Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Melmoth ou l'Homme errant de Charles-Robert Maturin

Charles-Robert Maturin
  Melmoth ou l'Homme errant

Melmoth ou l'Homme errant - Charles-Robert Maturin

Pacte
Note :

    Melmoth est l'un des derniers romans «gothiques». J'en lis (ou relis) un tous les dix ans... en 1998 j'ai lu pour la première fois " Frankenstein" et cette année je me suis replongée dans Melmoth... Melmoth m'a follement impressionnée dans mon jeune temps....
   
   En 1816, le 19 octobre, John Melmoth part chercher un héritage chez un vieil oncle dans le comté de Wicklow. La mort attendue du vieil avare arrivée, le jeune homme s'aperçoit qu'il a aussi hérité d'un ancêtre «l'Etranger», qui est toujours vivant depuis le 17eme siècle qui l'a vu naître. Il a manifestement noué un pacte avec le Diable. Deux jours après son arrivée, il s'approche d'un navire en perdition sur la côte de Wicklow.
   Un espagnol, Alonso de Monçada est le seul survivant.
   Il raconte au jeune Melmoth sa rencontre avec son diabolique ancêtre dans les prisons de l'inquisition, et comment il a refusé d'échanger sa destinée pourtant horrible avec lui.
   
   D'une famille noble mais destiné au couvent, Alonso s'en était évadé, raison pour laquelle il se trouva incarcéré au moment de l'Inquisition. Recueilli par un Juif dans une de leurs maisons madrilènes labyrinthiques, il doit déchiffrer un manuscrit et le copier. Cet ouvrage relate la rencontre de Melmoth dans le nord des Indes (une île connue pour être enchantée) avec une jeune fille Immalia réchappée d'un naufrage et qui vit une existence robinsonnienne. L'amour naît entre elle et Melmoth. Mais il ne la désire qu'à moitié. Obligé d'obéir à son Maître le Diable il instruit la jeune fille tout en la séduisant... Trois ans plus tard en Espagne, retrouvée par sa famille Immalia est devenue Isadora et vit à Séville. Elle est promise à un jeune homme mais s'entretient en secret avec Melmoth la nuit.
   En attendant les funestes noces, d'autres narrations se succèdent dans le manuscrit: l'une de Melmoth en personne conte de quelle manière il a entrepris de prévenir le père d'Isadora en lui faisant peur mais sans succès.
   Un autre narrateur avait déjà été envoyé auprès du père d'Isadora l'informer que Melmoth avait tenté Guzman, un chef de famille allemande déshéritée à Séville, de vendre son âme pour sauver sa famille. Trop bavard le narrateur meurt la nuit même.
   Au retour du père, Isadora, enceinte de Melmoth, doit révéler la vérité. Melmoth tue Fernand le frère de la mariée, qui l'avait défié. Elle est livrée à l'Inquisition tue son bébé qu'on voulait lui prendre, et refuse elle aussi d'échanger sa destinée contre celle de Melmoth...
   
   A la fin de la narration d'Alonso, Melmoth junior a des réminiscences: Lui aussi a été informé de son ancêtre, en lisant le manuscrit de Stanton, écrivain-voyageur, qui révélait que John Melmoth «le Wanderer» vit toujours depuis 1646; Il l'a rencontré en 1876, qui semait la panique dans un monastère du royaume de Valence, au cours d'une cérémonie de mariage, causant la mort de plusieurs personnes dont la mariée.
   Melmoth s'en prend à Stanton lui-même, le fait enfermer dans un asile. Quand il le sait presque fou, il lui propose le pacte sacrilège que Stanton refuse. Sorti d'affaire, il poursuit le Tentateur mais en vain.
   
   Alonso et Melmoth junior voient alors apparaître l'ancêtre qui a fait l'objet de leurs discussions. Melmoth leur annonce que son temps est achevé: ces 150 ans pendant lesquels on l'avait condamné à errer mi-homme, mi-démon, pour avoir été « trop curieux». Il prétend n'avoir pas fait autant de mal qu'on l'a dit: il ne voulait qu'échanger sa destinée maudite contre une d'agonisant ordinaire et s'en fut proposer la transaction à des êtres qu'il vit ou fit mettre lui-même en mauvaise posture. Tous refusèrent. Il a dû subir son sort jusqu'au bout. Il vieillit soudain très vite et prévient ses compagnons de ne pas chercher à savoir, de peur de se retrouver comme lui.
   Des forces inconnues le précipitent des falaises de Wicklow le font couler à pic. John Melmoth junior récupère sa cravate, seul souvenir qui lui restera.
   
   Melmoth en 2008:
   
   Sa cravate, car Melmoth était un personnage élégant; et fort intelligent. Toutes ces qualités lui viennent du Diable y compris ses brillants discours et ses vertus pédagogiques. L'intelligence, la beauté, l'art oratoire sont le fait du Malin. Il ne reste à Dieu que la bêtise la laideur qu'il a voulues pour ses créatures coupables d'être devenues intelligentes en mangeant le fruit.
   Les nombreuses narrations qui s'enchaînent les unes aux autres ou s'emboîtent sont habituelles au roman gothique. On emploie un vocabulaire mélodramatique. C'est un roman fleuve interminable, bourré de péripéties. Cependant, comme Frankenstein, Melmoth est un exemple convaincant de héros romantique à la fois homme et créature monstrueuse puisque diabolique.
   D'ailleurs le seul personnage qui s'intéressait à Melmoth et sort victorieux de l'épreuve, c'est Stanton le voyageur cultivé, qui a laissé un manuscrit dans la maison de l'oncle mourant de Melmoth junior.
   
   Un récit convenable mais la forme est datée. L'histoire est trop longue elle me saoule.
   Nous sommes là dans une époque qui sacralise le Diable. On retrouvera le même penchant dans le Faust de Goethe, dans le roman de Mann sur le musicien dont le pacte avec Satan révéla le génie (Adrian Leverkühn, j'ai oublié le titre du roman...) une oeuvre de 1947 tout de même.... pour ne citer que les deux qui me viennent à l'esprit... le pacte avec le Diable est un sujet qui m'intéresse encore beaucoup. Reste à en trouver les équivalents actuels très nombreux. Faire un pacte avec le Diable dans un récit actuel ne pourrait se dire que sous une forme comique.

critique par Jehanne




* * *