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Terre des affranchis de Liliana Lazar

Liliana Lazar
  Terre des affranchis

Liliana Laza est née en Moldavie roumaine. Elle a passé l’essentiel de son enfance dans la grande forêt qui borde le village de Slobozia, où son père était garde forestier. Elle arrive en France en 1996. Elle vit à Gap, aux pieds des Alpes. Elle écrit en français.

Terre des affranchis - Liliana Lazar

Premier roman en Moldavie
Note :

   Moldavie Roumaine, 1965 au début des années 90. Un village appelé Slobozia ou terre des affranchis pour celui qui se cache ou celui qui médite après un grave péché. Slobozia signifie délivrer. Victor Luca connaît bien la forêt qui borde le village, et cet endroit dont tout le monde a peur: La Fosse aux Lions. Alors qu’il a commis un meurtre sauvage mais non prémédité, Victor décide de s’y cacher. Les superstitions et les croyances locales sont persistantes et vives, personne ne viendra l’embêter dans cette forêt qu’il connaît par cœur. Un lien inexplicable s’est crée entre lui et cet endroit particulier, un lien maternel, rassurant. On dit que des fantômes hantent les lieux, et de nombreux cadavres sont retrouvés dans cette forêt mystérieuse. Mélange d’Histoire et de folklore local, Slobozia est le théâtre d’une Moldavie roumaine forte de son patrimoine culturel et religieux. Mais alors que Victor est recherché, sa mère et sa sœur font le choix de le protéger au sein du foyer. Seul, tourmenté, réfléchissant à ses actes et acculé par sa culpabilité, Victor se tourne vers la méditation, notamment grâce à l’activité clandestine d’un prêtre qui, en résistance au parti communiste, organise un réseau de copiage des œuvres religieuses afin de les faire circuler librement alors que le gouvernement fait brûler tous les livres. Victor se met à écrire pour le prêtre, armé de sa plume, de son papier, il recopiera pendant des jours et des nuits des vies de saints, des bibles et autres écrits spirituels et cela en quête d’un sincère repentir. Le prêtre espère ainsi que Victor trouvera la paix en lui et ne recommencera pas cet acte horrible. Victor croit fortement à sa rédemption et se bat pour le salut de son âme. Hélas, ce pèlerinage pour la délivrance tarde, pire encore il semblerait que Victor n’arrive pas à surmonter ses pulsions meurtrières…
   
   Pour son premier roman, Liliana Lazar dépeint avec brio une Moldavie roumaine passionnante et vivante. Et cela tant au niveau culturel et religieux qu’au niveau politique. A travers l’histoire de Victor Luca, un personnage à la psychologie ambiguë, entre son penchant meurtrier et sa volonté déclinante de le combattre, le roman inscrit l’intrigue au cœur d’un contexte politico-religieux. Les personnages surtout Victor sont attachants, même si je retiens de lui sa personnalité impulsive, obsessionnelle qui l’empêche de réfléchir au bien et cède avec une facilité déconcertante au crime. Au fil du texte on comprend que Victor est le reflet d’une Moldavie en proie aux doutes, au mal, où l’interdit du péché et le poids des superstitions restent présents dans les mentalités. La vie du village est aussi un miroir de la Roumanie contemporaine: sa foi quotidienne, la méfiance, le respect des règles notamment celles de l’Eglise orthodoxe. Après un prologue majestueux, riche en informations et suscitant à l’extrême un suspense progressif, on ne peut que vouloir lire la suite. A lui seul, il pose en quelques pages le cadre de l’intrigue: La Fosse aux Lions, lieu dangereux où règne en maître les Moroï, des morts-vivants qui errent et font de ce lieu un endroit maudit et craint de tous les villageois. Lorsqu’on y découvre un corps, le lecteur se pose tout un tas de questions mais l’auteur nous laisse là et entame son récit avec la présentation de Victor Luca…
   
   Avec subtilité, Liliana Lazar pose les traits saisissants d’un roman empreint d’une forte prestance car en plus d’une intrigue intéressante, les informations que l’on trouve sur la vie en Moldavie sont vraiment nécessaires et rendent le roman encore plus puissant. L’écriture de Liliana Lazar est fluide et limpide, même les descriptions sont agréables à lire, son style ne souffre d’aucune longueur.
   
