Lecture / Ecriture
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Robe de marié de Pierre Lemaitre

Pierre Lemaitre
  Robe de marié
  Cadres noirs
  Alex
  Au revoir là-haut
  Travail soigné
  Trois jours et une vie

Pierre Lemaitre est un écrivain français né en 1951 à Paris.

Robe de marié - Pierre Lemaitre

Les malheurs de Sophie
Note :

   Billet qui aurait pu s'intituler aussi: "Pourquoi je ne suis pas une bonne lectrice de Thriller"
   
   Avertissement: ce billet comporte des scènes qui risquent de choquer la sensibilité de certains lecteurs. Ne venez pas vous plaindre.
   
   D'abord la couverture, un très très gros plan sur un oeil féminin exorbité par la peur. Sur la pupille une silhouette masculine. En très gros également le nom de l'auteur, Pierre LEMAITRE et passant quasiment inaperçu le titre , pourtant original: "robe de marié". Il m'a d'ailleurs fallu un petit moment, agacée que j'étais par les excès de la photo pour remarquer l'absence de "e" à la fin de "marié"...
   
   La quatrième de couv' ensuite. Le narrateur est visiblement un voyeur- manipulateur de première qui jouit de la souffrance de ses victimes, un couple apparemment.
   Comme souvent dans le thriller, la première scène est destinée à jouer le rôle d"hameçon", voire quasiment de harpon: le lecteur doit être intrigué et embarqué dans l'histoire. Nous n'y coupons pas. Originalité, cette séquence initiale n'attendra pas deux cents pages pour être expliquée, nous remontons immédiatement le temps pour expliciter cette scène de pietà et là je dis "stop" . Stop car le personnage féminin, prénommé Sophie, réminiscence involontaire de mes lectures enfantines? , a le don de m'énerver au plus haut point. Je n'éprouve aucune compassion pour la situation dans laquelle elle se trouve et, juste par curiosité, je vais directement à la fin du texte pour lire le dénouement. Pratique choquante, je sais.
   
   Finalement, je reprends ma lecture à la deuxième partie, celle consacrée à Frantz le manipulateur et enchaîne avec la dernière ,"Frantz et Sophie", qui verra une lutte à mort entre les deux personnages.
   
   D'accord, je n'ai pas joué le jeu, mais l'auteur non plus: à plusieurs reprises, il se contente de nous fournir des indications évasives pour se justifier de situations problématiques, alors que les curieuses dans mon genre sont friandes ce genre de précisions*. En outre le personnage féminin m'est apparu comme une sorte de bécassine, (faut pas être futée pour laisser son sac à main sur le siège passager d'un véhicule dont les vitres sont ouvertes!), et je suis restée totalement à l'extérieur d'une narration qui aurait pu être efficace si elle avait été plus crédible. Dommage. A la décharge de ce roman: j'ai laissé tomber dès le début, ou presque, quatre autres romans noirs....
   
   Un coup de sang de temps en temps, ça fait du bien ! :)
   
   *ça peut toujours servir, héhéh !:)
   ↓

critique par Cathulu




* * *



Ça passe si on ne réfléchit pas
Note :

   Prix du polar 2009 de Montigny-les-Cormeilles
   L'an dernier, Pascal Garnier, pour "La Théorie du panda", a obtenu le prix.
    Cette année je ne faisais pas partie du jury et ne suis donc pour rien dans ce choix.
   
   Le titre m'a fait penser immédiatement à cette terrible scène du film "Falbalas" dans laquelle un homme se défenestre vêtu d'une robe de mariée.  
   Ce souvenir est d'ailleurs erroné: le malheureux héros de "Falbalas" se jette par la fenêtre en costume masculin, mais enlaçant un mannequin femme en robe de noce...
    
   L'histoire nous fait partager les peines et péripéties de la pauvre Sophie Duguet qui se réveille ce matin dans le brouillard le plus complet et la frayeur la plus stressante. Elle a rêvé que le petit garçon dont elle est la gouvernante, était assassiné. Et ce malheur a réellement eu lieu. Aucune morte ni fenêtre n'a été fracturée et Sophie était seule dans la maison...
   Pourtant, elle aimait cet enfant...
   
