Lecture / Ecriture
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Demain dans la bataille pense à moi de Javier Marias

Javier Marias
  Demain dans la bataille pense à moi
  Le roman d'Oxford
  L'homme sentimental
  Un cœur si blanc
  Comme les amours
  Ton visage demain (1) Fièvre et lance
  Ton visage demain (2) Danse et rêve
  Littérature et fantôme
  Si rude soit le début

Javier Marías Franco est un écrivain et éditeur espagnol, né à Madrid en 1951.

Demain dans la bataille pense à moi - Javier Marias

Nègre de nègre
Note :

   La situation de départ :
   Un soir, à Madrid, rue Conde de la Cimera, un appartement bourgeois. Marta Tellez, jeune femme de trente ans a invité le narrateur à dîner. Il espère qu’il s’agit d’un rendez-vous galant. Lorsque le mari de Marta, Eduardo Dean, téléphone de Londres et s’enquiert de sa femme et de son fils Eugenio, deux ans, elle n’évoque pas son invité.
   Après avoir persuadé Eugenio d’aller dormir, le couple commence à s’occuper de lui-même .Marta est prise d’un malaise soudain. Elle meurt dans les bras du narrateur, au bout de soixante-dix pages qui n’auront été, pense-t-il que quelques minutes.
   Le narrateur ne veut pas compromettre Marta (Il est déjà temps de dire «sa mémoire»), appeler son mari car elle n’aurait pas voulu. «Il me tuerait» avait-elle dit. Il ne peut emmener l’enfant, ni le laisser, ni appeler la famille. Ni rester.
   En partant, il laisse de la nourriture à Eugenio sur la table de la cuisine, et deux téléviseurs allumés avec deux films différents, et le son très bas. Il a rhabillé Marta et l’a couchée sous une couverture .Il emporte tous les enregistrements récents du répondeur téléphonique ; Le répondeur lui apprend qu’elle avait un amant qui ne pouvait venir ce soir-là: lui est le remplaçant de l'amant qui est le remplaçant du mari. Aurait dû l’être.
   Dans la vie, il est «nègre» de «nègre», écrivant des scénarios et des discours pour le compte d’un certain Ruiberriz, censé se charger de ce travail qui les revend à une personnalité censée les avoir écrites elle-même…
   
   
   Le titre est tiré de la pièce de Shakespeare Richard III; à l’aube de la bataille, il s’entend interpeller par les spectres de ses victimes: «Demain, dans la bataille, pense à moi! Et que tombe ton épée émoussée! Désespère et meurs!». Ce n’est qu’au dévoilement final, à la rencontre avec Eduardo que le message prend son sens. …
   
   Le texte tout entier est rapporté par le narrateur, ses pensées, comme ce qu’il voit et les discours qu’il adresse aux autres, ainsi que les paroles qu’on lui adresse, et les pensées qu’il prête aux autres. Il utilise pour cela, assez souvent le discours direct et le monologue souvent mis entre parenthèse. L’ensemble a parfois l’air d’une sorte de cacophonie. Le rythme se ralentit et s’accélère sans transition, au gré de ses pensées et réactions. Il se dit «haunted» par la situation créée. A Madrid, où il se trouve, il pleut tout le temps, et c’est l’hiver: on se croirait à Londres, où se trouve Eduardo…
    ↓

critique par Jehanne




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Pense à moi, désespère et meurs
Note :

   Titre original : Manana en la batalla pensa en mi
   
   J'aime très fort Javier Marias. "Comme les amours" m'avait embarquée dans une histoire inattendue, et là aussi ça démarre très fort.
   
   En l'absence de son mari Dean, Marta a invité Victor à dîner, et une fois son enfant endormi, les deux se retrouvent dans le lit de Marta, où, prise d'un malaise, elle meurt dans les bras de Victor. Une situation périlleuse, accordons-le. Que faire? Prévenir le mari? La famille? Partir en laissant l'enfant (très jeune) seul? Victor choisit cette dernière solution mais ne peut s'empêcher de vouloir connaître la suite, de se rapprocher de la famille de Marta, pour qui il n'est "personne", et non pas l'homme présent quand Marta est décédée.
   
    "Demain dans la bataille pense à moi, et que ton épée tombe émoussée! Demain dans la bataille pense à moi, quand j'étais mortel, et que ta lance tombe en poussière. Que je pèse demain sur ton âme, que je sois un plomb dans ton sein et que finissent tes jours dans une sanglante bataille. Demain dans la bataille, pense à moi, désespère et meurs."
   

    Utilisant plusieurs fois cette citation de Richard III (souvent incomplète), et d'autres remarques ou expressions en écho de façon incantatoire, Javier Marias déroule à son habitude de longues phrases, entraînant le lecteur toujours plus loin dans son raisonnement et ses explications... Des passages virtuoses non dénués d'humour captent l'attention, jusqu'à la rencontre finale entre Dean, Victor et les dernières révélations.
   
    "Par sa façon de marcher il était clair que dès qu’elle était sortie de la boutique elle savait où elle allait, on le sait toujours quand on ne trace pas deux lignes droites et perpendiculaires alors que c'est possible mais que l'on zigzague, une façon de rendre plus agréable le trajet connu."

   A la réflexion, oui, c'est exact et bien vu.

critique par Keisha




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