Lecture / Ecriture
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Le proscrit de Sadie Jones

Sadie Jones
  Le proscrit

Le proscrit - Sadie Jones

A part
Note :

    Waterford, Surrey, fin des années 40. Lewis Aldridge a 10 ans quand sa mère se noie sous ses yeux. Son père, qui ne comprend pas la douleur de l'enfant, ne supporte plus de le voir, et se mure dans le silence. Il se remarie moins de cinq mois plus tard avec une femme beaucoup plus jeune, Alice, maladroite et immature, qui ne sait absolument pas comment tendre la main à cet enfant que personne n'aime (le village va jusqu'à faire semblant de croire qu'il a assassiné sa mère). Lewis grandit, de plus en plus perturbé; de brimades injustes en incompréhensions, d'automutilation en dépression, il finit par mettre le feu à l'église du village. Il écope de deux ans de prison ferme, puis revient, à 19 ans, décidé à ce que le pire soit derrière lui...
   
   "Le proscrit" est un très beau roman, extrêmement fort et terriblement touchant, chers happy few, qui raconte la longue descente aux enfers d'un jeune garçon privé tout d'un coup de la lumineuse présence de sa mère et de son amour inconditionnel. Lewis a 7 ans quand son père rentre de la guerre, autant dire qu'ils sont étrangers l'un à l'autre, et ce sentiment ne disparaîtra jamais. Dans une Angleterre bourgeoise et provinciale, où les rumeurs vont bon train et où chacun espionne et critique son voisin tout en cachant soigneusement des squelettes dans ses placards, Lewis ne peut que déranger l'ordre qui semble établi. On trouvait déjà que sa mère était trop libre (elle buvait beaucoup et en public, s'habillait comme ça lui chantait, avait la langue bien pendue et l'esprit vif et semblait s'accommoder de l'absence de son mari); on va vite coller sur ce petit garçon désemparé et qui culpabilise de ne pas avoir su sauver sa mère quelques étiquettes aimables dont il ne pourra plus se défaire: "dérangé" diront certains, "violent" répliqueront d'autres, "meurtrier" chuchoteront les bien-pensants.
   
   L'implacable évolution psychologique de Lewis, qui court après la reconnaissance de son père, dans ces années où aller voir un psychiatre signifiait demander un internement, est parfaitement rendue, créant une tension terrible dans le roman, tant le lecteur est persuadé de s'acheminer vers une inéluctable tragédie. Les personnages secondaires sont fort bien campés, prenant de l'ampleur au fur et à mesure que l'histoire se déploie, et forment une clique d'hypocrites et de médisants assez stupéfiante, ajoutant une forte dimension sociale à ce roman très dense.
   
    Un roman à part. Un coup de coeur.
   
   
   PS : Ce roman est en cours d'adaptation cinématographique par John Madden, le réalisateur de "Shakespeare in love".
    ↓

critique par Fashion Victim




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Chacun jouait son rôle
Note :

   "Chacun jouait son rôle dans une comédie à laquelle il ne voulait même pas participer."
   
   La vie de Lewis bascule à l'âge de dix ans, quand il assiste, impuissant, à la noyade de sa mère, jeune femme fantasque et aimante. Vite remarié, ni son père ni sa jeune belle-mère ne parviendront à briser la carapace d'indifférence dans laquelle s'enferme le garçon. Cette attitude lui vaudra de se couper de la communauté bien-pensante dans laquelle sa famille évolue. Tant de violence rentrée ne peut, bien sûr qu'exploser, ce qui lui vaudra deux ans de prison. En 1957, il a dix-neuf ans et sa révolte à sa sortie de prison, va faire exploser tous les faux-semblants et balayer comme un raz-de-marée toute l'hypocrisie de ce petit village du Surrey.
   
   Délinquance, automutilation, violences conjugales, autant de mots qui me rebutaient d'emblée et pourtant, à peine avais-je commencé «Le Proscrit» que j'étais happée par les personnages, emportée par la houle des sentiments de Lewis, qui affecte une impassibilité toute britannique face aux affronts qu'il doit subir.
   
   Sadie Jones fouille les replis des âmes et nous les montre dans toute leur crudité et leur vérité. Ainsi la tante de Lewis qui ne propose pas d'élever cet enfant avec les siens parce qu’elle sait confusément qu'elle ne pourra le supporter. On déteste avec force le hobereau, sorte de Dr Jekill et Mr Hyde, qui humilie Lewis et son père, on frémit en se disant que toute cette souffrance aurait pu si facilement ne pas exister, un peu moins de flegme, un peu plus de communication et on referme ce livre le souffle court.
   
   Un grand et beau roman.

critique par Cathulu




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