Lecture / Ecriture
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L'odyssée de Pénélope de Margaret Atwood

Margaret Atwood
  Faire surface
  Captive
  La femme comestible
  La servante écarlate
  L'odyssée de Pénélope
  Mort en lisière
  Le fiasco du labrador
  C’est le cœur qui lâche en dernier

Margaret Eleanor "Peggy" Atwood est une écrivaine canadienne née en 1939.
Elle a reçu le Prix Franz Kafka en 2017.

L'odyssée de Pénélope - Margaret Atwood

Heureux qui comme Ulysse...
Note :

   Tout le monde connaît Pénéloppe, la patiente et fidèle épouse d'Ulysse. Pas de quoi faire un roman de cette vie passée à attendre un mari qui se bat, voyage, aime et sauve sa peau tous les quatre matins, bref, qui donne un sens à sa vie. Il est entré dans l'Histoire, ou au moins dans la Mythologie, par la grande porte, laissant derrière lui sa pâle épouse.
   
   Margaret Atwood, auteur canadien par ailleurs connue pour ses convictions féministes, a voulu offrir un destin à ce second rôle en lui donnant la parole pour qu'elle raconte son histoire et donc celle de son mythique époux.
   
   Certains faits sont connus de l'amateur de mythologie grecque, d'autres, nombreux, sont de l'invention de l'auteur et donnent du piquant au récit. Comme ses rapports avec sa belle-mère Anticlée ou l'ex-nourrice d'Ulysse, Euryclée, et l'exécrable personnalité d'Hélène, un monstre d'égoïsme et de luxure.
   
   Et que fait Pénélope une fois la guerre de Troie achevée et son mari pas encore rentré? Eh bien, elle déprime: "Souvent, la nuit, je m'endormais en pleurant ou en priant les dieux soit de me rendre mon mari adoré, soit de me faire l'aumône d'une mort rapide."Et moi je me dis: c'est bien la peine de reprendre l'histoire de Pénélope pour en faire une femme aussi terne. Le récit de sa vie est aussi ennuyeux qu'on pouvait le prévoir, sauf que j'espérais que Magaret Atwood lui mitonnerait un destin haut en couleurs, inconnu de tous et tragique, au moins... Elle repousse les prétendants qui en ont après son lit et son royaume, mais n'en essaye même pas un, la gourde, se contentant de "rêver tout éveillée à celui avec lequel [elle] préfèrerai[t] coucher, s'il fallait un jour en arriver à cette extrémité."
   Pourtant, le récit de ses servantes qui entrecoupe son propre monologue, laisse à penser qu'elle n'a pas été aussi sage qu'elle le prétend. Soit. Tant mieux. Mais si frasques il y a eu, elle les garde pour elle et le lecteur n'a droit qu'au récit ennuyeux de son indéfectible fidélité...
   
   Quelques passages humoristiques sont cependant les bienvenus, en particulier ceux qui évoquent les exploits on ne peut plus prosaïques d'Ulysse, que la légende embellira: "Ulysse avait livré bataille à un Cyclope géant, affirmaient les uns; non, ripostaient les autres, il s'agissait plutôt d'un aubergiste borgne, et le différend portait sur une note impayée." La version anoblie sied bien sûr mieux à la stature d'un héros...
   Le langage moderne utilisé par Pénélope m'a moins convaincue, me semblant assez artificiel.
   
   Je ressors donc plutôt déçue de cette lecture. C'est le second livre de Margaret Atwood que je lis et le premier, "Le dernier homme", ne m'avait guère enthousiasmée non plus...
   
   
   Titre original: The Penelopiad, parution au Canada : 2005
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critique par Yspaddaden




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Une relecture de l'Iliade et l'Odyssée
Note :

    Pénélope est mondialement connue pour être la femme d'Ulysse. Mais ce que l'on sait moins, c'est la vie qu'a menée Pénélope pendant les vingt années d'absence de son mari, et surtout ce qu'elle a ressenti lorsqu'il il est revenu déguisé en mendiant et qu'il a tué tous les prétendants de la dame. Outre ses prétendants, il a également tué les douze servantes qui avaient couché avec les prétendants, pour des raisons que Pénélope dévoilera. D'outre-tombe, Pénélope et les douze servantes nous racontent ce tragique épisode.
   
