Lecture / Ecriture
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Refaire le monde de Julia Glass

Julia Glass
  Refaire le monde
  Louisa et Clem
  Les joies éphémères de Percy Darling
  Jours de juin
  La nuit des lucioles

Julia Glass est une romancière américaine née en 1956.

Refaire le monde - Julia Glass

Une plantureux cheese cake à l'Américaine
Note :

   Charlotte Greenaway Duquette, en dépit de son nom fleurant bon la Louisiane, est chef-pâtissière à New York où sa petite entreprise est florissante. Et elle mène une vie familiale plutôt heureuse avec son mari, Alan qui est psychothérapeute, et George leur petit garçon de quatre ans - à ceci près que depuis quelques mois, Alan est la proie d'une mélancolie inexpliquée mais de plus en plus affirmée, et qui commence à peser sérieusement à la jeune femme. Aussi, malgré les obstacles pratiques, la proposition inattendue qui lui est faite de devenir chef-cuisinière à la résidence officielle du gouverneur du Nouveau-Mexique, finit par prendre à ses yeux toutes les apparences d'une occasion en or, et pas seulement d'un point de vue professionnel: une occasion rêvée de faire bouger une vie qui menace de s'encroûter dans une situation assez confortable mais pas complètement satisfaisante pour autant.
   
   Comme aux dominos, le coup de tête de Greenie - puisque tel est le surnom que ses intimes donnent à Ms Duquette - amènera de proche en proche bien d'autres changements. Et c'est le début d'un jeu de cloche-merle - façon "Je t'aime, moi non plus" - qui nous tiendra en haleine pendant 760 pages au long desquelles nous aurons aussi bien souvent l'eau à la bouche à l'évocation des somptueuses et savoureuses créations de Greenie. Julia Glass déploie ici un fabuleux talent de conteuse mêlée à un sens affirmé du détail révélateur - d'un caractère, d'un état d'esprit ou d'une atmosphère. On s'attache vraiment à des héros très ordinaires dans leurs forces et leurs faiblesses, même si leurs silhouettes semblent parfois évadées du papier glacé d'un magazine "Lifestyle". Et la progression dramatique du récit est si savamment dosée qu'on ne s'ennuie pas une minute.
   
   Je me suis régalée - presque - tout au long de ma lecture de ce gros roman onctueux et riche - un peu trop - à l'égal d'une part de ce plantureux cheese cake dont l'Amérique du Nord a le secret, et j'étais bien tentée d'accorder 4 étoiles à "Refaire le monde"... Jusqu'au deus ex machina final - les attentats du 11 septembre 2001, ben oui... - qui amène chacun des personnages à reconsidérer ses choix et à se fixer enfin à une nouvelle place. Après le monde de couleurs et de saveurs que Julia Glass nous a offert dans les trois premiers quarts de son livre, cela a toutes les apparences d'une solution de facilité, d'autant que son traitement de cet événement reste assez convenu et n'apporte rien de neuf. Pour être franche, j'en veux un peu à l'auteur de ne pas s'être montrée plus imaginative pour l'occasion. Mais "Refaire le monde" n'en reste pas moins une très bonne lecture d'évasion.
   
   
   Extrait:
   
   "Sur ce, on lui apporta la petite gourmandise auréolée de vapeur qui ressemblait davantage à un chapeau marron avachi. Elle respira la vapeur qui s'en dégageait. Celle-ci lui rappela tristement le parfum de l'homme assis à la table d'à côté. Elle le mangea tout de même: lentement et jusqu'à la dernière bouchée. Le soufflé avait la texture de l'amour, suave et aérienne, chaude et humide; le goût importait guère." (pp. 543-544)

    ↓

critique par Fée Carabine




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Vues d'un monde en mutation
Note :

   Les trajectoires professionnelles de Greenie, pâtissière émérite, et celle de son mari, thérapeute à Greenwich village, suivent des trajectoires tout à fait opposées: plus la clientèle de la pâtissière augmente, plus celle de son mari diminue... Le sentant s'enliser dans une mélancolie incompréhensible, la jeune femme va accepter une offre de travail pour le gouverneur du Nouveau-Mexique et partir à l'autre bout du pays avec son jeune fils George.
   