   Ce n'est pas nouveau! Quelques temps auparavant son existence si normale a basculé dans le cauchemar: sujette à des absences et des pertes de mémoire qui s'aggravent avec le temps, elle se sent responsable d'un certain nombre de deuils qui ont dernièrement assombri son vécu. Son mari, sa belle-mère, un bébé qu'elle a perdu... si bien qu'elle a dû quitter son emploi de cadre supérieur bien rémunéré, pour devenir baby sitter.
   Mais la malchance lui colle à la peau, à moins que l'on doive accuser ses nouvelles pulsions destructrices ...
    
   Elle s'enfuit, change d'identité, mène une vie de nomade, squatte des appartements, change de job toutes les semaines, (un itinéraire semé de cadavres...) poursuivie par une police aussi motivée qu'un gendarme cherchant le voleur de mobylette d'un citoyen inconnu du grand public...
    
   Sophie, la femme qui souffre d'absences, et se trouve tout le temps dans les vapes, torturée par d'épouvantables cauchemars, se débrouille vraiment bien, dans ses stratégies de dissimulation, ma parole elle a une double personnalité... ou peut-être se souvient-elle de qui elle était avant?
   mais voilà que Frantz entre en scène: On va peut-être comprendre?
    
   Oui et non!
   Ce que nous apprend le nouveau personnage, pour être astucieux, n'est guère plus vraisemblable que ce qui précède...
    
   Par ailleurs, suspense et rebondissements en cascades, sont au rendez-vous jusqu'à la dernière page!
   
   Il est possible de prendre un grand plaisir à cette lecture. En dévorant le roman, le plus vite possible, sans se poser de questions, prenant les choses comme elles viennent.
    ↓

critique par Jehanne




* * *



Manipulations
Note :

   Les romans de Pierre Lemaitre sont singuliers. C’est ce que je dirais après avoir lu successivement "Alex" puis "Robe de marié". Ils sont marqués du sceau d’une profonde originalité, d’une violence certaine, un peu à l’aune des autres récents auteurs de polars français tels Chattam ou Thilliez par exemple. Mais il y a quelque chose d’encore différent chez Pierre Lemaitre me semble-t-il …
   
   "Robe de marié" est un peu inégal toutefois. La fin est réellement abrupte et tranche par rapport à la sophistication de tout le corps du roman. On tourne la dernière page en cherchant la suite … un peu de frustration.
   
   Il s’agit d’une entreprise de manipulation, exercée par Frantz sur Sophie. Des manipulations qui visent à la rendre progressivement folle, et ceci dans le cadre d’une vengeance. Tout ceci on ne le comprend que progressivement. La première partie est écrite comme de par la main de Sophie, la jeune femme qui subit la manipulation, et l’on ne sait pas à ce moment ce qu’elle subit. Le lecteur est donc manipulé avec Sophie. Et Sophie ne se présente pas d’emblée comme un héros sympathique, de ce fait. Puis, dans les parties qui suivent, Pierre Lemaitre nous met successivement dans la peau de Frantz, le manipulateur, puis de Frantz et Sophie, ensemble.
   
   C’est astucieusement traité et, je l’ai déjà dit, Pierre Lemaitre ne rechigne pas devant la violence, ou du moins des situations de violence. On est donc plutôt scotché derrière "Robe de marié". Comme bien souvent dans les polars, on ne voit pas d’issues possibles. Mais le fait est avéré, les polars ne sont pas la vraie vie …
   
   "Sophie s’aperçoit qu’elle ne s’est pas souciée du temps qu’il fait depuis très longtemps. Et il fait beau. Elle passe la porte vitrée de l’immeuble et s’arrête un instant sur le perron. Il ne lui reste que cinq marches à descendre pour entrer dans sa nouvelle vie. Ce sera la dernière. Elle pose son sac entre ses pieds, allume une cigarette mais renonce aussitôt et l’écrase. Devant elle, une trentaine de mètres de bitume et un peu plus loin, le parking. Elle regarde le ciel, prend son sac, descend les marches et s’éloigne du bâtiment. Son cœur bat vite. Elle respire difficilement, comme après un accident évité de justesse.
   Elle a fait une dizaine de mètres lorsque soudain, elle entend son nom, loin au-dessus d’elle.
   Sophie !
   Elle se retourne et lève les yeux.
   A la fenêtre du cinquième, Frantz est là, dans sa robe de mariée, debout sur le balcon, au-dessus d’elle."

   
   Robe de mariée. Robe de marié plutôt. C’est le titre.

critique par Tistou




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