Lecture / Ecriture
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Le nom du vent, Chronique du tueur de roi , Première journée de Patrick Rothfuss

Patrick Rothfuss
  Le nom du vent, Chronique du tueur de roi , Première journée
  La peur du sage, Chronique du tueur de roi , Deuxième journée

Patrick James Rothfuss est un auteur américain de fantasy, né en 1973 dans le Wisconsin.

Le nom du vent, Chronique du tueur de roi , Première journée - Patrick Rothfuss

N'en jetez plus, la cour est pleine!
Note :

   "J'ai libéré des princesses. J'ai incendié la ville de Trebon. J'ai été exclu de l'Université à un âge où l'on est encore trop jeune pour y entrer. J'ai suivi des pistes au clair de lune que personne n'a osé évoquer. J'ai conversé avec des dieux, aimé des femmes et écrit des chansons qui tirent les larmes aux ménestrels.
   Mon nom est Kvothe. Vous avez dû entendre parler de moi."

   
   J'avais pris un air sceptique à la lecture de la prose de Stéphane Marsan. J'avais lorgné d'un oeil dubitatif sur la quatrième de couverture. Mais puisqu'il le fallait, j'avais tourné avec le courage de l'abnégation la première page. Au bout de deux lignes, je savais que j'étais fichue. A la moitié j'ai fini par comprendre que ce n'était que le tome 1 et j'ai hurlé. A l'avant-dernière page, j'ai tenté de freiner des deux pieds et de toutes mes mains disponibles, mais c'était trop tard. C'est un coup de coeur et un gros. 726 pages. Rien que ça et achevé en deux jours. J'ai lu en marchant, en mangeant, au petit-déjeuner, au dîner, dans un parc sous quelques gouttes de pluie, j'ai baladé le pavé dans mon sac et j'ai dormi la tête dessus, on ne sait jamais ce qu'il peut se passer, les aliens auraient pu décider d'aggraver ma semaine de merde.
   
    Mais passons donc au contenu: Kvothe est un Edema Ruh, enfant d'une troupe de comédiens ambulants protégée par les puissants. Avide de connaissances, acteur et musicien talentueux, il semble promis à une vie aventureuse et bien remplie au sein de sa famille. Jusqu'au massacre qui le laisse orphelin et seul avec son rêve d'intégrer un jour l'Université et de devenir un arcaniste, un de ceux qui maîtrisent la magie.
   
   Patrick Rothfuss mène la barque de son histoire de main de maître. Après un prologue percutant, il commence en douceur, plantant le décor du quotidien d'une auberge de village et d'un tenancier qui petit à petit révèle ses secrets. Jusqu'à ce que l'arrivée du Chroniqueur bouleverse tout et le mène à raconter l'histoire d'une vie qui est devenue une légende. Entrecoupé par des scènes du présent qui ouvrent des questionnements, annoncent des rebondissements, le récit de Kvothe se révèle passionnant et haletant. Tout y est: les batailles, l'aventure, la survie envers et contre tout, l'apprentissage de la magie, les obstacles divers et variés. Un roman d'apprentissage en bonne et due forme avec un personnage principal à la fois crispant et attachant, et des personnages secondaires qui pour n'être pas toujours très approfondis peuplent avec bonheur et vraisemblance les villes et les campagnes. Kvothe va quitter l'enfance, apprendre à faire face au mépris, à la rancoeur, à l'impatience qui peut le mener à sa perte, à l'amour qui se révèle être une discipline fort complexe.
   
   La magie est présente de manière fine. Pas vraiment de tours spectaculaires, mais des disciplines presque scientifiques qui sont la trame d'une réflexion sur la manière dont la magie peut être appréhendée. Science mystérieuse et dangereuse, manifestation du démon, tout y est. J'ai particulièrement apprécié la manière dont l'évolution de la magie est rapprochée de celle de la science: conservatisme, découvertes, etc. Par exemple, après les chasses aux arcanistes (ça devrait rappeler quelques petits épisodes historiques), la magie finit par être plus ou moins acceptée selon les régions et les pays. Les maîtres de l'Université luttent contre toute manifestation de magie qui pourrait ramener au temps de l'intolérance, faisant ainsi preuve d'un conservatisme qui, s'il protège, porte aussi des ferments de mort. Superstition, rejet, intolérance religieuse sont ainsi mis en lumière par petites touches, en filigrane de l'histoire de Kvothe.
   
   A travers cette histoire, il est aussi question de la manière dont des vies et des faits deviennent des mythes et des légendes, et dont les mythes et les légendes recouvrent la vérité. La légende après laquelle court Kvothe, intimement persuadé de sa vérité, celle des Chandrians. Le mythe que lui-même devient au cours de sa quête. En regard du récit de Kvothe, des bribes des histoires qui courent sur son compte sont données, illustrant les ressorts du chemin qui mène de la réalité à l'imaginaire.
   
