Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Gloire de Daniel Kehlmann

Daniel Kehlmann
  Les arpenteurs du monde
  Gloire
  La nuit de l’illusionniste
  Moi et Kaminski

Daniel Kehlmann est un écrivain allemand né en 1975.

Gloire - Daniel Kehlmann

"Un faux mouvement et on ne retrouvait plus son chemin."
Note :

   Attention! Ne remplacez jamais un collègue en littérature lors d'un voyage culturel en Asie centrale. Il pourrait vous en cuire! Ne fréquentez pas non plus d'écrivain, à moins que, comme certains, vous ne vouliez vous retrouver dans un de leurs romans et ainsi glaner un peu de cette Gloire éphémère ou non qui préoccupe peu ou prou les héros de Daniel Kehlmann.
   
   Dans ces neuf textes apparemment indépendants mais qui, en fait tissent des liens les uns avec les autres, les éclairant d'un jour nouveau, on trouve: des écrivains à qui on pose toujours les mêmes questions, mais pas seulement, des gens connus qui veulent oublier leur image, un hilarant pastiche d'un "auteur d'ouvrages sur la sérénité, la grâce intérieure et la quête du sens de la vie par la randonnée à travers de vertes contrées" et qu'une "Réponse à l'abbesse" va jeter dans un profond trouble. On y rencontre aussi des gens qui doivent se colleter avec la réalité dans ce qu'elle a de plus difficile. Car Kehlmann n'est pas tendre avec ses personnages: le monde dans lequel il les fait évoluer est à la fois drôle et angoissant. Rien ne nous assure de la stabilité du réel dans un monde où l'image prévaut, où les techniques modernes, téléphone portable en tête, peuvent nous permettre de mentir éhontément sur notre identité ou l'endroit où nous sommes. Qu'il harcèle ou serve de bouée de sauvetage, le téléphone nous est devenu indispensable et qu'il occupe à la fois le rôle principal d'un roman qui se clôt par les phrases "Son téléphone sonna. Elle n'y prêta aucune attention." n'est sans doute pas innocent. Le langage lui-même tourne à vide et l'on ne prête une oreille distraite aux propos des autres que pour pouvoir (enfin) prendre la parole. Il devient aussi une sorte de bouillie pleine de fôtes d'ortograf, sabir étrange de termes techniques et d'anglais de base qui dissimule à peine la vacuité de cet employé plus accro à internet qu'à son boulot...
   
   Daniel Kehlmann est un virtuose et certains de ces textes sont de purs chefs d'oeuvre, je pense ainsi à "L'Est" qui génère un malaise presque physique par la situation kafkaïenne dans laquelle il plonge cette brave romancière. Quant à la structure de ce livre elle est totalement maîtrisée et génère plein de surprises au lecteur qui se met à guetter le retour d'un personnage, découvrant parfois une explication à la toute fin du livre. Les apparitions de l'auteur-narrateur sont autant de clins d'oeil qui n'alourdissent pas le récit mais établissent une complicité avec le lecteur qui sort de ce roman, un peu ébouriffé mais ravi, comme après un tour de grand huit! Une pure merveille!

critique par Cathulu




* * *