Lecture / Ecriture
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La route des petits matins de Gilles Jobidon

Gilles Jobidon
  La route des petits matins

La route des petits matins - Gilles Jobidon

La route de l'exil
Note :

    Le narrateur, ami, proche, on ne le sait pas trop mais c'est cela qui est bien, raconte le parcours d'un réfugié sino-vietnamien de Saïgon au Canada.
   
   Saïgon, la belle, Saïgon la vivante, la colorée avec ses marchés, ses maîtres de thé, son faste, son histoire. Saïgon, la belle qui chute sous les coups de butoir d'une armée révolutionnaire, Saïgon laissée à elle-même par une armée étrangère qui plie bagage dans le désordre d'une fuite, celle de la défaite idéologique.
   
   Saïgon, une famille esseulée depuis le départ, en réalité l'arrestation, du chef de famille, un jeune garçon renvoyé de l'école et pris sous son aile par son maître de thé, Maître Wou. Un apprentissage de la vie, de la cruauté du monde comme de sa beauté, au gré des séances de dégustation de thés, de leçons de calligraphie et de mandarin. La vie difficile de ceux qui ont tout perdu, de ceux dont on s'écarte afin de ne pas être contaminé par leur disgrâce. La vie cahotante de celui qui veut partir et qui chaque jour s'entraîne afin de s'aguerrir. La nage dans le bassin chloré est le point de départ d'une fuite organisée secrètement. Long et difficile est le temps de la préparation, à l'image des épreuves qu'il faudra affronter au cours d'un dangereux périple vers la liberté "Fleedom".
   
   Que dire de ce roman, construit comme un long poème, sinon qu'il est magnifique! L'écriture, fluide, onirique où les silences sont autant de cris ou de pleurs sur une vie qui ne sera plus, sur un monde que le réfugié se doit d'oublier pour trouver la force de continuer.
   
   Le lecteur suit le narrateur qui a choisi le "tu" pour conter cette douloureuse et magnifique histoire: distance et proximité intime du "tu" un peu déstabilisateur au début puis indissociable du chant triste et beau d'un adieu au pays.
   
   Oh, qu'il fut saisissant de beauté et d'émotion, le passage où le héron, impérial au milieu du marais gluant de boue, traversé par les exilés volontaires d'une dictature insupportable, regarde plein de sagesse le jeune homme en fuite, comme le faisait son maître de thé... celui-là même qui lui offrit, une peinture chinoise représentant un héron qui s'envole! Le maître et l'élève se rencontrant au-delà des contingences matérielles, ultime encouragement du premier pour que le second triomphe de l'épreuve. Le thé, la douleur, la peur et le ravissement en une scène d'une acuité et d'une intense émotion.
   
   C'est avec une tendresse presque amoureuse que Jobidon relate le parcours initiatique de son héros, ce héros ordinaire qui connaîtra un destin extraordinaire: le lecteur est transporté dans un élan poétique d'une étrange beauté, au rythme lent de la poésie du texte, parsemé de silences invitant à une pause méditative où les flaveurs d'une tasse de thé exacerbe les sensations.
   
   "La route des petits matins" est celle empruntée par ceux qui décident un jour que le joug d'un pouvoir est insupportable et que le fuir, à ses risques et périls, est encore préférable à cette lente mort des corps et des esprits. Un récit qui chante, doucement, subtilement le courage, l'opiniâtreté, la faculté d'adaptation des réfugiés: ils quittent leur pays pour un ailleurs dans lequel ils vont devoir apprivoiser pour pouvoir s'y fondre malgré les différences absolues de culture et de climat!
   
   Une très belle découverte!
    ↓

critique par Chatperlipopette




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Le ciel ne pleure pas pour rien
Note :

    Résumé
   "La route des petits matins s’inspire du parcours initiatique d’un réfugié de culture sino-vietnamienne après la chute de Saigon. Entre autres personnages, on y trouve maître Wou, un maître de thé dont les enseignements sont illustrés de proverbes et de dictons qui puisent à une sagesse immémoriale très inspirante pour notre époque agitée.
   Tout au long du récit, le narrateur conserve pour le héros et sa culture une pudeur chargée de tendresse amoureuse. Le texte, empreint d’émotion et de poésie, utilise des tournures qui s’apparentent à la structure fleurie des langues asiatiques et donnent aux phrases une musicalité envoûtante.
   Écrite comme une longue lettre d’amour, "La route des petits matins" salue le courage, la solidarité, la détermination et la faculté d’adaptation des réfugiés, d’abord pour fuir leur pays, puis pour s’intégrer à une culture et à un climat diamétralement opposés à ce qu’ils ont auparavant connu."

   
   Commentaire
   J'ai lu "La route des petits matins" comme un long poème. En effet, j'ai savouré chaque mot, chaque phrase, chaque énumération. Étrangement, cette lecture racontant l'histoire de la fuite vers la freedom d'un jeune sino-vietnamien a réussi à me calmer à un moment où j'étais très fébrile, de par sa musicalité, sa poésie, ses répétitions. J'ai adoré le langage imagé dans lequel le narrateur livre son témoignage d'amour. On le lit à voix haute et on se laisse emporter.
   
   C'est un sujet sur lequel je n'avais pas beaucoup lu jusqu'à maintenant. Suite à l'avènement au pouvoir de Ho Chi Mihn, la vie a changé à Saigon et aux alentours. Par des chapitres très courts, tels les clichés que le jeune réfugié a emportés avec lui en souvenir, l'auteur évoque des moments de sa vie à Saigon mais aussi ceux de cette fuite, empreints d'une émotion palpable. Les paysages, les personnages s'envolent à partir des pages et sont là, devant nous, malgré qu'ils soient souvent évoqués par métaphores.
   
   C'est un récit beau mais à la fois poignant. Dans ce pays, le ciel ne pleure pas pour rien...

critique par Karine




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