Lecture / Ecriture
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Le Musée national de Cécile Guilbert

Cécile Guilbert
  Le Musée national
  Warhol spirit
  Les républicains

Cécile Guilbert est une écrivaine française née en 1963 à Pau.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Le Musée national - Cécile Guilbert

"L’ignition des mots où souffle l’Esprit"
Note :

   La narratrice, Juliette, est gardienne dans un musée, métier très déprécié. Son origine sociale, son intelligence lui auraient permis de briguer un emploi plus valorisant mais elle ne voulait pas gâcher sa vie à la gagner. Elle préférait se consacrer à ses plaisirs: lire, écrire, jouer aux échecs et au tennis, le tout pendant et hors des heures de travail. Mais était-ce le bon choix? Au début, oui. Elle officie au Petit Palais dont l’ambiance douillette et paisible correspond tout à fait à ses vœux. Malheureusement, elle poussera un peu loin le bouchon, ce qui lui vaudra une transplantation au Musée d’Orsay (qu’elle déteste, moi j’adore, pas de chance) où l’ambiance est tout autre ce qui lui rappellera que malheureusement, ces emplois sans envergure sont aussi souvent, les plus pénibles et les plus ennuyeux.
   
   Cécile Guibert, vue et surtout écoutée lors d’une émission de "La grande librairie" avait vivement excité ma curiosité par l’intelligence de ses propos. C’est ainsi que je l’ai découverte et que je me suis retrouvée à lire ce "Musée national" qui est son premier roman. Je n’ai pas regretté mon exploration et dès que l’occasion s’en présentera, je lirai d’autres ouvrages de cette auteur. J’ai retrouvé ici le même ton et la même intelligence qui avait retenu mon attention dans cette émission et cela constitue une bonne partie du charme de Cécile Guilbert. Elle a cette liberté et cette cohérence interne, cette franchise qui seules permettent d’aller voir un peu plus loin qu’on ne le fait habituellement. Ce roman ne nous raconte pas une aventure, mais nous présente une expérience de vie "autre".
   
    Juliette vit autrement, sur un plan professionnel, sur un plan sentimental, social, sexuel, intellectuel. Elle expérimente une autre façon de mener sa vie, et ce, sans plus de malheur que ceux qui ne se risquent pas dans des voies si dégagées, moins sans doute même. C’est qu’elle n’a rien accepté pour "évident". Il ne lui semble pas évident que l’on doive avoir un amour, des enfants, un métier, de l’argent, des relations sociales. Il lui semble juste évident qu’elle doit faire ce qu’elle veut et essayer d’être heureuse. Elle pose sur tout un regard aussi libre qu’elle le peut. Et elle nous montre ce qui peut se passer alors. Une possibilité entre mille bien qu’il soit clair que si l’on choisit cette voie, il y aura des choses que l’on retrouvera forcément, des constantes dans les vies libres, mais pas forcément celles que l’on a beaucoup tenu à nous présenter avec les fantômes des artistes maudits ou "bohèmes" et autres asociaux classiques. Même l’image que la société nous impose insensiblement de ces personnages est à son service. L’auteur, ici, nous en propose une autre."Mais que pouvons-nous faire, du monde tel qu’il nous est échu aujourd’hui, il ne convient plus de protester mais de résister. Pouvoir ce qu’on veut… Vouloir ce qu’il faut… N’est-ce pas là tout ce qu’il nous reste?"
   
   Etant devenue gardien de musée, Juliette s’est intéressée à l’art. Elle a lu, s’est documentée, a appris, en autodidacte. Elle pose sur les œuvres qu’elle garde un œil de peintre qui s’attarde sur les formes et les couleurs. Sa vie s’est enrichie de ces connaissances comme elle s’enrichit de sa progression dans l’écriture qui est la voie vers laquelle elle se sent portée. Juliette écrit. Un peu d’abord, puis, à mesure qu’elle y trouve ce qu’elle en espérait, de plus en plus sérieusement. Elle – ou C. Guilbert- use d’un vocabulaire rare qui semble viser davantage la précision que la poésie mais en la touchant quand même parfois. Cela nous donne une écriture bien particulière, que j’ai appréciée.
   
   Et Cécile Guilbert nous présente au fil de ces pages une vision sociale critique sans concession, claire et aiguë, froide et coupante comme un scalpel et faisant le même travail. L’histoire de Juliette est à la fois hautement individuelle, individualiste même, et hautement sociale tant le premier pas vers la liberté est de voir la scène sur laquelle on joue, je veux dire le monde dans lequel on vit.
   "… il n’est nullement nécessaire de lire quotidiennement les quotidiens, hebdomadairement les hebdos et mensuellement les mensuels. Ne remuent-ils pas tous sempiternellement le cadavre d’une farce nommée actualité? Quant aux magazines féminins, attrapez le premier venu dans la pile défraîchie d’une salle d’attente, feuilletez-le, lisez-le: il vous semblera paru la veille… même matraquage débilitant de crédulité bonasse, de sentimentalisme pleurnichard, de naïveté sexuelle, même rengaine d’optimisme niais, de technologie béate, de sociologie à la petite semaine, et partout la même inculture infusée, injectée, perfusée à jets continus…"(p. 75)
   
   PS : Dites donc les éditeurs, il ne serait pas temps de le sortir en format poche, le Musée national?

critique par Sibylline




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