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L'Egypte copte : Les Chrétiens du Nil de Christian Cannuyer

Christian Cannuyer
  L'Egypte copte : Les Chrétiens du Nil

L'Egypte copte : Les Chrétiens du Nil - Christian Cannuyer

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur l'Egypte copte
Note :

   Copte, ?issu de l'Arabe ?Qibt', [qui] n'est rien d'autre qu'une abbréviation du Grec ?Aiguptios', «Egyptien», lui-même dérivé de ?Hikuptâh', nom religieux de l'ancienne capitale du pays, Memphis?, ce nom en est venu à désigner les chrétiens d'Egypte. Des chrétiens dont l'histoire remonte au tout début du christianisme, et étend ses racines encore bien plus loin dans le temps.
   
   Selon la légende, c'est Saint-Marc l'Evangéliste lui-même qui fonda la première communauté chrétienne d'Egypte, à Alexandrie, vers l'an 40 de notre ère. Et si cette légende n'est pas corroborée par des preuves matérielles, l'existence de communautés chrétiennes organisées, et chapeautées par l'évêque d'Alexandrie, est clairement avérée dès le deuxième siècle. Les plus anciens manuscrits chrétiens (des extraits des Evangiles) découverts en Egypte datent de cette période, ainsi que la création de l'école chrétienne d'Alexandrie par l'évêque Démétrios. L'Egypte de cette époque - et plus particulièrement Alexandrie - est un véritable carrefour où se rencontrent l'ancienne culture des pharaons, les cultures grecques et romaines, le judaïsme et les courants gnostiques, qui ne resteront pas sans influence sur les toutes jeunes communautés chrétiennes (le dualisme néo-platonicien hérité des Grecs, les idéaux ascétiques communs aux prêtres de l'ancienne Egypte et à certains mouvements gnostiques en sont de bons exemples). Dans les premiers temps, l'histoire de l'Egypte copte se confond ainsi avec celle de l'Eglise primitive. Les premiers monastères voient le jour dans les déserts d'Egypte, sous l'impulsion notamment de Saint-Antoine au début du IVème siècle. La première grande controverse de l'Eglise débute à Alexandrie en 324, suite aux prédications d'un prêtre nommé Arius, qui défendait l'idée d'une prééminence de Dieu le Père (le seul «non-devenu») au sein de la Trinité, suggérant ainsi que le Christ et l'Esprit-Saint ne sont que des ?créatures? du Père. La ?crise arienne? conduisit aux convocations des conciles de Nicée (325) et de Constantinople (381), et à l'élaboration du texte du Credo qui est encore connu aujourd'hui sous le nom de ?Symbole de Nicée-Constantinople?. Et c'est une divergence de vue sur un autre point de doctrine (la question de la double nature du Christ, à la fois Dieu et Homme) qui précipita la séparation entre l'Eglise d'Egypte et les sièges de Rome et de Constantinople (concile de Chalcédoine, 451).
   
   En racontant tout cela, je n'ai résumé que les deux premiers chapitres de ce petit livre. Je pourrais continuer en vous parlant de la cohabitation tantôt houleuse, tantôt paisible et prospère entre coptes et musulmans (l'Egypte passant sous leur contrôle en 641). Et je pourrais vous parler longuement de l'art copte: les artisans coptes étaient réputés pour leur habileté dans le travail du bois et des étoffes (l'illustration de couverture montre un superbe exemple de tissu copte), ainsi que pour leurs icônes. Ou bien, je pourrais vous entretenir de la lente redécouverte de la culture et de la langue copte par les Européens ? à partir du XVème siècle. Mais je préfère vous recommander chaudement la lecture de ce petit livre, qui couvre tout cela en à peine 140 pages. C'est très court, c'est dense, mais toujours clair et rigoureux. L'affection que Christian Cannuyer porte à son sujet est manifeste, mais elle n'oblitère jamais son esprit critique ni son sens de l'humour, si bien qu'il nous donne ample matière pour poursuivre une véritable réflexion ? réellement critique et informée ? sur la place que la religion occupe dans notre histoire (notamment sur les relations difficiles entre les autorités temporelles et spirituelles - et parfois leurs pactes faustiens), comme sur la place que la religion peut occuper dans nos vies et dans nos sociétés contemporaines. Selon le bon usage de la collection Découvertes Gallimard, ce livre est en outre richement illustré: un régal pour les yeux. Un bel exemple de vulgarisation parfaitement réussie. Et une superbe découverte.
   
   
   
   

critique par Fée Carabine




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