Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Les mains nues de Simonetta Greggio

Simonetta Greggio
  La douceur des hommes
  Les mains nues

Les mains nues - Simonetta Greggio

Y a-t-il un âge pour aimer?
Note :

   Emma est vétérinaire en pleine campagne, loin des êtres et des lieux qui la firent autrefois souffrir. Elle est loin d'imaginer que sa vie, tranquille même si elle est submergée de travail, va être bouleversée au cours d'un été pas comme les autres: l'été au cours duquel Giovanni, le fils de son ancien amant, débarque chez elle, auréolé de ses quatorze printemps et d'un charme indicible.
   
   La présence de Giovanni ravive les souvenirs douloureux qu'elle pensait être parvenue à mettre de côté: entre peine, rage, désespoir et irrésistible attirance, Emma se laisse aller vers l'inévitable. Lorsque Micol, la mère de Giovanni et la rivale qui lui vola son amour, vient, plus tôt que prévu, chercher son fils, et les voit ensemble, l'irréparable se produit, la descente aux enfers commence au rythme du procès.
   
   Emma se traîne, laminée par les rouages d'une société qui ne peut que punir la transgression des tabous, perdue au milieu d'une tempête qu'elle a du mal à appréhender et surtout à comprendre, soutenue par son ancien "patron", le véto rugueux, âpre qui la forma au coeur des paysages vosgiens. Le monde des hommes n'aime pas être bousculé par les ressacs inattendus, les soubresauts empreints d'interdit, et il le fera comprendre à une Emma qui ne peut que tenir le mauvais rôle face à une Micol, un peu perverse, auréolée de sa maternité.
   
   "Les mains nues" est un roman qui aborde un sujet sulfureux, celui d'un immense tabou: la liaison charnelle entre un adolescent et une femme. Simonetta Greggio mène l'histoire avec délicatesse, tendresse, sans jamais sombrer dans la laideur ou la vulgarité, au fil d'une écriture très subtile; elle décrit, avec justesse, les sentiments contradictoires éprouvés par son héroïne qui se trouve déchirée entre une tendresse quasiment maternelle envers l'adolescent, qu'elle a tenu dans ses bras bébé et enfant, et une attirance trouble devant l'innocente certitude de plaire de ce dernier. Giovanni est un prolongement de Raphaël, l'homme qu'elle a éperdument aimé et qu'elle a perdu, trahie par une fausse innocence.
   
   Les noeuds de la souffrance sont inévitables, mêlant les sentiments passés et le présent qui ne fait que les raviver dangereusement: les blessures de passé ne sont pas encore cicatrisée malgré le passage inexorable du temps et l'éloignement que l'on pensait salvateur...d'ailleurs, ces blessures peuvent-elles vraiment un jour se refermer?
   
   "Les mains nues" est aussi l'histoire d'une femme qui vieillit, qui voit les rides appraître bien qu'elle ne soit pas encore vieille et plus tout à fait jeune. Une femme qui assume le fait d'avoir envie de tendresse, de caresses masculines, d'éprouver la chaleur du désir et d'assouvir ce dernier. La féminité ne disparaît pas sous le cal des mains ni sous les rides, elle est et demeure intacte même si lentement le corps se transforme. Emma, blessée par la vie et son injustice, assume sa solitude et le regard des autres, le regard souvent réprobateur du monde rural encore attaché aux convenances et aux apparences...il est si facile de rejeter la différence pour avoir la réconfortante impression d'être du bon côté du chemin. Emma a le courage d'assumer ce qu'elle est, ce qu'elle ressent sans se chercher d'excuse ce qui rend son personnage attachant et tendre derrière son apparente âpreté, derrière les barrières qu'elle a dressé autour de sa sensibilité.
   
   Un roman agréable à lire, une histoire qui m'a émue, une belle découverte (même si, aux dires de mon petit doigt, ce n'est pas le meilleur roman de l'auteure!).
   ↓

critique par Chatperlipopette




* * *



Poids mouche
Note :

   Une jeune femme, Emma(nuelle) -elle cumule!-célibataire , vétérinaire à la campagne accueille, un peu malgré elle, Giovanni adolescent fugueur dont elle a bien connu les parents dans une autre vie. S'instaure alors entre eux une histoire tendre et chaotique dont Emma devra subir les conséquences judiciaires.
   
   Autant l'avouer d'entrée de jeu, je freinais un peu des quatre fers devant le thème apparemment sulfureux -voyeurs passez votre chemin, vous en serez pour vos frais-et ce bandeau maladroit "La diable au corps" n'arrangeait pas mon humeur.
   
