Lecture / Ecriture
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Seul dans Berlin de Hans Fallada

Hans Fallada
  Seul dans Berlin
  F comme: Hans Fallada Vie et mort du buveur
  Le Buveur

Hans Fallada est le nom de plume de Rudolf Ditzen, écrivain allemand né en 1893 et décédé en 1947.

Seul dans Berlin - Hans Fallada

Au cœur de l’Allemagne du 3ème Reich
Note :

   1940, Berlin.
   
   La vie d'un petit immeuble berlinois pendant la seconde guerre mondiale. Y cohabitent des personnes très différentes et tout d'abord une vieille femme juive à l'étage supérieur, privé de tous ses biens, martyrisée par ses voisins et essayant de vivre sans son mari, déporté. La famille Persicke à l'étage en dessous, dont le fils, redoutable, s'est engagé derrière Hitler comme SS et terrorise tout le monde. Un couple, enfin, les Quengel, désespéré d'avoir perdu leur fils à la guerre et qui occupent clandestinement leurs journées à écrire des mots dénonçant les exactions du Führer, mots qu'ils déposent discrètement dans les escaliers des immeubles environnants, moyen ingénieux qu'ils ont trouvé pour diffuser l'information et organiser une forme de résistance passive. Ces missives seront d'ailleurs le fil conducteur de ce texte.
   
   Ce roman est un formidable témoignage de la vie en Allemagne pendant la guerre, l'auteur étant mort en 1947 après avoir été victime du régime nazi et avoir vu ses livres brûlés. Il est extrêmement bien écrit et m'a emportée dès les premières pages. A travers la vie de familles modestes, il décrit la répression organisée au cœur de l'Allemagne sous le troisième Reich.
   
   De très beaux portraits de personnages émaillent ce récit, à commencer par celui de Eva Klugue, la postière, qui débute ce magnifique livre en amenant une lettre qui annonce une bien mauvaise nouvelle aux Quengel. Mais aussi le discret mais efficace et généreux conseiller Fromm qui œuvre dans l'ombre en aidant ses compatriotes, ou d'autres personnages plus ambigus comme le commissaire Escherisch.
   
   Ce livre est un roman extrêmement bien construit qui décrit la vie de simples citoyens pris dans l'horreur de la guerre, et de la dictature. L'auteur en fait un récit poignant et bouleversant.
   
   Primo Levi a dit de ce livre* qu'il est «l'un des plus beaux livres sur la résistance allemande antinazie».
   
   
   * dans "Conversations avec Ferdinando Camon"
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critique par Clochette




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Vu de l'intérieur
Note :

   Voilà un petit roman offert il y a de cela quelques temps que j'avais laissé de côté pour le déguster et voilà qu'il est terminé. Alors le verdict, le verdict, c'est la mort qui rôde, partout dans les esprits, les consciences les attitudes de tout un chacun, on est dans le Berlin de 1940, de la Guerre avec Otto Quangel, Anna sa femme, Borkhausen, le petit mouchard qui traîne, Enno Kluge l'homme à femmes fainéant, joueur et sans vie, sa femme Eva qui essaye de résister, d'oublier ses fils dont un est devenu un véritable SS. Mais c'est surtout Otto Quangel le contremaître qui avec sa femme veut résister, veut participer à cette résistance intérieure par l'écriture hebdomadaire de cartes postales contre le régime dont une par exemple est: "Mère, le Führer m'a tué mon fils... Faites circuler cette carte, pour que beaucoup la lisent ! Ne donnez rien au Secours d'Hiver... Travaillez lentement, encore plus lentement!... Sabotez les machines!...Ainsi vous contribuerez à arrêtez la guerre" ou encore "Führer, ordonne! Nous suivrons! Oui nous suivrons, nous sommes devenus un troupeau de moutons, que notre Führer peut mener à n'importe quelle boucherie! Nous avons renoncé à penser..." Que fait le commissaire Escherich qui doit rendre des comptes à l'Obergruppenführer SS?
   
   C'est de la résistance antinazie sous le IIIème Reich dont il est question dans ce bouquin, de ces petits gestes de rien qui font un Tout et qui font de ces gens des héros de l'ombre, des purs. Publié en 1947, l'année de la mort de Fallada; ce roman a conquis Primo Levi qui le considérait comme "l'un des plus beaux livres sur la résistance allemande antinazie".
   
   Justesse du ton, du propos et des situations décrites, un livre qu'il faut connaître pour savoir, pour envisager ce qui se passait alors...
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critique par Herwann




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Les classes moyennes dans l’Allemagne nazie
Note :

   Titre original : Jeder stirbt für sich allein ( chacun meurt pour lui seul?) 1ere publication 1965.
   
   Quelques habitants d’un immeuble berlinois, rue Jablonski, juin 1940.
   