   Margaret Atwood signe une relecture de l'Iliade et l'Odyssée, d'un point de vue féminin et iconoclaste. Féminin, car tous les narrateurs sont ici des femmes, ce qui fait pendant aux récits d'Homère qui mettent en exergue la puissance, la gloire, l'héroïsme des hommes, et la ruse d'Ulysse. Iconoclaste, car Pénélope n'est pas ici la tendre épouse qui monte des stratagèmes pour attendre sagement son mari. Elle expose les rancoeurs qu'elle a vis à vis de sa belle-famille, l'inimitié et la jalousie avec la nourrice d'Ulysse, et un regard pas toujours très maternel sur Télémaque. Son langage est familier, parfois vulgaire, loin des précautions attendues d'une reine. On découvre aussi une enfance traumatisante, avec ce père qui a essayé de la noyer, et son lien de parenté avec Hélène, cousine qu'elle déteste.
   
   L'auteur fait preuve d'une belle érudition sur les histoires mythologiques, et elle n'hésite pas à en désacraliser certaines je vous laisse le plaisir de découvrir qui étaient vraiment le cyclope, les sirènes ou Circé). Elle connaît également bien le théâtre de l'époque, puisqu'elle reprend les formes antiques, notamment celle du chœur, lorsque les servantes s'expriment.
   
   Néanmoins (car il y un mais), j'ai eu du mal à appréhender ce roman autrement que comme un exercice de style, réussi parfois, moins convaincant à d'autres moments (notamment lorsque Pénélope se fait plus vulgaire). C'est un peu le danger avec les romans trop documentés et les réécritures, et mon ressenti est que Margaret Atwood n'a pas complètement évité cet écueil.
   
   Malgré cette réserve, ce fut une lecture intéressante, car elle m'a replongé dans mes connaissances mythologiques qui malheureusement s'étiolent peu à peu, comme j'avais déjà pu le constater avec "Idomeneo" (opéra).
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critique par Yohan




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« Nous marchons sur vos pas »
Note :

    Dans la collection "Les Mythes du Monde", Margaret Atwood a choisi de revisiter l’Odyssée en imaginant le point de vue de Pénélope, à l’opposé du cliché de la "petite bobonne fidèle" attendant sagement, derrière sa tapisserie jamais terminée, le retour d’Ulysse, son époux chéri, père de son fils Télémaque, après vingt ans d’absence, tout en maintenant à distance la centaine de ses prétendants de plus en plus pressants.
   
   "Ulysse aux mille ruses! C’est ta grande valeur qui te rendit ta femme; mais quelle honnêteté parfaite dans l’esprit de la fille d’Icare, en cette Pénélope qui jamais n’oublia l’époux de sa jeunesse! Son renom de vertu ne périra jamais, et les dieux immortels dicteront à la terre de beaux chants pour vanter la sage Pénélope…" L’Odyssée, Chant XXIV (191-194) [Citation mise en exergue]

   
   La Pénélope de Margaret Atwood est à l’opposé de cette femme exemplaire, l’incarnation même de la patience et de la fidélité conjugale. Dès l’introduction la romancière canadienne rappelle que l’Odyssée d’Homère n’est pas la seule version du récit et qu’elle s’est inspirée à d’autres sources comme à celles des variantes régionales du mythe. Elle a également choisi de faire raconter l’histoire par Pénélope elle-même et par ses douze servantes pendues par Ulysse à son retour pour l’avoir trahi.
   
    C’est du fond des Enfers que s’élèvent ces voix féminines et accusatrices. "Maintenant que je suis morte, je sais tout" déclare Pénélope en commençant son récit, tissant ainsi une nouvelle toile qui n’appartient qu’à elle où elle accuse Ulysse de l’avoir ridiculisée pour se tirer d’affaire, une de ses grandes spécialités. "Il se montrait toujours si convaincant!" mais, déterminée et patiente, elle ira jusqu’au bout de la vérité cette fois.
   
    Puis ce sera au tour des servantes de témoigner. Elles le feront en chœur dans un cours d’anthropologie burlesque où elles rejettent le statut de simples servantes, de cendrillons, pour revendiquer celui des douze vierges lunaires, compagnes d’Artémis, virginale déesse de la lune, avec Pénélope comme grande prêtresse de leur culte.
   
    Tout se termine par la projection du procès d’Ulysse filmé en vidéo par les servantes. Et par leur chant d’amour qui ressemble à une menace: "Nous marchons sur vos pas" "Nous ne vous quitterons jamais, nous vous suivrons partout comme une ombre, douces et tenaces comme de la glu."
    "Nous n’avions pas de voix
    nous n’avions pas de nom
    nous n’avions pas de choix
    fille sans renom
    et sans visage.
    Nous avons subi votre rage
    Ô injustice
    Mais nous sommes ici
    Nous sommes ici, nous aussi
    Au même titre que vous.
    Hou Hou Hou Hou!"

   Et elles se transforment en hiboux !
   
   Étrange petit livre ! J’ai beaucoup aimé: "La Servante écarlate", beaucoup moins celui-ci. Un mythe modernisé n’est jamais qu’un plat réchauffé!

critique par Mango




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