   Au final, j'y ai trouvé mon compte dans les descriptions de la nature, des animaux et de cette communauté qui va faire bloc contre cette femme qui ne respecte pas les schémas habituels: elle se devait "d'être accompagnée d'un homme, d'avoir des enfants-ou de [se] plaindre de ne pas en avoir". Par contre, la relation entre cette femme adulte et cet ado rebelle n'est qu'effleurée, on se demande bien pourquoi ils en arrivent là, les personnages secondaires sont caricaturaux, on a l'impression de les avoir déjà rencontrés au détour d'un téléfilm sirupeux.
   Pour les gens de ma génération, tout cela semble bien léger si l'on songe au film "Mourir d'aimer " et à l'histoire vraie dont il était inspiré...
   
   Simona Greggio donne l'impression de rester à la surface, de ne pas s'impliquer dans ce qu'elle écrit. Ce n'est pas désagréable à lire mais reste léger, bien trop léger...
   
   170 pages qui manquent de densité.
    ↓

critique par Cathulu




* * *



Pretit goût de déjà vu
Note :

   Avec "Les Mains nues", Simonetta Greggio raconte à la première personne l’histoire d’une femme approchant de la cinquantaine, accusée d’avoir abusé d’un mineur. En réalité, malgré l’accroche de l’éditeur («LA DIABLE AU CORPS») absolument racoleuse et mensongère, ce roman n’a pour moi rien d’une enième version de Lolita. La relation amoureuse entre Emma et le fils de son ancien compagnon n’est presque qu’un sujet parmi d’autres. Je n’ai d’ailleurs pas été particulièrement sensible à cet aspect du récit, vu le peu d’importance qui lui est accordée et la superficialité avec laquelle l’auteur a choisi d’aborder cette relation, aussi bien sur le plan sentimental que sur les plans physique et psychologique. Et, sans les dernières lignes qui remettent le jeune homme à l’honneur, on pourrait presque penser que cette aventure n’est qu’un accident dans la vie d'Emma.
   
   J’ai lu ce roman rapidement, avec un certain intérêt, mais mon avis est plutôt mitigé. Comme d’autres avant moi, j’ai éprouvé une certaine sensation de déjà vu et regretté les nombreux clichés: les deux femmes malheureuses en amour qui se retrouvent à la montagne, l’une vétérinaire de campagne, l’autre jeune cadre dynamique devenue éleveuse de chèvres (rien que ça!). La vision que la narratrice a de la solitude est à mon sens un peu éculée: au final, si je résume, seul l’amour et la vie à deux peuvent apporter le bonheur, le vieil ours solitaire s’épanouissant grâce à sa toute nouvelle vie conjugale, les solitaires se plaignant finalement de leur solitude et les quelques couples semblant tous plutôt heureux, à l’exception de l’ex d’Emma mais on l’a compris, son mariage était une erreur et Emma la femme de sa vie. D’où l’aspect légèrement ridicule de la relation avec le jeune Gio, qui a tout d’un transfert affectif caricatural bien que sans doute hautement symbolique. Je me le demande encore: que veut nous démontrer la narratrice?
   
   Si ce livre ne m’a pas renversée, je lui ai trouvé certaines qualités. J’ai d’abord jugé le déroulement de l’histoire un tantinet poussif, faisant des retours en arrière et des bonds en avant sans vraiment réussir à aiguiser ma curiosité. Mais on suit tout de même les pensées de la narratrice, qui nous laisse entrevoir des bribes de sa vie en suivant son propre fil conducteur, donnant quelques indications sur son état d’esprit et sa personnalité. Ceci dit, ce que j’ai sans doute réellement apprécié tient à la sensualité qui se dégage de certains passages pourtant anodins et rarement liés à l’aventure d’Emma avec un adolescent. Les mains nues évoquées dans le titre sont aussi mises à l’honneur à plusieurs reprises, mais c’est à mon avis le corps dans son ensemble qui occupe une place importante dans ce récit, avec quelques descriptions courtes mais symboliques, servies par une écriture assez souvent musicale. Enfin, selon moi, Emma incarne aussi le passage du temps, se questionnant sur la façon dont les années qui passent l'ont marquée. Son rapport à la mort est aussi mis en avant et, malgré une impression d'inachevé, cette esquisse est un point fort du roman - d'où le rôle joué par le corps.
   
