Lecture / Ecriture
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L'amour comme par hasard de Eva Rice

Eva Rice
  L'amour comme par hasard

L'amour comme par hasard - Eva Rice

Four lumps of sugar and a slice of teacake
Note :

    "The Lost Art of Keeping Secrets" d’Eva Rice est devenu en français "L’amour comme par hasard" ce qui, accompagné d’une couverture rose et or ou d’un immense soleil couchant pourrait faire fuir beaucoup de lecteurs encore soucieux de leur santé mentale. Mais non, il ne s’agit pas d’un livre à l’eau de rose épouvantable, l’amour est une chose un peu compliquée qui n’arrive pas tout à fait par hasard et, si tendances guimauvesques il y a, il s’agit de sucreries de qualité, rien de moins. Je crois avoir lu quelque part que ce livre était une sorte de chick lit version fifties. Là non plus je ne suis pas franchement d’accord, car si les préoccupations de l’héroïne tournent très souvent autour de ses robes, de garçons ou de bals, le style et le déroulement de l’histoire ont plus de charme et de consistance. Les personnages font aussi preuve d’un peu moins d’humour et de superficialité (je trouve que le terme «léger» caractérise mieux nombre de scènes de ce roman).
   
   Dans les années cinquante, Penelope Wallace rencontre Charlotte à un arrêt de bus et, sans la connaître, accepte de l’accompagner chez sa tante Clare afin de prendre le thé. De cette aventure inattendue naît une amitié qui amène les deux jeunes femmes à passer les mois suivants ensemble. Leurs rencontres se font souvent chez l’irrésistible Tante Clare mais aussi lors de soirées mondaines au Ritz ou ailleurs et, surtout, au sein de Milton Magna Hall, la superbe demeure des Wallace. Bâtie au Moyen-Âge, agrandie par la suite, Magna recèle de nombreux trésors mais a beaucoup souffert de la guerre, agonisant lentement, couvrant ses habitants de dettes.
   
    Autour des jeunes femmes et de Clare gravitent d’autres personnages : Harry, cousin de Charlotte et magicien aux yeux bicolores; Inigo, petit frère de Penelope et apprenti chanteur pop; Talitah Wallace, leur mère si jeune et si malheureuse depuis le décès de son mari au front. Sans parler de Johnnie Ray, chanteur pop et tombeur de ces dames, des Teddy Boys et de quelques personnages renversants qui font leur apparition un peu plus tard.
   
   Sans écrire un chef-d’œuvre, Eva Rice signe à mon avis ici un très bon livre qui s’inspire de beaucoup d’auteurs britanniques: on pense à Pym et ses conversations de salon, beaucoup plus à Nancy Mitford, à laquelle une scène fait allusion et dont l’impétueuse Linda a sans doute influencé les descriptions de Charlotte; citons encore Lewis Caroll et son Alice, un brin de Setterfield pour l’univers de Magna et Wilde – avec une allusion claire à Gwendolen de "The importance of being earnest", lorsqu’elle déclare ne jamais voyager sans son journal pour avoir quelque chose d’intéressant à lire.
   
   Malgré sa légèreté, ce roman est aussi emprunt de tristesse et de nostalgie. Il finit cependant sur une note très optimiste et tourne toujours autour des notions d’amour et d’amitié, de la possibilité pour chacun de trouver sa moitié, la nécessité d’aller de l’avant et de croquer la vie à pleines dents. Il traite aussi du fossé qui sépare les adolescents de l'après-guerre et leurs parents, ce qui est notamment représenté par l'influence grandissante des Etats-Unis et l'apparition du rock qui vient progressivement remplacer le jazz.
   
   Outre ce mélange savamment dosé de folie douce amère, de joyeuse insouciance et de confrontations plus ou moins faciles avec la réalité, j’ai savouré le cadre cosy et très britannique, entre Londres et sa banlieue, les grands magasins, Fortnum, les salons, l’heure du thé, les vieilles demeures un peu hantées et un esprit enjoué qui m’a touchée. Attachée aux personnages, j’ai eu l’impression de vraiment les accompagner dans leurs aventures. Je regrette seulement les coquilles de l’édition d’origine (Flammarion): une faute grave notamment et, plusieurs fois, une tante Clare devenue tante Clara ou tante Charlotte, ce que je trouve horripilant!
   
   Dans l’ensemble un très joli roman, délicat, assez fin et, malgré des situations récurrentes, palpitant!
   
   N.B : le titre vient de mon obsession grandissante pour Wilde, car vous n'avez pas fini d'en entendre parler si vous passez par ici!
    ↓

critique par Lou




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Doudou léger
Note :

   Titre original : The lost art of keeping secrets
   
   Ce roman, je l'ai vu partout en 2009, quand il y a eu parution au Livre de poche. Ceci dit, ce n'est que maintenant que j'ai eu envie de le découvrir. La cause? Le titre en anglais. J'adore. Vraiment. Et en plus, j'avais besoin d'un roman doudou et c'est tout à fait ce que j'ai trouvé entre ces pages.
   
   On est en 1954. La narratrice, c'est Pénélope. À 18 ans, elle fait partie de la noblesse désargentée et habite avec sa mère, jeune veuve éplorée de 35 ans et son frère Inigo, qui ne jure que par la musique rock. Sa demeure, c'est Milton Magna. Médiévale, magnifique, complètement hors du temps. Mais aussi au bord de l'effondrement pour cause de manque d'entretien et de dettes.
   
