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Le bachelier de Jules Vallès

Jules Vallès
  L'enfant
  Le bachelier

Jules Vallès est un journaliste de gauche et écrivain français, né en 1832 et mort à Paris en 1885. Homme politique, il participa à la Commune de Paris.

Le bachelier - Jules Vallès

Comme nous
Note :

   "A ceux qui, nourris de grec et de latin sont morts de faim, je dédie ce livre" (incipit)
   
   
   Jules Vallès poursuit avec ce Bachelier la sorte d’autobiographie fictive (Autofiction?) commencée avec «L'Enfant». Son alter ego Jacques Vingtras a quelques années de plus.Dans le Paris du milieu du 19ème siècle, il a participé aux émeutes et à la tentative d’insurrection. Courageux, dur aux coups et aimant même beaucoup l’affrontement physique qui lui sert d‘exutoire, il a servi de «gros bras» dans son groupe et avait rêvé d’en découdre lors des émeutes (peu suivi il est vrai par les autres «révolutionnaires» plus bourgeois ou raisonnables et moins désireux de laisser leur vie sur les barricades).
   Mais tout cela tourne mal. Il n’arrive pas à se trouver un métier dans la capitale, ni à se faire tuer par l’armée et après galère et misère a Paris, il doit se résoudre a rejoindre la maison familiale en Province. La vie y est toujours aussi sordide et les relations affectives avec ses parents aussi mesquines et lamentables. C’est donc sans hésitation comme -plus étrangement- sans rancune qu’il s’envole donc à nouveau vers la capitale quand une autre opportunité lui est donnée d’y tenter une seconde fois sa chance. Mais les illusions sont perdues, l’optimisme innocent n’est plus possible, pas plus sur le plan de ses finances que sur le plan politique.
   
   Vallès a utilisé pour ce récit des faits réels dont il avait connaissance soit par ouie dire, soit parce qu’il les avait vécus lui-même. Cependant, il a souvent tenu à attribuer à Vingtras des aventures advenues à d’autres tout comme il a prêté à des personnages secondaires des évènements qu’il avait vécus lui-même. Il ne veut pas raconter sa vie (pudeur sans doute) mais il veut dire vrai, aussi tout ce qu’il rapporte est-il arrivé et est-il exact… sans l’être au pied de la lettre.
   
   Le thème de la toute puissance paternelle accordée par la loi et dont la plupart des familles subissent les affreux abus sans qu’on en parle jamais, le rêve alors tout à fait chimérique d’un «droit des enfants» qu’il avait exprimés dans «L'Enfant» sont repris ici, mais en sourdine. Les thèmes principaux sont ceux de la révolte adulte, sociale, et du bilan de sa faible espérance en fin de compte.
   
   Ce qui m’a le plus frappée dans ce récit c’est la ressemblance, la parenté entre sa révolte et la nôtre, vieux soixante-huitards. Bien sûr, les risques n’étaient pas les mêmes et nous ne risquions pas d’être fusillés au coin d’une rue comme c’était le cas alors, mais on est frappé par les parentés entre les groupes révolutionnaires des deux époques, les caractères des membres et la dynamique du groupe. C’est juste et semblable jusque dans les détails et les rôles secondaires, la conclusion aussi. Nous étions nombreux enthousiastes et naïfs comme Vallès-Vingtras ou plus pragmatiques comme certains de ses amis. Le contexte change mais apparemment pas les types humains. Je les ai tous connus, Vingtras et ses copains. C’est cela qui est drôle et fait soupirer, songeur, sur le Bachelier de Vallès.
   
   Mais lui est allé plus loin et il me reste à lire «L'Insurgé».
   
   
   Trilogie de Jacques Vingtras
   - L'Enfant
   - Le Bachelier
   - L'Insurgé
    ↓

critique par Sibylline




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Un idéaliste
Note :

   Jules Vallès (1832-1885) est journaliste et écrivain. Journaliste engagé il créé "le Cri du Peuple" et sera membre de la Commune. Ecrivain, toutes ses expériences se retrouvent dans sa trilogie romanesque et autobiographique, L’Enfant – Le Bachelier – L’Insurgé. Ce roman, Le bachelier, second volet de la trilogie, paraît d’abord en feuilleton sous le titre "Mémoires d’un révolté" dans le journal socialiste "Révolution française" en 1879 et en livre sous son titre définitif en 1881.
   