   Au final, voici un roman globalement agréable mais pour moi un poil figé, une toile où les personnages seraient collés dans une attitude dont ils ne parviennent pas à se dépêtrer, ce qui est bien dommage parce que votre fidèle et dévouée a un peu ramé elle aussi.
    ↓

critique par Lou




* * *



Sensibilité
Note :

   Emma est vétérinaire. Elle ne soigne pas des caniches et des yorkshires mais des animaux de ferme. Elle s’est installée dans le Jura où elle exerce son activité auprès des éleveurs locaux, un métier rude, ingrat, accentué par les rudes hivers dans ce pays de montagnes. Âgée de quarante-sept ans, elle vit seule dans une vieille maison isolée, son repaire quand ses activités lui laissent un peu de temps libre. Là, elle passe la majeure partie de son temps à lire, parfois jusqu’à l’épuisement.
   Son existence solitaire va pourtant se trouver bouleversée par l’arrivée inopinée d’un adolescent fugueur de quatorze ans, Giovanni, qui se trouve être le fils de son ancien petit ami, Raphaël.
   
   La présence de Giovanni va ranimer chez Emma des souvenirs qu’elle aurait souhaité oublier, des souvenirs remontant à l’époque de ses vingt-cinq ans, dans les années 1980. Emma et Raphaël formaient alors un couple de jeunes amoureux qui, s’ils ne croyaient pas un seul instant que leur relation durerait toute une vie, vivaient pleinement et sincèrement cette liaison. Puis est arrivée Micol, la rivale, qui insidieusement s’est incrustée dans la vie de leur couple jusqu’à atteindre son objectif: ravir Raphaël et prendre la place d’Emma dans son cœur:
   " Micol était comme un jeune boxeur qui n’a jamais été battu. Elle était tout ce que je ne suis pas, la Daisy de Gatsby et l’héritière des Finzi Contini courant après sa balle de tennis dans un jardin depuis longtemps disparu. Je ne sais pas si, comme moi, Raphaël avait été sensible à la grâce de ceux à qui tout est dû. Je ne sais pas s’il n’avait vu en Micol, avec l’aveugle sens de possession des mâles, qu’une svelte cascade de boucles blondes, une délicate couleuvre aux yeux d’escarbille ou s’il avait été foudroyé par l’exacte sensation d’être en face de quelqu’un qui allait changer son existence. Je n’avais pas forcément cru que Raphaël et moi c’était pour toujours, je ne m’étais même pas posé la question, d’ailleurs, mais je l’aimais. Avant lui, j’avais eu des amants, et après lui j’en ai eu aussi, mais c’était mon mec, mon amoureux, celui à qui j’avais fait des promesses et qui m’en avait fait aussi, et si Micol n’avait pas déboulé dans notre histoire, ma propre histoire ne se serait pas déroulée de la même manière."
   
   C’est avec beaucoup de pudeur et de retenue que Simonetta Greggio évoque dans ce roman ce sujet encore aujourd’hui tabou qu’est le délit de détournement de mineurs, un délit peu évoqué dans nos médias contemporains plutôt attirés par les actes de pédophilie jugé plus porteurs d’émotions et plus susceptible d’attirer une large audience du fait de la sordidité de ces affaires.
   
   On ne trouvera donc dans ce roman aucune tentative de voyeurisme, aucune apologie ni aucun anathème sur la liaison entre cette femme de presque cinquante et ce très jeune homme en proie aux doutes et aux révoltes de l’adolescence. On lira au contraire un récit sensible qui ne tombe en aucune manière dans le sensationnalisme, la mièvrerie ou la vulgarité. Cette relation taboue n’est d’ailleurs pas ce qui fait le corps et l’intérêt principal de ce roman qui nous offre le portrait d’une femme arrivée à l’âge où l’on fait le bilan d’une vie, où l’on revient et l’on examine les errements et les désillusions du passé, où l’on décortique, une fois les passions mises de côté, les évènements survenus il y a bien longtemps et qui paraissaient alors si douloureux qu’ils semblaient impossibles à oublier. En cela, le personnage d’Emma nous livre le portrait d’une femme qui s’est délivrée des passions futiles et qui, malgré l’apparente austérité de son existence, a su faire la part de ce qui est essentiel, sans retomber dans les embûches du passé.
   
   Un beau roman qui aborde un sujet encore tabou en le traitant avec beaucoup d’intelligence et de pudeur sans tomber dans la pudibonderie.

critique par Le Bibliomane




* * *