Lecture / Ecriture
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Le Horla de Guy De Maupassant

Guy De Maupassant
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* On peut voir la fiche "Du roman considéré comme un des beaux-arts"

* J.S Bordas a fait une adaptation en bande dessinée de la nouvelle de Maupassant "Le Docteur Héraclius"

Le Horla - Guy De Maupassant

Le çà, le là et le Horla
Note :

   En 1887, date de parution de cette nouvelle, la mode était fort aux histoires fantastiques, avec une préférence marquée pour celles qui s’accommoderaient bien également d’une explication rationnelle. C’est que l’époque était aussi à une nouvelle vision -et compréhension- de la folie. Si ces années étaient plus que florissantes pour les médiums et leurs ectoplasmes (dont les photos d’époque actuellement trouvables sur le net sont à mourir de rire, la préhistoire des effets spéciaux), Charcot de son côté se lançait dans ses recherches sur l’hystérie, l’hypnose et tous ses sujets troublants et passionnants. L’inconscient n’était pas loin de faire une entrée fracassante dans notre vision du monde, Freud était tout près.
   
   Dans la réalité, la syphilis qui était le fléau de l’époque faisait sombrer les esprits les plus brillants comme les plus frustres dans une folie qui avait de quoi troubler fort leurs proches. On tentait de comprendre, autrement dit, on en faisait un sujet de fiction. Les esprits simples n’offraient qu’une interprétation, de préférence vers les histoires de fantômes; les intelligences plus complexes envisageaient et faisaient envisager à leurs lecteurs d’autres niveaux, trois en fin de compte: la possible histoire de fantômes, la folie pure et simple, frustre et sans justification, "brut de décoffrage" pour dire les choses, et une vision rationnelle des errements constatés, appuyée sur la science dont on attendait beaucoup. Porté par cette vague, Maupassant nous offrit quelques excellents "contes fantastiques".
   
   Ici qui plus est, Maupassant ajoute -involontairement il faut bien le dire- un étage à une compréhension profonde de l’œuvre, c’est que lui-même commençait à perdre la raison et que certains soutiennent maintenant que "Le Horla" est le produit des débuts de cette déraison.
   
   Encore une chose, à cette époque, un thème passionnait beaucoup les gens de lettres: celui du double que ce soit un être jumeau ou un double surnaturel, une «autre présence» que l’on sentait avec soi… Cette thématique aura un grand succès et perdurera longtemps, en particulier chez les auteurs germaniques mais pas seulement, Nabokov s’en est lui aussi senti inspiré* quoiqu’on ne puisse pas nier une influence germanique chez Nabokov… mais je m’éloigne de mon sujet.
   
   Bref, pour l’histoire elle-même, vous allez la lire n’est-ce pas, si ce n’est déjà fait? Alors je vous dirai seulement que le narrateur explique comment il a peu à peu senti auprès de lui la présence d’un être mi pur esprit, mi matériel, qui s’empare de plus en plus de lui et tire sa vigueur de son propre dépérissement. Le narrateur tente par divers moyens de s’en débarrasser et… vous verrez bien. De toute façon, on ne peut pas se dispenser de lire le Horla.
   
   4 étoiles parce que ce n’est pas un thème qui m’intéresse vraiment mais c’est pure subjectivité de ma part. D’un point de vue littéraire, l’œuvre est bien égale au talent immense de l’auteur et se situe au-dessus des critiques. Il ne me restait donc plus qu’à exprimer mon goût personnel…
   
   
   
   * "La méprise"
    ↓

critique par Sibylline




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Conte d’angoisse
Note :

   Maupassant était sujet aux troubles psychiques : la mésentente des parents, la pathologie du frère ont favorisé la psychose chez lui. Cet état d’âme ressort dans ses contes dominés par l’angoisse. Dans "Le Horla" il montre rigoureusement l’évolution de son narrateur, inhibé par des craintes de toutes sortes, des sautes d’humeur, des fantasmes absurdes, terrorisé par des hallucinations.
   
   Le narrateur tient un journal dans lequel il note ses fantasmes, ses malaises, ses insomnies. Il décrit ses réactions et se réfugie dans l’angoisse. Il met une certaine complaisance à décrire le personnage qui vient le terroriser et qui n’apparaît que comme le résultat de ses fabulations.
   
   D’une certaine façon, le conte parvient ainsi à se hausser au niveau du fantastique, mais il s’agit d’un fantastique du rêve : l’histoire fantastique n’existe que dans le psychisme du narrateur. Elle ne produit pas un récit de fiction destiné à un public de lecteurs, mais un récit interne formulé dans le rêve et repris au réveil.
   
   Il paraît y avoir une complaisance dans cette description du comportement paradoxal de son personnage. Celui-ci déclare souffrir, mais d’une souffrance qu’il semble épargner, dont il ne voudrait surtout pas être privé car alors il se sentirait trop nu. Sa souffrance fait partie de son moi interne et, pour l’entretenir, il se doit de nommer un acteur externe et imaginaire qu’il nomme le Horla. Celui-ci ne peut être personnifié par un être tangible, comme ce serait le cas dans un récit fantastique classique, car alors tout le schéma narratif basculerait dans un autre registre. Le narrateur est donc contraint de revenir à lui-même dans une sorte de pirouette qui indique au lecteur que le Horla est une fiction.
   
   Ainsi ressort toute l’ambiguïté du conte d’angoisse de Maupassant.

critique par Jean Prévost




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