Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Simetierre de Stephen King

Stephen King
  Marche ou crève
  Anatomie de l’Horreur
  La Tour Sombre 1: Le Pistolero
  La Tour Sombre 2: Les trois cartes
  La Tour Sombre 3 :. Terres perdues
  La Tour Sombre 4: Magie et Cristal
  La Tour Sombre 5: Les loups de la Calla
  La Tour Sombre 6: Le chant de Susannah
  La Tour Sombre 7: La Tour Sombre
  Ecriture - Mémoires d'un métier
  Histoire de Lisey
  Cellulaire
  Shining
  Simetierre
  Juste avant le crépuscule
  Charlie
  Running man
  Salem
  Dolores Claiborne
  Docteur Sleep
  Le Singe - Le Chenal
  Colorado Kid
  Mr Mercedes
  Carnets noirs
  L’année du loup-garou
  Gwendy et la Boîte à Boutons

Stephen Edwin King est un écrivain américain de thrillers, romans d'horreur et fantastiques, né en 1947 dans le Maine. Il a aussi publié sous les noms de John Swithen (une fois) et plus souvent de Richard Bachman.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Simetierre - Stephen King

Ensorcellement
Note :

   Stephen King est le Maître de l’épouvante et du suspens par excellence. Avec "Simetierre" Stephen King s’approche de la perfection dans sa discipline de prédilection : faire peur au lecteur de façon puissante. Stephen King implique le lecteur dans la psychologie des personnages pour mieux lui glacer les sangs. Au cours des 600 pages le lecteur plonge petit à petit dans une atmosphère lugubre, humide.
   
   Plantons le décor:
   Un cimetière pittoresque d’animaux familiers dans un petit bourg du Maine plus loin des terres maudites Indiennes. Les Indiens Micmacs ont laissés là une sorte de temple inoccupé. La famille Creed, composée de Louis, le mari, Rachel, sa femme, Helen leur fille et leur bébé Cage, arrivant de Chicago s’installe non loin de ces terres. Un voisinage bienveillant, a priori rien d’anormal. C’est sans compter sur des phénomènes, provoqués par ces terres maudites, à la fois repoussantes et irrésistiblement attirantes. Pire que la mort ces terres maudites engendrent des abominations. Les nuisibles naissent. L’existence de la famille Creed semble remise en question, au final la terreur.
   
   Le joyau "Simetierre" met en scène des personnages dont la folie ne connaît aucune limite. "Simetierre" demeure une épreuve, un envoûtement inoubliable.
    ↓

critique par Solera




* * *



Histoire d’un deuil impossible
Note :

   Louis Creed, un jeune médecin, et sa femme Rachel emménagent dans une maison d’une paisible bourgade, Ludlow dans le Maine. Ils sont accompagnés de leurs deux jeunes enfants, Ellie et Gage. Un troisième compagnon partage leur quotidien: Church, leur chat. Un beau jour, Church se fait écraser sur la route très passante en bas de chez eux. Jud, le voisin âgé, emmène Louis enterrer son animal dans une annexe du Simetierre des animaux que les enfants du coin ont aménagé pour y enterrer leurs animaux domestiques favoris. C’est alors que Church revient à la maison… Et le paisible chat a bien changé… Les ennuis ne font que commencer.
   
   J’ai déjà lu de Stephen King «Carrie» que j’avais beaucoup aimé et «Misery», un grand classique à découvrir. Je voulais de nouveau frissonner avec le maître incontesté de l’horreur et j’ai été comblée.
   
   On peut attribuer deux étiquettes principales à cet opus: il se veut fantastique, tout d’abord, jouant sur la corde du surnaturel avec ces créatures qui peuvent ressusciter d’entre les morts. Puis il bascule progressivement vers l’horreur avec une apogée en toute fin. J’ai beaucoup apprécié les moments calmes et heureux (ils existent mais sont rares), les moments d’avant la montée de l’horreur. On navigue alors dans la sphère du normal et du rationnel, mais Stephen King sait introduire habilement quelques pointes de fantastique. La première montée d’horreur intervient au tout début avec la mort brutale d’un étudiant. L’horreur réelle ne surgira ensuite vraiment que vers la fin de l’œuvre. Louis est médecin: c’est donc un être rationnel qui cherche des explications logiques à tous les événements qui se présentent autour de lui. Mais parfois, la raison ne peut suffire à tout expliquer et elle peut vaciller, surtout face à la douleur que représente la perte d’un être cher.
   
   «Simetierre» est l’histoire du deuil impossible. A partir d’une attendrissante invention enfantine, celle d’un cimetière où les enfants enterrent leurs animaux domestiques préférés, Stephen King invente une histoire d’horreur où les morts peuvent revenir de leur long sommeil pour hanter les vivants. Une histoire de morts-vivants en somme, le premier surgissant dans la vie des Creed étant Church, le sympathique et paisible chat auquel Ellie est très attachée.
   
   Quelques bémols cependant à la lecture de «Simetierre»: le roman est trop long (près de 500 pages dans la version d’Albin Michel). A mon goût, l’auteur a opéré trop de digressions. Si elles peuvent parfois plaire par leur côté anecdotique, elles rallongent cependant trop le propos. Ensuite, l’écriture est très américaine et n’est pas très recherchée. L’auteur veut surtout créer une atmosphère d’angoisse progressive et faire peur à son lecteur. C’est plutôt réussi, notamment à la fin: j’ai lu les 50 dernières pages avec délectation, me laissant complètement captiver par l’action et l’horreur.
   
