est pourquoi je suis contraint de déclarer que je ne sais absolument rien de Popenkov…» Symboliquement, l'oiseau d'acier décollera à la fin de l'histoire.
   
   Voilà un conte qui se situe dans le filon drolatique qui va de Nicolas Gogol à Andreï Kourkov, et qui en peu de pages illustre la plaisante puissance imaginative de Vassili Axionov.
    ↓

critique par Mapero




* * *



C'est à quel sujet ?
Note :

   Vassili Pavlovitch Aksionov aussi orthographié Axionov en français, est un écrivain russe né en 1932 et mort en 2009. Sa mère, Evguénia Guinzbourg, était une journaliste et éducatrice connue (plus tard elle écrira des livres comme Le Vertige ou Le Ciel de la Kolyma) et son père, Pavel Aksionov, avait une haute position dans l'administration de Kazan et tous les deux "étaient des communistes de premier plan". En 1937, ils sont néanmoins arrêtés et jugés pour leurs liens supposés avec les trotskystes puis envoyés au Goulag avant d’être exilés et Vassili placé dans un orphelinat avant d'être secouru en 1938 par son oncle, dans la famille duquel il demeure jusqu'à ce que sa mère, après avoir purgé 10 ans de travaux forcés, soit libérée et revienne d'exil. En 1947, Vassili rejoint sa mère reléguée à Magadan, où il obtient son diplôme d'études secondaires. Il étudie d'abord la médecine, puis se consacre à l'écriture de romans. En 1980, il est déchu de la citoyenneté soviétique et expulsé. Il arrive à Washington, où il enseigne la littérature sans se présenter comme dissident. Après la dislocation de l'URSS, les autorités russes lui rendent sa nationalité et l'écrivain partage son temps entre les Etats-Unis et la Russie.
   
   L’Oiseau d’acier, sous-titré Nouvelle avec digressions et solo de cornet à pistons, date de 1978. Si le titre de ce roman, ou plutôt de cette novella, laisse la porte ouverte à toutes les interprétations, son sous-titre donne le ton général : un truc un peu barjot !
   
   Moscou, sur une période s’étendant des dernières années du stalinisme au milieu des années 60. Au 14 rue de la Lanterne, Nicolaïev gérant de l’immeuble (36 appartements et 101 locataires), veille sur son petit monde et s’applique à y faire respecter le règlement intérieur. Résidence de standing moyen, mais "fierté de la rue de la Lanterne", on y croise de petites gens mais aussi un vice-ministre qui y habite "par modestie". Petits accrochages entre voisins, bref la vie normale en collectivité, de quoi occuper quotidiennement Nicolaïev. Jusqu’au jour où frappe à sa porte, un certain Popenkov, un homme effacé, sans domicile, qui demande au gérant l’autorisation de dormir dans l’ascenseur, entre le retour du dernier locataire le soir et le départ du premier le matin. Nicolaïev hésite se retranchant derrière les règlements mais Popenkov possède un moyen de pression efficace et son chantage obtient gain de cause…
   
   Popenkov, surnommé l’Oiseau de fer, s’avère être un fieffé coucou ! Plus que discret au début de son séjour dans l’ascenseur, par son entregent et sa situation stratégique dans l’immeuble il va acquérir un statut de plus en plus envahissant au fil des années, allant jusqu’à occuper tout le hall de l’immeuble, installant murs et meubles… J’en ai assez dit.
   
   Un roman un peu fou et fort délectable à lire au début, avant que la dinguerie la plus totale ne vienne perturber cette gentille pochade, la rendant bientôt incompréhensible, au propre comme au figuré, car Popenkov va se mettre à parler une langue inconnue. J’ai refermé le bouquin sans trop savoir quoi en penser, bizarrement il ne m’a pas paru mauvais mais honnêtement je ne sais pas vraiment de quoi ça parle, ni même s’il y a un message caché derrière tout cela… ?
   
    "- Et de toute façon, je ne rendrai pas le métier, avec ou sans certificat, déclara Maria. Je suis une citoyenne soviétique et je ne rendrai pas mon outil bien-aimé. J’écrirai à Staline, notre père à tous. – Je vous l’interdis, s’écria alors le gérant, furieux pour de bon. Je vous interdis de citer le nom du généralissime pour des riens. Qu’est-ce que c’est que ça, encore ! Il n’a que cela à faire, Staline, de s’occuper de vos chamailleries, de votre imbécilité de métier à tisser… La querelle s’apaisa et Samopolov quitta les locaux de la gérance."

critique par Le Bouquineur




* * *