Lecture / Ecriture
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La condition de Jennifer Haigh

Jennifer Haigh
  La condition
  Ce qui gît dans ses entrailles

La condition - Jennifer Haigh

Wouldn't it be nice?
Note :

   Saga familiale couvrant la période 1976 – 2001, "La Condition" de Jennifer Haigh débute avec la découverte de la maladie de la jeune Gwen, atteinte du syndrome de Turner. Petite taille, absence de puberté, stérilité, telles sont les principales caractéristiques de cette maladie.
   
   Vingt ans après le diagnostic et le divorce des parents, Paulette et Frank, nous retrouvons les personnages qui, tour à tour, nous laissent peu à peu entrevoir leur vie présente et reviennent sur les années qui se sont écoulées, éloignant ou rapprochant certains membres de la famille.
   
   Paulette, un peu coincée et étroite d'esprit, vit à Concord dans une vieille maison splendide où elle maintient la température à 13 degrés afin de protéger une collection de porcelaines de grande valeur. (Soit dit en passant, elle me rappelle par certains côtés un personnage de "Halloween" , où une retraitée légèrement névrosée passe son temps à javelliser sa maison et pense uniquement à une tache de sang sur son tapis un jour où son fils est à deux doigts de rendre l'âme. Livre très sympathique et chaudement recommandé!)
   
   Son ex-mari Frank espère être bientôt récompensé dans le milieu scientifique après un beau parcours au M.I.T. Passant pour un obsédé aux yeux de Paulette, ce Dom Juan s'est récemment fait plaquer par une compagne plus jeune pressée de se marier; il commence à souffrir de la solitude.
   
   Billy, leur aîné, le fils prodigue, médecin vivant à New-York dans un superbe appartement, cache son homosexualité à sa famille. Proche de Gwen et attaché à sa mère, il semble a priori avoir définitivement fait une croix sur Frank (un salaud, un égoïste et un mauvais père) et sur son petit frère Scott (un looser).
   
   Prof d'anglais dont les compétences sont souvent dictées par les collections «Profil», Scott enseigne vaguement dans un établissement minable aux objectifs purement commerciaux. Ancien accro à l'herbe, Scott est coincé dans un lotissement immonde avec son épouse Penny (un peu sotte) et leurs deux enfants difficiles.
   
   Quant à Gwen, elle s'est emmurée dans le silence et se cache dans des sweat-shirts trop grands pour elle. Son travail d'assistante au sein d'un musée est vraisemblablement son seul centre d'intérêt. Si sa maladie sert de point de départ, elle n'occupe qu'une place relative dans cette histoire aux sujets nombreux.
   
   "La Condition" est un bon page-turner qui se lit sans aucun doute avec plaisir. Alternant les points de vue, ce roman éveille sans cesse notre curiosité et pose un regard sensible et passionnant sur les membres d'une même famille, sur les non dits et les malentendus qui rendent facilement maladroit. Malgré des années de silence et de reproches implicites, parents et enfants éprouvent de l'affection les uns envers les autres, même s'ils sont souvent incapables de s'aimer comme il le faudrait et de satisfaire les attentes de l'autre – si ce n'est «des autres», car il convient aussi de ménager les susceptibilités.
   
    Les qualités principales de ce roman tiennent à mon avis à l'attention portée à la psychologie des personnages. Rendant parfaitement compte de la complexité des rapports humains, Jennifer Haigh a trouvé un ton juste qui ne dessert pas ses personnages. On pourrait peut-être lui reprocher la trop grande diversité de situations au sein de la famille et l'accumulation de malheurs, qui manquent un peu de crédibilité. Mais après tout, depuis quand un roman devrait forcément se borner à rendre compte de la réalité dans ce qu'elle a de plus banal? Les péripéties s'enchaînent, le traitement du sujet est convaincant. Parce qu'il peut être interprété de plusieurs manières, le titre rend justice à la variété des situations qui font la richesse de ce texte. Au final voilà un roman qui ne manque pas d'intérêt et qui m'a donné envie de lire un des précédents romans de Jennifer Haigh.
    ↓

critique par Lou




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"La nature n'était pas tendre."
Note :

   Eté 1976, Paulette, la parfaite maîtresse de maison, son mari Franck et leurs enfants profitent de la demeure familiale de Cape Cod. Tout ce bonheur en apparence paisible va voler en éclat quand, en bon scientifique qu'il est , Franck découvre que leur fille, Gwen, est atteinte du syndrome de Turner: elle conservera à jamais son corps d'enfant.
   
   Chaque membre de la famille va réagir à sa façon à ce coup du sort: Paulette se réfugie dans un premier temps dans le déni tandis que Franck conserve son attitude scientifique et cherche une solution au problème. Quant aux enfants, chacun d'eux évoluera de manière différente (et pas forcément plaisante pour leurs parents...) Il faudra attendre vingt ans pour que la famille soit à nouveau réunie dans la villa de Cape Cod.
   
   Jennifer Haigh, dans "La condition" alterne les points de vue des différents protagonistes, les faisant évoluer avec une grande vérité psychologique, nous laissant libres d'accepter les points de vue de chacun. Elle se penche avec une grande sensibilité sur les problèmes générés par le syndrome de Turner mais aussi sur les relations existant entre les différents membres de la constellation familiale. Nous ne trouverons pas ici le cliché "Nous sommes une famille et nous devons faire face ensemble à l'adversité" dont nous gavent allègrement les feuilletons américains. Au contraire, tous les personnages revendiquent avec force leur individualité, quel que soit leur âge.
   
    J'ai particulièrement apprécié la justesse et la beauté de ces portraits d’adultes vieillissants et leur manière d'appréhender les renoncements nécessaires auxquels les contraint le passage du temps.
   
   A noter aussi une superbe scène de plongée nocturne nous peignant "l'équipe de nuit" des fonds sous-marins.
   
   Un bon gros roman confortable.

critique par Cathulu




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