   Ce départ va alors déclencher toute une série d'événements incontrôlables. Centré autour de la crise de ce couple, "Refaire le monde" présente toute une galerie de personnages pittoresques qui, comme dans le précédent roman de Julia Glass ("Jours de juin ") vont se croiser, se rencontrer et former ainsi une constellation des plus sympathiques. Il y a là Walter, l'ange gardien de Greenie , ses amours malheureuses, son bouledogue Le Bruce et son neveu Scott, musicien à ses heures, mais aussi Saga une jeune fille qui souffre de la perte de sa mémoire et toute une kyrielle de second rôles tout aussi attachants, dont un amoureux qui offre des briques! On y retrouve aussi, dans un rôle moins central, le libraire Fenno et son oiseau pittoresque.
   Julia Glass s'attache à chacun d'eux (et nous avec elle) et les fait évoluer sous son regard bienveillant, sachant dénicher en chacun d'eux l'étincelle qui le fera échapper au cliché (et Dieu sait que cela aurait été facile en particulier avec le Gouverneur haut en couleurs!).
   Elle peint aussi, avec sensibilité, un monde qui connaît une mutation brutale, choisissant pour cela d'évacuer tout pathos et se concentrant sur la vie quotidienne des gens et leurs émotions.
   
   Comme Walter et Greenie, à la fin de ces 700 pages qu'il faut prendre le temps de savourer, le lecteur peut à son tour déclarer: "...Ils ont passé tant d'heures au téléphone, partagé tant d'émotions, de bouleversements, les meilleurs comme les pires, qu'ils sont à présents liés par une incomparable connivence."
   Un livre choral réconfortant.
   
   700 pages savoureuses.
    ↓

critique par Cathulu




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Réparé n'est pas neuf
Note :

   "Quand elle était au lycée, un couple d'amis de ses parents s'était séparé, le mari ayant quitté sa femme pour une autre. Quelques mois plus tard, il était revenu. Greenie avait alors observé que la femme devait être contente qu'il soit revenu, mais Olivia avait haussé les sourcils et répondu "oui et non". Un couple qui survivait à une liaison était comme une tasse de porcelaine dont l'anse avait été cassée. On pouvait la recoller, mais on verrait toujours la trace de la cassure, et quand on la tiendrait entre ses mains, on ne pourrait jamais avoir la certitude qu'elle ne se recasserait pas exactement au même endroit".
   

   Récit choral par excellence, "Refaire le monde" est un roman sur les crises de la quarantaine, les ruptures, les couples fatigués, qu'ils soient hétéros ou homos, la difficulté de se projeter dans une autre vie, les recompositions hasardeuses etc.
   
   Si l'histoire s'ouvre sur le couple de Greenie et Alan, il accorde autant d'importance à d'autres personnages comme Walter, restaurateur au grand cœur solitaire, Saga à la mémoire défaillante et bien d'autres encore, notamment Fenno, l'attachant Fenno déjà croisé dans "Jours de juin".
   
   Le roman n'a rien d'exceptionnel, mais on se sent étonnamment chez soi dans l'univers de Julia Glass. Elle se contente de dévider les évènements qui surgissent, sans fioritures ni effets de manches, ce qui fait que l'on peut reconnaître mille et une réactions que l'on a vues autour de soi (ou chez soi !) et la psychologie des personnages est plutôt fouillée.
   
   Greenie est une cuisinière hors pair, surtout pour les pâtisseries, ce qui lui vaut d'être embauchée par le gouverneur du Nouveau Mexique, Ray. Cette aubaine professionnelle va de pair avec la déconfiture d'Alan, thérapeute, qui lui, voit sa clientèle fondre de jour en jour. Le malaise dans le couple arrive à un point de non-retour et Greenie va partir en emmenant leur fils, George.
   
   Partant de là, il n'y a plus qu'à suivre les histoires des uns et des autres, qui vont se lier et se délier avec fluidité. Le couple Greenie-Alan m'a paru un peu trop conventionnel, j'ai eu une nette préférence pour la surprenante Saga. Et Fenno évidemment.

critique par Aifelle




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