Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Cris de Laurent Gaudé

Laurent Gaudé
  Le soleil des Scorta
  La mort du roi Tsongor
  Dans la nuit mozambique
  Eldorado
  La porte des enfers
  Cris
  Ouragan
  Caillasses
  Pour seul cortège
  Les oliviers du Négus
  Danser les ombres
  Écoutez nos défaites

Laurent Gaudé est né en 1972.

Après des études de Lettres, il décide de se consacrer entièrement à l'écriture et se fait d'abord connaître comme dramaturge.

Il publie son premier roman "Cris" en 2001, qui sera suivi notamment par "La mort du roi Tsongor" (Prix Goncourt des lycéens 2002) et "Le soleil des Scorta" (Prix Goncourt 2004).


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Cris - Laurent Gaudé

Les bons prémisses d'une œuvre
Note :

   "Cris" est le premier roman de Laurent Gaudé, auteur aujourd’hui reconnu grâce en particulier à "La mort du roi Tsongor" et "Le soleil des Scorta". Dans ce roman, Laurent Gaudé aborde un sujet important et souvent difficile à maîtriser: la Première guerre mondiale. Mais en y apportant la touche reconnaissable dans ses productions ultérieures, il donne un éclairage très personnel du conflit.
   
   Pendant la guerre des tranchées, on suit la vie de soldats français. Il y a Jules, qui après un assaut meurtrier, obtient une permission pour rentrer chez lui. Il y a ces camarades, restés dans les tranchées et qui préparent un assaut pour reprendre une position perdue au profit des allemands. Il y a le soldat gazé, perdu sur le lieu d’un ancien combat. Et il y a ces cris, qui déchirent le ciel, lancés par l’ «homme-cochon», soldat perdu entre les lignes de front.
   
   Ce roman est d’un aspect informatif et documentaire assez faible. Ce n’est pas un livre qui raconte une expérience personnelle (comme pour Dorgèles ou Gabriel Chevalier), et n’est pas non plus un roman d’histoire. On y retrouve bien entendu les réflexions sur l’absurdité de cette guerre, de ces attaques en grand nombre qui laissent beaucoup de soldats à terre. Mais l’apport de Gaudé n’est pas à ce niveau.
   
   Laurent Gaudé aborde vraiment cet événement historique comme un théâtre pour une œuvre de fiction. Si les lieux sont réalistes (la description des tranchées, des attaques), les personnages rencontrés, et le mode de narration font que roman prend une dimension littéraire bien plus qu’historique. Parmi les personnages, il y a celui de l’homme-cochon, métaphore de la situation de l’être humain lors de cette période barbare pour l’humanité. L’homme-cochon revient à son état bestial, dispose de qualités physiques quasi surnaturelles, puisque les soldats qui le pourchassent n’arrivent pas à le cerner. Et lorsqu’une pluie d’obus tombe à l’endroit où il est censé se trouver, l’espoir de le voir mort est vite anéanti par les cris qu’il pousse. Ce personnage, à dimension mythologique, représente ce qui fait peur aux soldats: cette folie, cette bestialité qui s’est emparé de lui, ils en sont toujours à la limite. D’ailleurs, Barboni finira par y tomber.
   
   Et puis il y a la narration. Composé de chapitres, chacun débute et se termine par une intervention de Jules, qui s’éloigne des champs de bataille. Entre deux, on plonge dans la boue, l’humidité des tranchées et la violence des combats. Mais Jules n’arrive pas à oublier ce qu’il a vécu, et est toujours ramené aux barbelés, aux obus, aux munitions. Il ne parvient pas à tirer profit de cette permission qu’il attendait depuis si longtemps.
   
   Si ce court roman n’est pas le plus abouti de Laurent Gaudé, on y retrouve des éléments qui seront ensuite retravaillés et intégrés dans un autre contexte, celui de la bataille homérique de "La mort du roi Tsongor". Car l’image de ce soldat qui voit le conflit de loin m’a rappelé ce personnage qui marche dans le désert, loin de la ville des combats. Et l’aspect mythologique, très présent dans "La mort du roi Tsongor", transparaît de manière assez nette dans ce premier roman.
   
   Sur un sujet historique maintenant bien connu, Laurent Gaudé parvient donc à créer une œuvre de fiction. Œuvre qui pour autant ne trahit pas la réalité historique de cette époque, mais qui lui donne une résonance originale.

critique par Yohan




* * *