Lecture / Ecriture
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Liège de Vera Feyder

Vera Feyder
  Petite suite de pertes irréparables
  Règlements de contes
  Caldeiras
  Liège
  La derelitta

* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Liège - Vera Feyder

Amour-haine
Note :

   Née à Liège en 1939, et montée à Paris alors qu’elle était encore toute jeune, Vera Feyder n’a pas cessé d’entretenir avec sa ville natale une relation complexe. Tout au long des pages qu’elle lui consacre ici, son regard hésite continuellement entre tendresse et auscultation impitoyable. Entre le souvenir des modestes plaisirs de l’enfance – les excursions sur la Meuse, le poulailler de l’opéra – et celui de l’ignominie, la trahison qui a livré son père, le jeune poète Maurice Federman, à la Gestapo, et partant aux camps nazis et à la mort. Entre la vie chaleureuse des impasses populaires et les prétentions des beaux quartiers, tout en égratignant au passage les errements d’une politique urbanistique façon "du passé, faisons table rase" (les choses n’ont d’ailleurs pas tellement changé depuis la publication de ce livre, en 1992: pour le meilleur ou pour le pire, l’aménagement de la place St-Lambert est terminé, les musées Curtius et de la Vie Wallonne ont rouvert, mais que dire du nouveau chancre du Val Benoît, ou de l’interminable chantier de la gare des Guillemins?)
   
   Cet amour-haine animant de bout en bout l’essai que Vera Feyder consacre à sa ville natale dans la collection "des villes", chez Champ Vallon, l’exercice de la promenade en compagnie d’un écrivain se trouve débarrassé de ce qu’il peut avoir, souvent, d’académique ou de convenu. "Liège" offre à ses lecteurs une véritable immersion dans les ruelles populaires de la vieille ville où l’auteur a passé son enfance dans les années d’après-guerre, et où l’on croirait presque pouvoir rencontrer, au détour d’une impasse, les fantômes échappés des livres de Georges Simenon - auquel Vera Feyder ne manque pas de rendre hommage – tout autant que les héros de son propre roman "Caldeiras". Loin des itinéraires trop balisés et des cartes postales, c’est bien l’âme de la ville qui vibre dans ces pages indispensables sans doute à la découverte de la cité ardente, indispensables aussi pour mesurer à quel point cette ville aimée-haïe a nourri l’œuvre de l’auteur, son incandescence comme ses révoltes et sa soif de vivre…
   
   
   Extrait:
   
   "Certes, le néon, les enseignes lumineuses, de nuit comme de jour, ont levé peu à peu le voile de détresse qui pesait sur certains lieux à vocation miséreuse, et reconnus comme tels. N’empêche qu’il est resté, pour qui reviendrait les hanter, sorties d’on ne sait quelle bouche fumigène, coupant d’étroites ruelles sans trottoirs, affaissés sous des porches ou dans l’arrière-salle d’estaminets venteux, de ces silhouettes incertaines que traquent soudain, comme le ferait une poursuite au théâtre, les feux mobiles d’une voiture, tandis que d’une façade qu’on croyait aveugle une porte soudain entrouverte rejette soudain à la rue, poignardé d’un rais lumineux, le dos en fuite d’un hors-la-loi, aussitôt repris par la nuit. Le Petit Homme d’Arkangelsk a travaillé peut-être bien dans cette échoppe douteuse que même les chats désertent; et tel Monsieur Hire est apparu, là, en décalcomanie grise derrière une fenêtre mal fermée où bat la pluie; Bergelon a pu, de n’importe quelle gare, prendre un train, et L’Homme qui les regarde passer se tenir, rue du Baneux, à l’écoute de l’express fonçant sous le bois des Carmélites, où vient mourir la prison Saint-Léonard. Cependant que Le Voyageur de la Toussaint se perdait, par le pont d’Amercoeur, sur la route de Robermont où les morts du cimetière répondent, les soirs d’orage, d’une colline à l’autre, à ceus de Sainte-Walburge." (pp. 51-52)

critique par Fée Carabine




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