Lecture / Ecriture
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Belle mère de Claude Pujade-Renaud

Claude Pujade-Renaud
  Le Désert de la grâce
  Chers disparus
  Belle mère
  Les femmes du braconnier
  Dans l’ombre de la lumière

Claude Pujade-Renaud est une écrivaine française née en 1932.

Belle mère - Claude Pujade-Renaud

La tendresse d'une belle mère
Note :

   Eudoxie, veuve de quarante-sept ans, épouse en secondes noces, Armand, sexagénaire, veuf, doté d'un fils unique, Lucien, un peu étrange. Nous sommes à Meudon, banlieue encore champêtre de Paris, en mars 1935 et une nouvelle vie commence pour Eudoxie.
   Lucien et Armand ne se parlent que rarement, Eudoxie tente d'apprivoiser le second et de prendre ses marques dans un univers où se ressent toujours la présence de la disparue. Le chat Nonotte promène son corps souple et délié au milieu de ce petit monde où les non-dits sont nombreux.
   La guerre arrive, l'exode jette sur la route Armand et Eudoxie qui tentent de rejoindre la famille à la campagne pour fuir les troubles de l'invasion du pays... Armand est victime des avions allemands, Eudoxie est sauvée grâce à une paire de chaussures oubliées lors de la dernière halte.
   Pour la deuxième fois veuve, Eudoxie apprend à vivre avec Lucien... deux êtres qui se voient contraints par les circonstances de vivre ensemble, sans s'être choisis. Peu à peu, au fil des années, des liens se tissent entre eux deux, Eudoxie apprend à aimer ce jeune homme étrange devenu un homme toujours aussi imprévisible, Lucien à accepter une présence féminine autre que celle de sa mère.
   
   Dans une atmosphère feutrée, aux contours floutés par le souvenir et le temps qui passe, inexorable, Claude Pujade-Renaud, offre une histoire d'amour, presque incestueuse, entre deux êtres que tout sépare. La tendresse de l'écriture de l'auteure caresse ses personnages que le lecteur accompagne, au rythme lent de la vie, dans leur voyage au long cours allant jusqu'au bout de leur chemin. Une route sinueuse, faite de tours et de détours, d'attirance et de répulsion, de jalousie et de douce aigreur, de séduction larvée au coeur d'une tarte maison ou d'un pique-nique estival. Une histoire d'amour pas comme les autres, simple en apparence, où se croisent la simplicité et l'authenticité des "petites gens", autour d'un jardin et de locataires qui scandent le quotidien.
   
   J'ai aimé les deux voix narratrices, celles d'Eudoxie et celle de Lucien, deux notes discordantes telles la lumière et l'ombre d'une histoire où le drame pourrait survenir à tout instant. Deux voix, deux univers qui s'éloignent pour mieux se retrouver, deux mondes qui n'aiment pas tellement les incursions extérieures, hormis celles des chats, les nombreux Nonotte qui peuplent la vie de ces amants qui ne le sont pas.
   
   "Belle mère" est aussi un roman sur la vieillesse et ses aspirations, cet âge de la vie qui efface les aspérités des caractères, en adoucit les contours pour devenir plus tolérante envers la différence de l'autre.
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critique par Chatperlipopette




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Les surprises que nous réserve la vie
Note :

   Quel étrange et beau roman que celui-ci! Ce court roman (à peine 175 pages) nous raconte une histoire qui s'étale sur quelque chose comme 40 ans. Nous rencontrons Eudoxie alors qu'elle vient d'épouser Armand, à 47 ans. Il est un peu plus âgé, est veuf comme elle et elle vient s'installer chez lui, dans la maison où il a vécu avec Blaisine, sa première femme, située dans une banlieue parisienne qui fait encore très "campagne". Mais ce n'est pas vraiment la relation entre ces deux personnages qui fait l'objet du roman. C'est plutôt celle entre Eudoxie et Lucien, le fils adulte d'Armand. En effet, la guerre fait des ravages et Eudoxie se retrouve seule avec Lucien, sombre, taciturne, à la limite entre l'autisme et la folie.
   
   L'apprivoisement ne sera pas facile. En effet, Lucien est hanté par ses fantômes et il n'acceptera pas cette "autre" si facilement. Mais au fil des années, ils tisseront une relation étrange, parfois un peu dérangeante, qu'Eudoxie ne parviendra jamais à définir réellement. Du respect, certes, mais surtout une interdépendance et des compromis pour arriver à cohabiter. Une réflexion sur le temps qui passe sans qu'on s'en rende compte, sur la vieillesse et sur les surprises que nous réserve la vie.
   
   Avec des scènes choisies et révélatrices, l'auteur nous permet d'entrevoir cette relation entre deux êtres qui ne se sont pas choisis, qui ont été bombardés l'un avec l'autre par la force des choses. La plume, que j'ai trouvée à la fois simple, belle et fluide, sert parfaitement le propos, on ne voit pas, nous non plus, les années s'écouler. C'est tout plein de tendresse, plein de petits gestes du quotidien qui comptent.
   
   Un très bon moment de lecture, donc.
   
   
   Extrait:
   
   "Ce mois de mars 1935 sentait encore l'aigreur de l'hiver, pas une feuille aux arbres. Le pavillon à deux étages en pierre meulière semblait bien bâti, Armand Bouvier aussi. Il a expliqué: lui s'est installé au rez-de-chaussée, au-dessus, c'est loué. Un jardin boueux, une partie potager juste devant la cuisine, une autre d'agrément, ornementée d'une tonnelle. Entre les deux, un grand appentis en bois. Armand Bouvier a désigné un pommier noirâtre et quelques crocus frileux, en été, c'est agréable. Eudoxie a bien voulu le croire. Pas d'enfant en vue. Juste un chat, lisse et gris, se coulant hors d'une fenêtre basse située à côté de la porte de la cuisine.
   - Le chat de mon fils.
   Il n'en a pas dit plus, elle n'a pas posé de questions. Dans la salle à manger, autour d'un café tiède, ils ont préféré présenter leurs défunts conjoints."

critique par Karine




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