   Sa vie va changer quand un jour, elle monte dans un taxi avec Charlotte, jeune fille mondaine brillante et pétillante, qui veut absolument de la compagnie pour aller prendre le thé chez sa tante Clare. Improbable, soit. Mais tellement excitant pour Pénélope.
   
   Je ne vous mentirai pas, ce livre n'a pas de Message Profond ou une réelle Écriture. Il n'aura pas changé ma façon de voir la vie et ne m'a pas permis de porter un nouveau regard sur la société anglaises des années 50. Mais qu'est-ce que j'ai pu passer un bon moment, dans cette atmosphère so british! Charlotte et Pénélope, c'est un choc. L'une a des idées nouvelles, une personnalité extravertie. Elle connaît tout le monde, est adorable, brille en société. Pénélope, elle, est... anglaise! Davantage attachée aux traditions, à sa maison ancestrale, à son histoire familiale. Difficile de faire autrement quand l'ombre du père mort à la guerre plane sur la maison depuis tellement longtemps.
   
    C'est un roman de passage à l'âge adulte, un roman où on passe des rêves à la réalité, où les personnages ont un réel crush sur Johnnie Ray et où ils agissent comme de réelles adolescentes entre deux cocktail parties so posh et so grown-up. C'est qu'on est dans le beau monde! Un monde où on a parfois d'étrange priorités, où le name dropping est constant, qui semble souvent futile, irréel. Mais le cheminement des personnages, lui, assez réaliste. Et l'amitié entre les deux filles (et Harry) est attendrissante.
   
   C'est donc un roman totalement doudou. J'ai bien ri des manigances d'Harry, le cousin de Charlotte, apprenti magicien de son état, pour conquérir le cœur de Marina (la fille, pas le cochon d'Inde), fiancée à quelqu'un d'autre, et qui utilisera Pénélope à cette fin. J'ai aimé le manque de manières de Charlotte (un peu caricaturale, soit, mais quand même) et la passion d'Inigo (baptisé pour Inigo Jones, pas pour Inigo Montoya... quoique... bon!) pour la musique. J'ai imaginé l'hystérie au concert de Johnnie Ray et les scènes à Magna sont géniales. Celle dans la grande galerie particulièrement. So cute! Quelle demeure! Et je dois avouer qu'aussi énervante Pénélope peut-elle sembler, elle m'a fait penser à moi à cet âge à plusieurs occasions... Oui, je sais, je n'étais (et ne suis toujours pas) très rapide pour voir certaines choses. :)
   
   Roman léger, doudou, avec une bonne dose d'humour, un peu de nostalgie et une finale qui m'a beaucoup plu. Un peu chick litt mais pas trop, pas dégoulinant. Beaucoup jet set mais ça passe super bien. Tout à fait le genre de lecture dont je ressors avec le sourire et le goût de me replonger dans cette atmosphère un peu vintage et surannée! Un roman sucré, quoi!
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critique par Karine




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La maison : un personnage !
Note :

   "A dix-huit ans, lorsqu'on attend impatiemment qu'il se passe quelque chose (et n'importe quoi peut faire l'affaire, du moment que cela implique la présence d'un garçon et de jolies toilettes), le fait d'habiter une telle demeure donne de vous une idée très précise, avant même que vous ayez ouvert la bouche".
   

   Dans les années 50, en Angleterre, Pénélope vit dans une majestueuse demeure historique, Magna, avec sa mère, Tabhita, jeune veuve de toute beauté, et son frère, Inigo, lycéen plus féru de musique que d'études. Son père a été tué pendant la guerre, laissant Tabhita inconsolable, avec cette maison inchauffable sur le dos. De surcroît, elle n'a pas un sou pour l'entretenir et faire les travaux indispensables.
   
   Le roman s'ouvre sur la rencontre cocasse de Pénélope et Charlotte, jeune fille de bonne famille tout aussi désargentée. Charlotte a le culot, l'assurance et l'originalité qui manquent à Pénélope, mais elles partagent une passion commune pour le chanteur américain Johnny Ray, idole incontournable de l'époque.
   
   Pénélope va faire la connaissance de la famille de Charlotte, la tante Clare, son fils Harry, magicien talentueux, et mine de rien, sa vie va se transformer grâce à l'irruption de ses nouveaux amis qui l'entraînent dans les fêtes et les méandres de la bonne société, avide de s'amuser après les années de guerre et de rationnement.
   
   De l'humour, des rebondissements, les jeux de l'amour et du hasard, une multitude de personnages bien croqués, c'est une lecture légère et distrayante, sans prétention. Bien sûr, on voit les évènements arriver sans grande surprise, l'auteur y met cependant assez de finesse et d'esprit pour que le lecteur y prenne plaisir.
   
   Et j'ai aimé l'omniprésence de Magna, l'imposante bâtisse délabrée si anglaise, qui charrie son lot d'histoires et d'imaginaire, à la fois objet d'amour et de fierté, et charge écrasante pour ceux qui y vivent dans le souvenir de ce qui n'est plus. C'est par la maison qu'arrivera le meilleur rebondissement du roman (vous n'en saurez pas plus).

critique par Aifelle




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