Lecture / Ecriture
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L comme: Le combat ordinaire de Manu Larcenet

Manu Larcenet
  L comme: Le combat ordinaire
  L comme: Le combat ordinaire, T.4
  L comme: Blast, Grasse carcasse
  L comme: Presque
  L comme: Crevaisons - Une aventure rocambolesque du Soldat inconnu

Pour la bio de l'auteur on a tout intérêt à consulter "Le retour à la terre"

L comme: Le combat ordinaire - Manu Larcenet

Notre combat
Note :

   Le combat ordinaire, tomes 1,2 et 3
   
   La bande dessinée, c 'est un genre que je connais un peu par ses grands classiques (Tintin et Astérix surtout) mais la bande dessinée contemporaine est de plus en plus riche. Après avoir découvert Persépolis de Marjane Satrapi il y a quelques années, j'ai ainsi plongé dans Tardi, Sfar, et consorts.
   
   Aujourd'hui donc, "Le combat ordinaire" de Manu Larcenet. Cette BD comporte pour le moment 3 tomes, le quatrième étant prévu prochainement. Je parlerai des trois premiers tomes simultanément.
   
    On plonge donc dans la vie de Marco, jeune photographe habitué aux reportages exotiques et aux sujets difficiles. Mais il n'a plus d'idée et souhaite se reposer. Il décide donc d'arrêter son analyse, entamée dix ans auparavant, et sa vie semble devenir banale: il rencontre une jeune vétérinaire, les relations avec ses parents sont compliquées, celles avec son frère restent juvéniles et tournent autour des jeux vidéos et des pétards. Mais la vie de Marco ne sera jamais classique, car de perpétuelles crises d'angoisse lui rappellent ses tourments.
   
    Cette bande dessinée est assez stupéfiante. On entre en effet dans la vie d'un dépressif qui essaie de s'en sortir mais qui n'y parvient que difficilement, et Manu Larcenet parvient à faire de cette BD et de son personnage un univers qu'on a envie de connaître. Le premier tome tourne autour de la rencontre de Marco et d'un voisin un peu mystérieux, et traite du rapport au passé, du pardon et de la culpabilité. Le second, intitulé "Les quantités négligeables", parle notamment du rapport aux origines sociales (thème qui me parle beaucoup, et qui rejoint un peu "La Place" d'Annie Ernaux); le troisième enfin, "Ce qui est précieux", des relations avec les parents et à la paternité.
   
    Ce que j'apprécie beaucoup dans cette série, c'est le temps que se laisse l'auteur pour poser les situations. Ainsi, il n'hésite pas à laisser de nombreuses cases sans texte pour uniquement décrire les gestes de son héros. Les scènes où Marco est victime de crises d'angoisse sont aussi assez troublantes. A travers donc quelques dessins et des situations qui peuvent être familières à tout le monde, Manu Larcenet parvient à mettre en question notre rapport à la vie. Et ce n'est pas son moindre mérite.
   
   Bref, une BD très émouvante, qui touche des points sensibles en peu de mots et qui touchera beaucoup de monde, j’en suis sûr.
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critique par Yohan




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C’est tout simple, c'est la vie
Note :

   Marco a quitté la ville pour la campagne, il a arrêté le psy parce qu’il a l’impression que ça va vraiment mieux, il a arrêté de partir photographier les guerres et les catastrophes et il s’occupe à croiser de temps à autre son frère rigolard, ses parents qui vivent au bord de la mer. Marco est monsieur tout-le-monde, mais il est tellement, tellement plus…
   
   Il y a des œuvres comme ça qui croisent votre route l’air de rien et qui vous bouleversent au-delà de toute mesure. Ce n’est pas qu’elles soient particulièrement drôles, non, ni particulièrement tristes d’ailleurs, c’est juste qu’elles touchent quelque chose d’intime, et en même temps d’universel. Dans "Le combat ordinaire", il y a une histoire particulière, celle de Marco, et il y a tout ce qu’elle dit sur la vie, l’amour, l’amitié, la famille. Manu Larcenet réussit le tour de force de raconter une histoire banale en lui donnant une force peu commune et en dressant une galerie de personnages terriblement humains et qui en disent long sur sa capacité à observer les gens et à en faire des personnages plus vrais que nature. Du coup on s’attache à eux, malgré l’agacement qu’ils provoquent parfois, voire la colère.
   
   Marco et sa trouille de l’engagement, son incapacité totale à passer à l’âge adulte, Emilie et sa patience, la maman qui se révèle un jour, les secrets du père, les ouvriers de l’arsenal, les journalistes et les artistes, on retrouve les petits travers, les grandes qualités, les petites histoires de la vie quotidienne.
   
   C’est tout simple et débordant d’émotion et de réflexions sur l’angoisse, sur les liens familiaux et les secrets de famille, sur l’amour et le changement radical qu’implique accepter un autre dans sa vie. De petits événements en grands changements, Manu Larcenet s’emploie à montrer de quelle manière on change et on grandit, qu’on le veuille ou non, et quels conflits et bonheurs cela provoque. Le combat ordinaire est celui que tout un chacun connaît à un moment ou à un autre de sa vie, ou toute sa vie et c’est la force immense de cet album qui met le lecteur face à ses propres questionnements, face à sa propre tendance à fuir les problèmes et les choix, face aux réactions que l’on peut avoir quand la maladie, la mort, le racisme, le chômage font soudain leur apparition. Avoir la chance de lire les quatre tomes d’affilé, c’est pouvoir percevoir mieux l’évolution de Marco, de son entourage, de la société aussi. J’ai apprécié ce moment passé avec les personnages.
   
   Les aventures de Marco sont servies à merveille par le dessin, tout en détails, en finesse, qui transcrit à la perfection les émotions et les ambiances. C’est un beau tableau, humain, sensible, touchant de la vie aujourd’hui, un petit chef d’œuvre qui démontre la force que peut avoir la bande-dessinée.

critique par Chiffonnette




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