   J’ai beaucoup aimé ce contraste entre la nature et l’acte des hommes, car les personnages se réfugient au cœur de la forêt comme si la nature était le lieu où la sérénité apparaît après la perfidie de l’homme. Le pur et l’impur, la nature pour laver ces péchés. Ce thème est présent, la nature comme endroit de la méditation, du zen, de la paix intérieure. Mais j’ai surtout apprécié son caractère mystérieux, toutes ces superstitions autour de la forêt de Slobozia regorgent de contrastes, de couleurs et de fragrances. La dimension spirituelle est riche et fait toute l’importance du livre. Les coutumes, les traditions locales mais également des descriptions sur la révolution de 1989 et la dictature de Ceausescu n’épuisent en rien la qualité de l’intrigue car on sent que les personnages sont ancrés dans la vie quotidienne roumaine. D’ailleurs, l’une des raisons qui ont fait que j’ai lu ce livre tient à ce point essentiel: je voulais mieux connaître la Roumanie. Et je n’ai pas été déçue car "Terre des affranchis" décrit avec sensibilité toutes ces coutumes, cette vie locale. Enfin, bien qu’il y ait du suspense, une enquête, le roman ne s’inscrit pas dans une catégorie bien définie et c’est vraiment agréable: la subtilité et la multiplicité des genres, entre roman policier, documentaire et roman historique ; font de "Terre des affranchis" un roman de grande qualité. Pour ma part, j’étais curieuse de mieux connaître la Roumanie et son mode de vie, je me doutais grâce à la quatrième de couverture, que l’histoire était captivante…
   
   Conclusion: je n’ai pas été déçue, dès les premières pages on est pris dans le tumulte des Moroï qui nous guident et nous emportent dans un flot de découvertes originales.
   Fameux mélange de «thriller» spirituel et de folklore fantastique qui puise ses sources au cœur même des croyances tsiganes, "Terre des affranchis" est un excellent roman digne d’une belle rentrée littéraire.
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critique par Laël




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Promenade sanglante
Note :

   Perdu aux confins de la forêt moldave, se trouve le petit village de Slobozia. Ici, en ce début des années 1970, le temps semble s’être arrêté malgré la dictature grandissante mise en œuvre par Nicolae Ceausescu. La vie y est rythmée par les travaux des champs accomplis à l’ombre des murs du monastère. La foi des habitants, malgré le régime communiste, se partage entre christianisme orthodoxe et survivances des vieilles traditions païennes. On fait appel au pope pour chaque évènement important de la vie: baptême, mariage, enterrement… mais on craint également les fantômes, les moroï; on enterre les défunts en accomplissant nombre de rites censés empêcher ceux-ci de ressortir de leur tombeau pour tourmenter les vivants.
   On craint aussi la forêt, royaume sauvage et ténébreux où rôdent toutes sortes de menaces.
   A Slobozia, on redoute de se rendre près du lac que l’on a baptisé La Fosse aux Lions. Qui oserait en effet s’aventurer sur les berges de cette sinistre étendue d’eau où une armée ottomane a péri noyée lors des guerres du XVIe siècle? Ne dit-on pas que le lac est maudit et que les fantômes des soldats turcs réapparaissent parfois pour entraîner au fond des eaux les promeneurs imprudents?
   Seuls quelques individus, des marginaux dit-on, des inconscients ou des fous, osent braver l’interdit et se rendent près de la Fosse aux Lions.
   
   Victor Luca est de ceux-ci. Dès sa plus tendre enfance, il a été attiré par cet endroit désert où il peut se réfugier afin d’éviter les éclats de violence de son père. Celui-ci, un ancien mineur, alcoolique et brutal, bat comme plâtre à la moindre occasion Victor, ainsi que sa mère et sa sœur. Son ivresse le portera un jour vers les berges de la Fosse aux Lions où sa vie s’achèvera dans des circonstances qui demeureront empreintes de mystère pour les habitants du village, à l’exception de Victor qui est le seul à détenir la vérité sur cette disparition.
   Une fois le tyran domestique rayé de la liste des vivants, Victor, sa mère et sa sœur pourront espérer un retour à une vie plus normale, mais c’est sans compter sur la défiance des villageois qui reportent la haine éprouvée autrefois à l’encontre du père sur la veuve et les deux enfants. Mise à l’écart de la communauté, la famille Luca n’entretiendra de relations qu’avec le pope du village.
   
   Quant à Victor, les années vont faire de lui une sorte de colosse taciturne dont les silences apparaîtront comme les signes évidents d’un attardement mental. Surnommé «Le bœuf muet», on rit de lui quand il a le dos tourné tout en redoutant de sa part une explosion de violence face à ces sarcasmes. N’est-il pas, malgré son air placide, le fils d’un des hommes les plus abhorrés de la communauté, un homme dont on se souvient encore des foudroyants excès de brutalité?
   Victor va donc faire l’expérience de la solitude et du mépris, passant ses longues journées à couper du bois et à rôder autour de la Fosse aux Lions, son refuge jusqu'à ce que sa vie bascule et que commence une seconde histoire.
   
