Lecture / Ecriture
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Ma famille et autres animaux de Gerald Durrell

Gerald Durrell
  Ma famille et autres animaux
  Le Jardin des Dieux

Ma famille et autres animaux - Gerald Durrell

Une enfance enchantée
Note :

   "Je me pris d'amitié pour ces scorpions. C'étaient, somme toute, des animaux plaisants, sans prétention et qui avaient des moeurs charmantes." , ainsi parle le jeune Gerry Durell, 10 ans, qui est prêt à se lier d'amitié avec tout ce que la nature compte d'habitants à poils ou à plumes , chiens , pies, hiboux, albatros, insectes et autres reptiles qu'il observe avec passion dans la nature édénique de Corfou, mais aussi qu'il rapporte à la maison, occasionnant quelques catastrophes mémorables. "-Cette maison est un enfer, je vous assure. Il n'est pas un coin qui ne fourmille de bêtes malintentionnées prêtes à se jeter sur vous. Un geste aussi simple, aussi inoffensif que celui d'allumer une cigarette est plein de risques. D'abord, j'ai été attaqué par un scorpion, une bête hideuse qui a répandu du venin et des petits partout. Puis ma chambre a été saccagée par des pies. Maintenant il y a des serpents dans la baignoire et des bandes d'albatros volent autour de la maison avec des bruits pareils à ceux d'une tuyauterie défectueuse.
   -Larry, mon chéri, tu exagères, dit Mère souriant vaguement aux invités."

   
   Voilà résumée en quelques lignes la tonalité de ce récit si délicieusement anglais, où une famille d'excentriques s'installe à Corfou pour fuir la grisaille britannique et ne cesse de déménager pour loger les invités trop nombreux du fils aîné ou au contraire fuir l'arrivée d'une parente envahissante!
   
    Évidemment, sur place ils vont se lier d'amitié avec des personnages tout aussi pittoresques et sympathiques qu'eux, amis que le jeune Gerry va observer avec autant de zèle que ses insectes favoris. On ne sait quel animal ou quel humain préférer , tant ils nous font rire (attention livre à ne pas lire en public, sous peine de passer pour une folle dingue!) et jamais des bébés perce-oreilles n'auront été aussi attendrissants que présentés par Gerald Durrell: "Mais c'était une belle couvée de jeunes perce-oreilles, , tout petits, fragiles, comme sculptés dans l'ivoire.(...) C'était un spectacle qui réchauffait le coeur (...) Ma famille merveilleuse s'était dispersée à travers le jardin. Plus tard, je revis un des bébés. Il était naturellement plus gros, plus brun et plus fort mais je le reconnus tout de suite. Il était roulé en boule dans un labyrinthe de pétales de roses, en train de faire un somme, et, quand je le dérangeai, il leva ses pinces avec irritation. J'eusse aimé croire que c'était un salut, un joyeux accueil, mais j'étais honnêtement obligé d'admettre que ce n'était que l'avertissement d'un perce-oreilles à un ennemi en puissance. Je l'excusai pourtant. Il était très jeune, après tout, la dernière fois que je l'avais vu."
   
   Autant de bonne volonté ne pouvait que me plaire et je suis tombée follement amoureuse de ce livre, l'emmenant partout avec moi, grappillant quelques lignes chaque fois que c'était possible, le cornant éhonteusement quasiment à chaque page, me régalant des descriptions sensuelles de la nature de Corfou et me réchauffant le cœur!
   
   Un livre à conseiller aux dépressifs!
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critique par Cathulu




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Comment on devient naturaliste
Note :

   "Ce livre est le récit d’un séjour de cinq années que j’ai fait avec ma famille dans l’île de Corfou. Je le voyais, à l’origine, comme un exposé légèrement nostalgique sur l’histoire naturelle de l’île, mais je commis la grave erreur d’y introduire les membres de ma famille dès les premières pages. Une fois sur le papier, ils s’y installèrent et invitèrent divers amis à partager avec eux les chapitres suivants. C’est avec la plus grande difficulté et grâce à beaucoup d’astuce que j’ai réussi à leur arracher quelques pages et à les consacrer aux animaux.
   Je me suis efforcé de faire des membres de ma famille un portrait fidèle et sans exagération. Ils apparaissent tels que je les ai vus. Pourtant, pour expliquer certains aspects curieux de leur comportement, il me faut dire qu’à l’époque où nous étions à Corfou, nous étions tous jeunes : Larry, l’aîné avait vingt-trois ans, Leslie dix-neuf et Margo dix-huit. J’étais le plus jeune : j’avais dix ans, âge impressionnable et tendre.»

   
   Ainsi commence le plaidoyer pro domo que l’auteur a pris soin d’écrire comme prologue de son récit des cinq années vécues avec sa famille à Corfou dans les années trente, juste avant la guerre. L’auteur, à dix ans, avait déjà cette passion pour les animaux qu’il conservera toute sa vie et qui le conduira à créer le zoo de Jersey entre autres. Ici, son chien ne le quitte pas et avec lui il part librement à la découverte de toutes les autres bêtes de l’île sans exception, des scorpions aux pélicans, en passant par les serpents, les chauves-souris et les insectes.
   
   Il raconte un moment merveilleux vécu par une famille un peu folle, libre, sans tabou, farfelue et sans complexe, à laquelle tout semble possible, sur une île encore endormie, enchanteresse, exclusivement rurale et sauvage, choisie sur un coup de tête pour quitter un été anglais trop pluvieux.
   
   Tout est délicieux dans ce récit, les sentiments, les habitants, les souvenirs et l’humour malicieux auquel il est impossible de résister.
   
   Le seul bémol tient à l’amour du futur naturaliste pour les animaux qu’il rencontre. Il est si intense qu’il prend un immense plaisir à les décrire dans les moindres détails et à expliquer tout ce qu’il sait sur eux. Ceci dit, ce n'est pas pesant et il m'a suffi de sauter quelques pages descriptives pour retrouver le cours même du récit avec ses personnages aux lubies si ...british.
   
   Tout le reste demeurera pour moi un excellent moment de lecture. C'est un de ces livres tendres et drôles dont j’ai toujours plaisir à me souvenir.

critique par Mango




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