   Le narrateur Jacques Vingtras, baccalauréat en poche quitte Nantes et son collège pour monter à Paris. Il n’a pas d’argent mais il se sent libre, plein de haine pour la bourgeoisie et de fortes convictions républicaines. Après une enfance difficile et des rapports conflictuels extrêmes avec son père, il a pris l’enseignement en grippe lui reprochant d’avoir asservi son géniteur. Désormais il n’a qu’une envie, devenir ouvrier. "Qui peut le plus, peut le moins" assure un dicton mais pour Jacques ce n’est pas vrai, les éventuels employeurs se méfient d’un jeune homme trop vieux (à dix-sept ans !) et trop cultivé qui veut être ouvrier "Par ce temps de révolution, nous n’aimons pas les déclassés qui sautent du collège dans l’atelier. Ils gâtent les autres. Puis cela indique un caractère mal fait, ou qu’on a déjà commis des fautes."
   
   Dès lors, il doit se résoudre pour survivre à dénicher de petits boulots qui payent à peine le quignon de pain et la chambre mansardée dans un immeuble insalubre. Vie de bohème étudiante au début, d’amis avec lesquels on refait le monde lors de longues discussions politiques dans l’attente du Grand Soir et de la révolution tant espérée. Après le coup d’état de Louis Napoléon Bonaparte alors que Jacques et ses amis n’ont pas réussi à entraîner les ouvriers dans un mouvement de défense de la démocratie, il retourne un temps revivre chez ses parents à Nantes.
   
   Quand il revient à Paris, beaucoup de choses ont changé, les amis sont moins engagés dans la lutte politique, sa fiancée en aime un autre, lui-même change "Puis j’ai lu des livres, j’ai réfléchi, et je ne crois plus aussi fort que jadis à l’efficacité du régicide", pourtant avec quelques comparses il va tenter d’organiser un attentat contre Napoléon III qui échouera. Arrêté, libéré, il vivote dans la presse et l’édition car ses articles sont trop polémiques pour ses employeurs.
   
   De leur côté, ses parents se séparent en raison d’infidélités du père. Sa mère qu’il va revoir, espère le marier avec une jeune fille mais il préfère retourner à Paris pour éviter de s’engager dans une vie bourgeoise. Finalement, dans le dernier chapitre "il se rend", acceptant un job de pion dans l’enseignement lui qui "voulait brûler les collèges", écartelé entre ses convictions et la nécessité de travailler.
   
   Idéaliste révolutionnaire "J’aime ceux qui souffrent, cela est le fond de ma nature, je le sens", Jacques Vingtras décide de sacrifier l’avenir bourgeois qui est censé être le sien, pour se lancer dans une vie ouvrière où il pense trouver des compagnons de rage pour la révolution qu’il espère. En confrontant ses idéaux à la réalité il découvre des facettes de sa personnalité qu’il ignorait "C’est terrible, ces goûts d’aristocrate avec mes idées de plébéien !". Finalement il doit abdiquer temporairement – du moins dans ce deuxième volet de la trilogie – acceptant un job honnis "Je vais mentir à tous mes serments d’insoumis ! N’importe ! Il me faut l’outil qui fait le pain…". La rage est rentrée mais non éteinte. A suivre.
   
   Un livre qui sait être dur quand il évoque la misère, exaltant quand il ranime nos espoirs de jeunesse en un monde meilleur sous les traits de Jacques, mais Jules Vallès sait aussi nous faire sourire grâce à l’humour ou l’ironie de certaines situations. Ecrit dans un style haché, fragments de textes, notes comme dans un journal intime, décompte exact du budget serré du héros où chaque dépense ou rentrée fait l’objet d’une ligne, etc. un texte moderne qui déjà a mis pied dans le XXème siècle.
   
    "Avez-vous donc besoin d’être ouvrier pour courir vous faire tuer à une barricade, si la vie vous pèse !… Allons ! prenez votre parti de la redingote pauvre, et faites ce que l’on fait, quand on a eu les bras passés par force dans les manches de cet habit-là. Vous pourrez tomber de fatigue et de misère comme les pions ou les professeurs dont vous parlez ! Si vous tombez, bonsoir ! Si vous résistez, vous resterez debout au milieu des redingotes comme un défenseur dela blouse. Jeunehomme, il y a là une place à prendre ! Ne soyez pas trop sage pour votre âge ! Ne pensez pas seulement à vous, à vos cent sous par jour, à votre pain cuit, qui roulerait tous les samedis dans votre poche d’ouvrier… C’est un peu d’égoïsme cela, camarade !… On ne doit pas songer tant à son estomac quand on a ce que vous semblez avoir dans le cœur !"

critique par Le Bouquineur




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