   Liliana Lazar, dont c’est ici le premier roman, est née et a grandi en Roumanie, dans ce village de Slobozia qu’elle nous dépeint dans «Terre des affranchis». La forêt, le lac, les superstitions qui y sont rattachées, elle les connaît très bien pour avoir passé toute son enfance et son adolescence sur les lieux-mêmes où se situe son récit. C’est donc avec force détails qu’elle nous décrit son pays, la Roumanie, du début des années 1970 à la Révolution de 1989.
   
   Avec ce roman, Liliana Lazar nous plonge dans un récit effrayant à plus d’un titre. On ne sait en effet ce qui apparaît ici comme le plus angoissant: est-ce la description de la vie quotidienne sous un des régimes totalitaires les plus abominables qu’ait connu le XXe siècle? Est-ce la description de ce monde rural encore ancré dans des superstitions héritées du paganisme, superstitions qui ont été popularisées en Europe occidentale depuis la publication du Dracula de Bram Stoker.
   Est-ce aussi ce personnage de Victor, assassin occasionnel, victime de troubles pulsions qui le poussent à commettre des actes irrémédiables, et qui apparaît cependant si ordinaire, si naïf que le lecteur est à son sujet partagé entre le dégoût et la compassion?
   
   C’est donc à une promenade sanglante que nous invite Liliana Lazar en suivant le parcours de Victor Luca, un roman au style sobre et concis, que l’on pourrait situer entre «Le vampire de Ropraz» de Jacques Chessex et «Les âmes grises» de Philippe Claudel.
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critique par Le Bibliomane




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Histoire d’une rédemption
Note :

   Victor Luca et sa famille vivent dans le petit village de Slobozia, au fin fond de la Roumanie. Victor est fasciné par un lac que les villageois appellent «La fosse aux lions», en référence au prophète Daniel. Le jour où Victor tue sauvagement son père maltraitant dans le lac, commence un long parcours meurtrier. Il se terre durant de longues années chez sa mère et sa sœur, les villageois le croyant mort. Itinéraire d’une rédemption vers une libération sur cette Terre des affranchis…
   
   J’ai lu ce livre dans le cadre du prix Cezam 2010 et ce fut un véritable coup de cœur. A plusieurs reprises, l’ouvrage se révèle très instructif. Dès le départ, on apprend que «Slobozia», le nom du village où se déroule l’histoire, signifie: «libérer, délivrer, affranchir». « Terre des affranchis » raconte effectivement l’histoire d’une rédemption, d’une libération du poids des fautes, des péchés. On apprend également sur l’histoire de la Roumanie, de la dictature de Ceausescu jusqu’à la démocratie, sur l’histoire de Slobozia, avec son lieu légendaire et redouté: « la fosse aux lions », qui cristallise les miracles pour Victor. Lieu qui vient en aide dans les moments difficiles, lieu qui est le témoin des pires atrocités.
   
   Ce livre cultive le mystère: le lecteur s’interroge jusqu’au bout sur la destinée de Victor: va-t-il être démasqué par le policier infatigable, Simion Pop, qui officie pendant plus de 20 années? On ne peut rester insensible au personnage de Victor malgré son côté effrayant et repoussant: il est mû de pulsions incontrôlables, mais en même temps essaie à tout prix de se racheter: c’est ainsi que pendant de nombreuses années, il va recopier sur des cahiers des textes religieux pour un prêtre dissident. La foi est très présente dans ce livre: elle est bien incarnée par l’image de l’ermite Daniel, dont on apprend qu’il se réfugie à Slobozia pour expier des fautes lourdes. Il constitue un peu l’alter ego de Victor. Dans le village, les croyances et les superstitions sont tenaces: on croit ainsi beaucoup aux moroï, les «morts vivants». Les fêtes religieuses ponctuent la vie quotidienne et l’église est bien fréquentée.
   
   Un mot sur l’auteur: «Liliana Lazar est née en 1972 en Moldavie roumaine. Elle a passé l’essentiel de son enfance dans la grande forêt qui borde le village de Slobozia, où son père était garde forestier. Elle arrive en France en 1996. Elle vit à Gap, aux pieds des Alpes. Liliana Lazar écrit en français » (informations sur la quatrième de couverture). Il s’agit ici de son premier roman.
   