   Un bon livre pour frissonner mais les amateurs d’écriture recherchée passeront leur chemin.
    ↓

critique par Seraphita




* * *



Spooky enough
Note :

   J’aurais pu regarder encore une fois "Ceux qui m’aiment prendront le train", le long plan survolant le plus grand cimetière de France, la grisaille du trou qui réveille la pulsion de vie chez les endeuillés, les chaussures qu’on essaye à la fin, le bel ange déchu (qu’est-ce qu’est devenu cet acteur?), Pascal Greggory découvert dans "La reine Margot".
   J’aurais pu me promener dans le cimetière au-dessus de chez moi, passer des coquettes bâtisses aux stèles renversées, fissurées par le temps, regagnées par la végétation (en me rappelant de la visite de l’an dernier au Père Lachaise, sur les traces d’affaires criminelles et politiques – je m’étais promis de lire "Tigre en papier" d’Olivier Rolin – et je ne l’ai toujours pas fait – j’aurais voulu en garder quelques notes – je suis une incurable graphomane dès que je me balade – mais il faisait si mauvais, si froid, il pleuvait, la nuit tombait, nous avions fini par trouver refuge au café d’en face); figurez-vous qu’il a fait le même temps, à ne pas mettre un chat dehors (du coup, ils ont réclamé des pelletées de croquettes, pour compenser cette frustration).
   J’aurais pu relire Chloé Delaume.
   Ayant enchaîné grâce à elle quelques lectures funéraires et ne repérant aucun film d’horreur dans la programmation télé d’Halloween, j’ai sorti un vieil exemplaire de "Simetierre", un Stephen King acheté au cours des lectures SF de cet été.
   
   Le début fut un peu laborieux: c’est l’histoire d’une petite famille middle-class américaine qui s’installe dans le Maine pas loin d’un cimetière où les enfants ont de tous temps enterré leurs animaux domestiques, louant, sur des stèles de fortune, leur gentillesse et leur valeur avec une orthographe approximative (d’où le «Simetierre» du titre). King excelle à dépeindre l’harmonie de cette cellule familiale; le problème est que je suis peu sensible aux angoisses des parents envoyant leur fille à la grande école pour la première fois et s’extasiant sur les gazouillis du garçon, tout en s’épaulant tendrement en cas de coups durs.
   
   Heureusement, les coups durs arrivent; les lieux leur délèguent dès leur arrivée un messager d’entre deux mondes en la personne de Jud, un vieillard qui connaît toutes les légendes du coin et les distille de plus en plus comme des mythes au fil du roman (le cimetière arraché aux Indiens, et puis les retours d’entre les morts…). Mais la première catastrophe est l’agonie entre les bras de Louis, le héros (qui est médecin), d’un étudiant violemment heurté par une voiture qui, semble-t-il, lui envoie des avertissements d’outre-tombe…
   
   Car tel est le sujet du livre (mis à part: faire peur): réfléchir sur la mort et la disparition, pas tellement la sienne, mais plutôt celle de ceux que nous aimons, dont nous n’imaginons pas pouvoir nous passer: le chat Church de la petite Ellie, la chère famille de Louis… Le roman oppose Louis, pour lequel la mort est un processus «naturel», à sa femme (traumatisée par l’agonie de sa sœur morte sous ses yeux quand elle était enfant) et à sa fille qui, après avoir visité le cimetière des animaux, ne supporte pas l’idée que son chat (Winston Churchill, rebaptisé mystiquement «Church») pourrait ne plus être. Pour éviter qu’il ne parte en vadrouille, Louis décide de le faire opérer, mais cette opération lui apparaît déjà comme une petite mort, l’animal ayant perdu toute sa vivacité (ce qui me paraît un peu exagéré; tout maître de chat mâle se demandera comment la famille de Louis a pu vivre plusieurs années en appartement avec un chat non opéré…). Or voilà qu’aux vacances de Thanksgiving (je vous passe les événements terribles d’Halloween), Church se fait malgré tout écraser… C’est alors que Jud entraîne Louis au-delà du premier simetierre, dans une inquiétante nécropole indienne…
   
   Je dois dire que la suite est glaçante. Comment réagirions-nous si nous pouvions ressusciter les morts? (on accepte très facilement cette possibilité) Les morts seraient-ils «nos morts», nos bien-aimés ou déjà d’autres êtres, séparés de nous par une frontière infranchissable? Auraient-ils d’ailleurs envie d’être ressuscités? Cet acte n’est-il pas surtout destiné à nous apaiser, à calmer notre peine, notre culpabilité? Jud développe l’idée que faire renaître un animal aimé, ça peut justement servir à apprendre à s’en séparer… inquiétants auspices…
   
   Si le développement de la réflexion et de l’intrigue m’a paru parfois un peu long, si le virage fantastique m’a moyennement intéressée, j’ai particulièrement aimé l’utilisation que King fait des contes et ici surtout du "magicien d’Oz" qui en vient à personnifier la mort (je connais très mal cette histoire, mais elle semble propice à de sombres détournements – ou est-elle déjà sinistre en elle-même? – je me rappelle avoir vu certains personnages évoquer Oz dans "Sailor et Lula"). De plus Jud joue donc au conteur-aède dépositaire d’une très vieille tradition, et il est vrai que quand il raconte la résurrection d’un jeune soldat, d’une façon familière et mythique à la fois, je me suis souvenue d’une version grinçante et populaire d’histoire de loup-garou dans un roman antique qui m’avait beaucoup marquée au lycée (genre: il pissa autour de ses vêtements qui se changèrent en pierre, et lui devint loup et se mit à hurler). L’angoisse est aussi d’autant plus vive qu’elle naît au sujet d’animaux non doués de parole; le comportement de Church, son regard opaque et inquiétant m’ont fait frémir (de quoi regarder ceux qui réclament leurs pelletées de croquettes d’une autre façon…).
   
   En résumé, une bonne lecture, rien de révolutionnaire, mais un récit intelligent et bien mené.

critique par Rose




* * *