Lecture / Ecriture
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Turlupin de Leo Perutz

Leo Perutz
  La nuit sous le pont de pierre
  Le cavalier suédois
  Turlupin
  Où roules-tu, petite pomme?
  La Neige de saint Pierre
  Le Judas de Léonard
  La troisième balle
  Le tour du cadran
  Le miracle du manguier
  Seigneur, ayez pitié de moi !
  Le marquis de Bolibar

Leo Perutz est un écrivain autrichien de langue allemande (Prague, 1882 - Bad Ischl, 1957).

Turlupin - Leo Perutz

Monsieur Perutz, turlupinez moi encore!
Note :

   Voilà ! Ma PAL, ma "pile à lire" d'été est quasi prête!
   
   Grâce à vous toutes, je saurai quoi lire lorsque allongée sur mon transat, les yeux perdus dans le bleu de l'océan indien, la main gauche caressant le sable immaculé d'Anse Louis, petit coin de paradis sur l'île de Mahé aux Seychelles, j'en viendrai subitement à me dire "Bon... regarder la mer, ça va cinq minutes, on fait quoi maintenant?!"
   
   A mon tour donc de remplir vos valises. Et ce sera avec "Turlupin" de Leo Perutz.
   
   Enfin, un roman exaltant, rond, subtil, riche, touffu, coloré. Un pur nectar.
   
   Tancrède Turlupin, barbier-perruquier au nom mémorable, a cette hauteur qu'ont les petites gens destinées à vivre des évènements grandioses: une inaltérable fraîcheur.
   
   Mon dieu, que Perutz était doué. Méchamment doué pour écrire.
   
   Leo Perutz est né à Prague en 1882. Comme Kafka, il était juif, écrivait en allemand et travailla dans la même compagnie d'assurances et à la même période (1907). Mathématicien de formation, il était chargé de modéliser certains évènements futurs afin de calculer l'impact financier des risques liés aux contrats d'assurance. Nous sommes très loin de la chaleureuse écriture qu'il saura coucher sur des pages blanches. Etonnant contre-pied dans l'esprit d'un seul homme. Il fit parti des auteurs les plus lus de l'entre-deux-guerres mais son départ en Palestine en 1938 signe la fin de sa notoriété et plonge son patronyme dans l'oubli et le désintérêt. Qui fut donc cette main secourable, celle qui l'extirpa de la fosse aux oubliés? Je vous le donne en mille! Jorge Luis Borges, un de ses plus grands admirateurs! Car Borges mit le paquet: il préfaça trois de ses livres.
   
   Jean Paulhan (cf post sur P. Drieu La Rochelle) et Roger Caillois, traducteur de Borges (cf post sur Borges) vont prolonger la remontée que Borges avait initiée en attribuant à Leo Perutz le prix Nocture - prix lui même ressuscité en 2005 et cela fait deux résurrections utiles.
   
   Leo Perutz s'éteint en 1957 après avoir écrit 14 romans dont un sous forme de roman-feuilleton dans le journal "Berliner Illustrierten Zeitung" (eh oui, on y revient toujours).
   
   Perutz excelle dans une forme classique du roman d'aventure pur jus, avec un zeste de fantastique. C'est jubilatoire!
   
   "Turlupin" est un roman brillant, alerte et frétillant. Un film qui défile sous nos clignements de paupières. Sur un rythme pétillant, les évènements historiques cheminent tambour battant et Tancrède virevoltant, jongle au milieu des puissants. Nous sommes en 1642 et Tancrède, orphelin recueilli et élevé par le bon Daniel Turlupin croit, pense, affirme, imagine, devine, assure avoir retrouvé sa mère sous les traits d'une aristocrate: la duchesse de Lavan.
   
   J'ai volontairement aligné plusieurs verbes très différents pour ne pas vous dévoiler l'intrigue. Car de cette rencontre, énormément d'évènements vont découler. Et pas des moindres. Au coeur du règne de Richelieu, Tancrède Turlupin va bousculer nombre de projets qui ne l'attendaient pas au tournant, ni de près ni de loin.
   
   On ne boude pas son plaisir de s'accrocher aux mots choisis, aux phrases soignées et parfaites de Leo Perutz. Et on se dit: "Mais ça à l'air si facile à écrire...!" Et puis non, justement, c'est atrocement difficile de faire simple. Elle est là, la prouesse. Perutz est un conteur avant tout. Il maîtrise l'art du rythme, l'art de narrer une aventure. Ca va vite, les phrases bondissent les unes contre les autres et enchaînent des pas de danse sans déraper. Les pages tournent, les yeux clignent, l'imagination se colore et s'emballe et nous voilà déjà à la fin.
   
   Et zut ! Trop court. On en veut encore.
   
   Une ovation s'élève "Tancrède, Tancrède, Tancrède !"
   
   Mais non, pas de rappel. L'écran s'éteint et la lumière se rallume. Au sortir de la salle, si on prend la petite rue escarpée qui tourne sur la gauche, on distingue au loin, dérobée aux yeux du tout venant, une singulière librairie. La femme qui se tient au seuil n'attendait que nous et les bras tendus, elle nous tend, le sourire jusqu'aux oreilles, la seule boisson capable d'étancher notre soif : "La neige de Saint Pierre" de... Leo Perutz.

critique par Cogito




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