   Je ne vais pas en jeter plus, ce roman est une merveille et finalement, le dire se suffit presque!
   ↓

critique par Chiffonnette




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Très réussi !
Note :

   Titre original : The name of the wind
   
   
   Présentation de l'éditeur:
   
   "Un homme prêt à mourir raconte sa propre vie, celle du plus grand magicien de tous les temps.
   Son enfance dans une troupe de comédiens ambulants, ses années de misère dans une ville rongée par le crime, avant son entrée, à force de courage et d'audace, dans une prestigieuse école de magie où l'attendent de terribles dangers et de fabuleux secrets... Découvrez l'extraordinaire destin de Kvothe : magicien de génie, voleur accompli, musicien d'exception... infâme assassin. Découvrez la vérité qui a créé la légende."

   
    Commentaire
   
   J'ai beaucoup, beaucoup aimé. Vraiment beaucoup aimé, même. Je dois dire que dès le prologue, que j'ai trouvé génial, j'ai été tout de suite prise dans ce monde, dans cette atmosphère lourde et mystérieuse. Toute cette histoire ou presque se déroule dans une auberge où un homme, qui a été une légende, racontera sa vie à un Chroniqueur. Trois jours, trois romans. Nous avons là le premier jour, l'enfance, la genèse du héros. En 722 pages. Et pour ma part, je ne me suis pas ennuyée une seule minute. J'aime ces histoires de héros, ces passés extraordinaires qu'on regarde de loin. Du coup, je suis sortie enchantée de cette lecture.
   
   Je crois que ce qui y a été pour beaucoup, c'est l'ambiance. Je crois que je vous ai déjà parlé de comment je me sentais quand j'ouvrais un roman de Dickens, n'est-ce pas? (je ne serai pas si longue, cette fois, promis) Dans ce cas, même si on est dans un univers différent, même si ce n'est pas du tout Dickens, j'ai un peu ressenti la même chose. Dès que j'ouvrais le roman, c'était comme si les petits personnages s'agitaient dans un tourbillon et devenaient vivants dans une ville qui existait réellement pour moi. J'avoue d'ailleurs que les parties "ville" sont celles que j'ai préférées. Ah, ces archives d'Université! J'ai adoré la façon de décrire ce monde, la façon de rendre cette magie un peu particulière réelle. En effet, la sympathie (la magie, quoi), est réellement ancrée dans l'univers, présente sans être - encore - grandiose. Elle est juste là, au coin de notre œil, attendant d'apparaître complètement.
   
   Kvothe nous raconte donc sa vie. Sa jeunesse surtout et les événements qui l'ont peu à peu fait devenir la légende qu'il est maintenant. Le rythme est lent (vraiment hein... mais j'aime beaucoup ce rythme lent, justement), il y a énormément de détails, on bâtit lentement une mythologie par des histoires, des raconteurs, des chansons, des poèmes. Comme les personnages vivent dans cet univers, rien n'est étalé, nous découvrons le tout à mesure que les éléments surgissent devant nous. Pour moi, ça a parfaitement fonctionné et j'ai beaucoup aimé la narration, l'écriture et cette façon de nous faire entrevoir la jeunesse de Kvothe. Le personnage est devenu réel. Parce que bon, à la fin de la première journée, il n'est pas vraiment un héros hein. Un jeune garçon/jeune homme très intelligent, doué dans un peu tout, soit, mais qui a un talent particulier pour mettre les pieds dans les plats et se placer dans des situations impossibles. Et c'est ce côté trop fier, trop impulsif, qui me l'a rendu plus humain et qui a fait que je m'y suis attachée. Oui c'est un génie mais ses décisions sont celles d'un jeune homme fougueux, orgueilleux.
   
   Et surtout, surtout, j'ai ressenti presque physiquement les transitions entre l'histoire qui nous est racontée et les scènes de l'auberge, qui étaient aussi tangibles pour moi. Sombres, soit, comme si on avait brutalement éteint le film pour revenir au présent. Parce qu'on sent bien que la réelle histoire est dans le présent, bien que nous ne fassions que l'entrevoir dans ce tome.
   
   Bref, un roman qui s'est lu tout seul et qui m'a transportée ailleurs. Le tome 2 est d'ailleurs déjà commandé parce que je veux vraiment savoir comment Kvothe, ce personnage qui a fasciné les foules, a pu se retrouver là, derrière ce comptoir. Nous raconte-t-il la vérité?
   
   Bref, une belle surprise, dans un univers riche et complexe qui est ici mis en place.

critique par Karine




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