Lecture / Ecriture
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1280 âmes de Jean Bernard Pouy

Jean Bernard Pouy
  La petite écuyère a cafté
  Spinoza encule Hegel
  A sec (Le retour)
  1280 âmes
  RN 86
  Cinq bières, deux rhums
  Le rouge et le vert
  Démons et vermeils
  Samedi 14
  Liliane, fais les valises
  Rémy Cooghe, combat de coqs en Flandre
  Calibre 16 mm
  Sous le vent
  Le Bar parfait
  S63
  La Belle de Fontenay
  Le Cinéma de papa

Jean-Bernard Pouy, né en 1946, est l'auteur de plus de soixante-dix romans noirs (dont onze à la Série Noire) et d'une centaine de nouvelles, directeur et créateur de collections.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

1280 âmes - Jean Bernard Pouy

«Incrémentation sémantique», mon œil!
Note :

   Petit roman qui ne présente d’intérêt que lu juste après le "1275 âmes" de Jim Thompson, mais qui, à cette condition, en présente un, certain.
   
   Paru dans une édition de romans policiers, ce livre n’est pas vraiment un polar. Il y a un bien un détective hyper doué, mais il n’enquête pas sur des meurtres ou des disparitions, ou alors ayant eu lieu il y a un bien longtemps et dans un monde virtuel: celui de la littérature.
   
   Pierre de Gondol (nom à la noix si je peux me permettre, même au 2ème ou 3ème degré) est l’heureux propriétaire de la plus petite librairie de Paris*, spécialisée dans les livres rares, chers, difficiles à trouver et dans les énigmes littéraires. Ce personnage devait être une sorte de «Poulpe» et rester le héros récurrent d’une série à plusieurs mains d’enquêtes littéraires, mais il n’a pas connu la popularité de son prédécesseur (et pourtant, dans un concours de noms… mais je n’insiste pas). La série a eu 10 titres quand même, pas si mal, mais il me semble bien que seul ce "1280 âmes", premier de la série, atteignit une certaine notoriété.
   Et voyez comme ça tombe bien, c’est justement de celui-là que je veux vous parler aujourd’hui.
   
   Un beau matin, alors que les affaires professionnelles et amoureuses suivent leur cours plutôt satisfaisant, Pierre de Gondol reçoit la visite d’un client qui l’embauche pour découvrir ce que sont devenues les 5 âmes perdues entre le roman original "Pop. 1280" de Jim Thompson et sa traduction en français: "1275 âmes". Et, comme pour une fois il n’a pas la réponse à cette question, notre héros va accepter l’enquête et se lancer dans les recherches.
   
   Tout d’abord, comme il sait que Marcel Duhamel qui choisit ce titre pour le n° 1000 de la célèbre Série Noire a coupé 2 pages du texte original (ça, c’est vrai), il suppose que ces "disparus" se trouvaient dans ces 2 pages, ce qui expliquait la modification du titre. Il retrouve l’extrait et effectivement avec elles et une indéniable mauvaise foi, quelques égarés mais pas tous. Il est donc "obligé" de partir aux Etats-Unis à la recherche du bled qui a servi de modèle à Pottsville, lieu des faits, tant il est évident pour lui qu’un écrivain ne peut rien décrire qui n’ait un modèle exact dans la réalité. Il le trouvera, pour admettre alors lui-même que cela ne lui apporte strictement rien pour ce qui est de son énigme.
   
   Le problème c’est qu’au fur et à mesure de sa progression, le lecteur réalise de mieux en mieux que cette façon de tenter de résoudre la question a quitté dès le départ le sol de la vraisemblance pour se lancer sur celui des extrapolations et des blagues entre initiés. Alors, comme vous venez de lire "1275 âmes", des initiés, vous en ferez partie c’est satisfaisant et amusant et puis c’est tout. Après nous avoir mis l’eau à la bouche, il devient sûr que ce n’est pas Gondol qui nous apprendra la vraie raison de cette disparition, mais on peut s’amuser de ses variations sur le thème et de son bavardage de connaisseur.
   
   Le narrateur -et donc sans doute l’auteur- se gargarise de ses connaissances en littérature (et pas seulement policière) et on peut le comprendre, et étant nous-mêmes accros, on peut apprécier également, mais ce n’est pas ce qui fait les bons romans, pas vrai? D’autant que ça m’a paru écrit de façon un peu négligente. Il y a des bourdes (p 76, 93 …) et les jeux de mots approximatifs s’accumulent. Il ne faudrait pas que cela dure trop longtemps, mais justement, c’est court, alors on est content quand même et vraiment je conseille cette lecture après celle du titre original et, puisque vous insistez (si, si, je le vois bien), je vais vous donner mon avis sur les deux questions de l’enquête:
   Pourquoi Marcel Duhamel a-t-il supprimé ces 2 pages du texte original? Parce qu’elles n’étaient pas bonnes et juraient dans cet excellent roman.
   Pourquoi a-t-il traduit "Population 1280" par "1275 âmes" gommant d’un coup 5 pékins? Pour rendre fous tous les détectives amateurs qui font le meilleur de sa clientèle.
   Et ça a marché.
   
   D'ailleurs, une nouvelle traduction est maintenant parue sous le titre de "Pottsville, 1280 habitants", le recensement a donc été corrigé.
   
   
   * à ce propos, à moins qu’il fasse 1m20 ce qui, il est vrai n’est pas précisé, je crois que la 4ème de couverture a tort de le qualifier de «plus petit libraire de Paris»
   ↓

critique par Sibylline




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Une enquête littéraire
Note :

   Pierre de Gondol est un libraire érudit, qu’aucune énigme littéraire n’arrête. Un jour, un client se présente dans sa librairie avec une requête un peu spéciale: il lui demande d’enquêter sur le célèbre roman noir de Jim Thompson dont le titre français est «1275 âmes». Or, l’œuvre originale s’intitule: «Pop 1280». La traduction française a donc fait disparaître 5 âmes. Charge à Pierre de Gondol de retrouver leur identité. Notre infatigable libraire va mener une véritable enquête policière, s’aidant de livres, interrogeant des érudits, n’hésitant pas à voyager outre-atlantique.
   
   Avant de me plonger dans ce livre de Jean-Bernard Pouy (dont j’avais découvert le style dans «Le rouge et le vert», un roman noir), j’ai d’abord lu «1275 âmes» de Jim Thompson, roman sur lequel porte l’enquête de Pierre de Gondol. Bien m’en a pris: cela m’a permis de mieux comprendre l’histoire.
   
   «1280 âmes» est une œuvre particulièrement érudite: cela peut enthousiasmer le lecteur qui voit là une occasion de s’enrichir, mais cela peut également l’agacer à la longue. J’ai trouvé que la première partie, qui se déroule essentiellement dans la librairie de Pierre de Gondol, s’étirait un peu trop en longueur, offrant trop de digressions. Mon intérêt a davantage été mobilisé à l’occasion de l’enquête du libraire aux Etats-Unis, quand il part à la recherche de la mythique Pottsville, bourgade du shérif de «1275 âmes». Le lecteur prend plaisir à suivre les avancées de l’enquête du libraire, avec les indices qui s’accumulent progressivement, jusqu’à ce qu’une vérité apparaisse, le tout sur fond d’humour, marque de fabrique de l’auteur.
   
   Un livre érudit, une intrigue habile et captivante, un regard neuf sur l’œuvre de Jim Thompson à laquelle Jean-Bernard Pouy rend hommage, une vérité finale instructive, mais quelques longueurs parfois. A découvrir si l’on veut poursuivre la découverte de «1275 âmes».

critique par Seraphita




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