Lecture / Ecriture
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Le roman théâtral de Mikhaïl Boulgakov

Mikhaïl Boulgakov
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Mikhaïl Afanassievitch Boulgakov (Михаил Афанасьевич Булгаков) est un écrivain et médecin russe d'origine ukrainienne né en 1891 et décédé de maladie en 1940.

Médecin durant la Première Guerre mondiale et la guerre civile russe, il abandonne cette profession à partir de 1920 pour se consacrer au journalisme et à la littérature. Il s'est heurté tout au long de sa carrière à la censure soviétique.

Le roman théâtral - Mikhaïl Boulgakov

Les coulisses
Note :

   Il s’agit ici d’un roman d’inspiration autobiographique rédigé par Boulgakov à la fin de son assez courte vie (49 ans) et dans lequel il a voulu rapporter ses relations avec le monde du théâtre depuis ses tout premiers contacts. Boulgakov est alors un dramaturge pauvre et censuré dont la majeure partie des pièces n’ont jamais été présentées au public.
   
   Nous sommes dans les années 1920. Le narrateur (qui n’est donc pas Boulgakov puisqu’il ne s’agit pas d’une autobiographie mais d’une œuvre de fiction) a écrit un roman mais s’aperçoit que cela ne suffit pas à se lancer dans le monde littéraire moscovite. Il invite alors à sa table, pour le leur lire, des écrivains reconnus qui font ripaille à ses frais tout en critiquant très très sévèrement son texte. Pour leur lire la suite de son œuvre, le narrateur (Maksoudov) organise d’autres repas auxquels ils viennent de plus en plus nombreux sans qu’il ait besoin de les inviter, mais les critiques sont toujours aussi destructrices. «Ta langue ne vaut pas un clou! braillait-il en se bourrant de galantine préparée par ma voisine Doucia. Pas un clou!» ou encore «Il me lança un clin d’œil, tout en buvant. Puis soudain, il me saisit et m’embrassa, en s’écriant :"Ah! Crois-moi! