Lecture / Ecriture
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Le roi du bois de Pierre Michon

Pierre Michon
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  Le roi vient quand il veut
  Corps du roi

Pierre Michon est un écrivain français né dans la Creuse en 1945. Il a été élevé par sa mère, institutrice.
Il a fait des études de Lettres à Clermont-Ferrand jusqu’à un mémoire de maîtrise sur Antonin Artaud.



* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Le roi du bois - Pierre Michon

Encore une vie minuscule
Note :

   L’important est-il l’ampleur du royaume ou le fait d’être roi? Importe-t-il de régner sur les vastes terres, l’or et les armées ou d’être libre et maître de son coin de terre? Plus encore: Qu’est-ce qui suffit au bonheur?
   
   J’aurais dit «être roi» et libre
   
   Et pourtant non. Pour notre narrateur, aucun royaume ne pourra compenser l’injustice qu’il estime avoir subie à ne pas connaître dès l’enfance, les dentelles, les parfums et la soie et ce cul qu’il ne fit qu’apercevoir, il s’en estime dépouillé et rien ne pourra jamais calmer son amertume.
   Les vingt ans de peinture et de fréquentation de l’art ne pèsent pas lourd, balayés en quelques pages, ne pesant pas plus qu’une plume dans la balance de sa vie, face à cette rencontre fondatrice qu’il fit, cette vision que le jeune porcher eut d’un monde de luxe, de pouvoir et de volupté dont il ne soupçonnait même pas l’existence.
   C’est une évolution qui me semble étonnante mais que Michon parvient à me faire saisir.
   Au fond, nous nous retrouvons dans le constat «sous les jupes des filles» dont je parlais pour "La grande Beune", et sa brutalité exagérée. Michon-Souchon, toujours même combat.
   
   Pour l’instant, dans tous les romans de Pierre Michon que j’ai lus, la peinture et les peintres sont présents. Depuis les "vieux célibataires" des peintures rupestres* jusqu’à ce Corentin** que nous avons tous vus et qui n’existe pas. Ici, nous avons Claude le Lorrain. En quelques lignes -je l’ai dit, cela ne semble pas avoir pesé lourd dans l’existence de notre porcher- j’ai revu toutes ces "vies minuscules", je parle cette fois des petits personnages qui peuplent les toiles, vaquant en fond à leurs existences quotidiennes et individuelles. Comme il faut peu de mots à Michon pour faire jaillir en nous leur image évidente.
   
   * La grande Beune
   ** Les onze
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critique par Sibylline




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Le regard du gueux
Note :

   "Le Roi du bois" exprime, comme d’autres de ses ouvrages, le goût de Pierre Michon pour l’Histoire, la campagne et la peinture. Cette fois, c’est dans les environs de Rome, au XVIIème siècle, que se situe le décor de cette nouvelle. La forêt permet à un jeune porcher d’observer les seigneurs qui hantent les alentours de Tivoli et de se former à leur contact une philosophie personnelle. Encore enfant, la surprise de voir une jeune femme pisser devant lui sans gêne, en retroussant bien haut sa robe richement parée, renforce son jugement sur la caste seigneuriale.
   
   Dans ce même paysage, il a l’habitude de croiser les peintres aussi, et il se laisse tenter par Claude Le Lorrain, qui lui propose de travailler avec lui. Resté vingt ans à son service, il n’y gagna pas la gloire du maître et préféra se retirer au service des seigneurs, où il conduisait la meute des chiens lors des chasses à courre.
   
   Cette histoire toute simple fournit à Pierre Michon une occasion de produire des images flamboyantes au bénéfice du scepticisme de son héros, qui ne se laisse pas abuser par la grandeur des seigneurs ou la gloire des artistes. La terre, elle, comme chacun sait, ne ment pas.
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critique par Jean Prévost




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Récit de transition
Note :

   Cinq ans de silence se sont écoulés depuis « Rimbaud le fils », le dernier gros coup de Pierre Michon. Avant le prochain qui suivra immédiatement (La Grande Beune), il ressort de ses carnets de travail où il dormait depuis 1975 ce « Roi du bois », un récit de transition comme le fut « Empereur d'Occident » en 1989. C'est cependant à un autre livre "mineur", « Maîtres et serviteurs », que fait penser celui-ci : Lorentino d'Arezzo, l'élève de Piero della Francesca, laisse la place à Gian Domenico Desiderii, au service de Claude Le Lorrain dans ses années italiennes. La peinture, toujours, dans le thème et dans l'écriture. Pierre Michon construit en effet son récit comme Le Lorrain construisait ses toiles, avec les paysages majestueux, les références à l'antique, les personnages réduits au rôle de figurants dans la majesté d'une lumière divine. Cela n'a l'air de rien, une cinquantaine de pages qui demandent à peine une demi-heure de lecture, mais c'est admirable de précision et de justesse.
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critique par P.Didion




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