   Il est difficile de classer ce livre dans un genre: tour à tour, il arbore le visage d’un roman, d’un policier, d’un roman fantastique, parfois presque d’un conte…
   
   Peut-on racheter ses fautes, le temps peut-il permettre d’effacer les péchés et d’être pardonné, à ses yeux et à ceux des autres? Telle est l’interrogation centrale de «Terre des affranchis». Un beau livre, mais aussi un livre difficile, qui explore l’univers des pulsions meurtrières et de la religion, au cœur des forêts moldaves.
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critique par Seraphita




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Spirale criminelle
Note :

   Cette Terre des affranchis est d'abord un lieu, un village roumain près d'une forêt et d'un lac, lac dont on a tenté de masquer l'histoire en le renommant. De fosse aux Turcs il est ainsi devenu Fosse aux lions mais n'en a perdu pour autant son caractère inquiétant.
   
   Seul Victor, dès l’enfance, a toujours eu l'impression que le lac le protégeait. Etrange affinité qui se poursuivra tout au long de la spirale criminelle qui emportera le bûcheron et contre laquelle les mots interdits -nous sommes sous Ceaucescu- qu'il recopie en guise de rédemption ne seront sans doute pas suffisants...
   
   Premier roman écrit directement en français par Liliana Lazar née en Moldavie roumaine, "Terre des affranchis", est un roman intéressant à plus d'un titre car l'histoire de la Roumanie ne nous est connue que dans les grandes lignes. Pas de récit politique à proprement parler, les habitants de ce village sont davantage préoccupés par la volonté de survivre mais aussi de pouvoir pratiquer leurs rites orthodoxes. En effet, comme nous le montre très bien l'auteure, religion et politique entretiennent ici des rapports ambigus et inextricables. Quant à son héros, son destin de criminel peut être mis en parallèle avec celui du peuple roumain,"qui après s'être corrompu avec le communisme, cherchait lui aussi sa repentance."
   
   On reprochera peut être un aspect trop "mécanique" à cette spirale criminelle qui entraîne Victor ainsi qu'une certaine raideur dans l'écriture mais Liliana Lazar a su créer une atmosphère inquiétante et lourde, aussi sombre que les forêts qu'elle décrit. Une auteure à suivre.
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critique par Cathulu




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Mauvaise impression…
Note :

   Liliana Lazar est d’origine roumaine. Installée en France depuis une quinzaine d’années, elle a choisi d’écrire ce premier roman en français. L’action se déroule néanmoins en Roumanie, dans sa ville natale de Slobozia, au fin fond de la forêt de Moldavie.
   
   Au centre du récit, il y a Victor Luca, un colosse que les villageois surnomment le «bœuf muet». Adolescent, il noie son père violent dans la «Fosse au Lion», un lac mystérieux dans la forêt et dont les autochtones prétendent qu’il est maudit, hanté par les «moroï», des morts-vivants, des soldats turcs gisant dans ses profondeurs depuis des siècles et qui reviennent à la surface la nuit…
   Contrairement à la majorité des habitants de Slobozia, Victor n’a pas peur de ce lac. Au contraire : il est convaincu qu’il est son allié, qu’il le protège.
   
   Un deuxième meurtre obligera Victor à rester caché dans la maison de sa mère pendant vingt ans ; époque qui connaît les bouleversements politiques que nous savons! Avec la complicité du curé du village, Victor cherche la rédemption en œuvrant contre le régime Ceausescu. Il recopie des textes sacrés interdits et qui sont ensuite distribués sous le manteau aux villageois croyants…
   
   J’arrête là le résumé de l’histoire qui est loin d’être finie… retournements de situation, trahisons, dénonciation de la dictature, torture, critique acerbe des gouvernements à suivre… tout cela assaisonné d’une bonne portion de superstition et de foi aveugle…
   
   Je reconnais que ce roman est complexe. Or, je dois avouer qu’il m’a laissée de marbre. Je n’ai pas réussi à entrer dans l’histoire ni à m’attacher aux personnages, ni même à trouver un intérêt particulier à l’action…
   
   La raison ? Un style trop simple à mon goût, mais qui correspond peut-être bien au caractère fruste des protagonistes. Le ton de la narration est sec, naïf, lourd… La psychologie de Victor mériterait quelques éclaircissements, mais nous devons nous contenter d’ instincts… quelques invraisemblances en plus, et voilà, je reste sur une mauvaise impression!

critique par Alianna




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