   L’armistice vient d’être signé, et la famille Persicke se réjouit bruyamment en se rinçant le gosier sans modération. Ce sont des nazis offensifs, surtout le fils cadet Baldur, qui règne sans partage sur ses frères et son père. Un étage plus bas, le juge Fromm considère que la vieille Mme Rosenthal au dernier étage, est en danger ; son mari a été arrêté, et les Persicke vont venir la persécuter. Il s’apprête à cacher cette citoyenne chez lui. Eva Kluge, la postière vient apporter aux Quangel du premier étage la nouvelle que leur fils unique a perdu la vie au combat. Eva est résolument opposée au gouvernement en place et se fait violence pour rester prudente. Son mari, au contraire, se demande comment exploiter la situation pour tirer quelque profit par la dénonciation ou le chantage.
   
   Otto et Anna Quangel, profondément affectés par la disparition de leur fils, décident d’agir. Ils se sentent trahis. Quelques années plus tôt, le gouvernement national-socialiste leur paraissait une bonne chose pour l’économie, et Otto avait obtenu un bon poste et un meilleur salaire. A présent, ils sont effondrés. Contremaître en menuiserie, Otto présidait à la fabrication de meubles et à présent, ce sont des cercueils qu’il livre. Le couple se met à écrire des tracts antinazis, qu’ils déposent incognito dans des immeubles, quadrillant plusieurs quartiers de la ville, éloignés du leur. Pendant plusieurs années ils vont se livrer à cette occupation et tenir en échec le commissaire de la police criminelle Escherich qui tente de mettre la main sur "le trouble-fête" comme il l’a surnommé. Les Quangel s’imaginent que leurs tracts circulent et amènent ceux qui les trouvent à réfléchir et s’indigner. Mais les gens, terrorisés, détruisent les tracts aussitôt qu’ils les ont en leur possession, et bien plus souvent, vont les remettre à la police, de sorte que, ironie amère, le commissaire devient le récipiendaire des brochures patiemment composées par les Quangel…
   
   Un récit très classiquement composé, qui se lit facilement, un beau récit nécessaire et instructif sur le vécu des classes moyennes dans l’Allemagne nazie, la résistance courageuse obstinée, naïve au début, de gens qui se débrouillent avec leur peu de moyens, et aussi la lâcheté et la délinquance de ceux, qui, dépourvus d’éthique personnelle, voient leur vils penchants encouragés par un régime ouvertement criminel. L’auteur suit ses personnages pendant toute la durée de la guerre : ils évoluent et certains nous surprennent. Pour les amateurs de péripéties, il y a, en outre, beaucoup de suspense et de rebondissements. La fin n’est pas complètement pessimiste…
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critique par Jehanne




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« Mère, le Fuhrer a assassiné mon fils. »
Note :

   Ce cri du cœur, je l’ai lu à Berlin. Et j’en suis sortie ravagée, bouleversée. Surtout en ayant vu cette ville, ces lieux. Et après que j’aie entendu parler des Allemands de cette période, de ce que leurs grands-parents ou arrière-grands-parents ont fait, ou vécu. De cette ombre du passé qui pèse sur la ville encore aujourd’hui.
   
   Cette histoire, c’est celle de gens normaux, dans l’Allemagne nazie pendant la guerre. Des gens ordinaires qui tentent de le rester sous le régime nazi, mais aussi de gens prêts à tout pour des cartes de rationnement ou un peu de reconnaissance du parti, ou quelques sous. Des gens capables du meilleur ou du pire, dans une situation intenable. Nous faisons la connaissance de petites frappes, de profiteurs, de gens persuadés que Hitler va sauver le monde, des gens qui suivent parce qu’ils ne peuvent pas faire autrement et d’autres qui, graduellement, se désengagent et tentent de résister à leur manière.
   
   Et c’est l’un de ces couples que nous suivons, entre autres, dans ce roman. Les Quangel fonctionnaient tant bien que mal dans ce régime de terreur quand, un jour, leur fils meurt à la guerre. Otto et Anna ressentent alors le besoin de faire quelque chose pour dénoncer, combattre, avec les moyens qu’ils ont. Des cartes. Des cartes laissées dans des immeubles. Des cartes qui dénoncent le régime. Ils risquent leur vie. Ils le savent. Et ils continuent. Acte vain? Début d’un vent de changement?
   
   Ces héros ordinaires résistent à leur façon, malgré leur peu d’éducation, leur peu de liberté. Ils ont dû exister, mais on a oublié leurs noms. On a oublié leurs moyens limités, la terreur quotidienne dans laquelle ils vivaient eux aussi, l’atmosphère oppressante, quand le voisin peut se transformer en délateur et que tout le monde est à l’affût. Et c’est cette atmosphère qui plane sur tout le roman, que l’on se surprend à dévorer pour connaître la suite. On a parfois le goût de hurler, c’est extrêmement émouvant à d’autres moments et on se surprend à entrapercevoir des morceaux d’âme poindre parfois dans toute cette noirceur.
   
   À lire.
   
   Surtout qu’il paraît que l’histoire est basée sur une histoire vraie, dont Fallada aurait eu les dossiers après la guerre.

critique par Karine




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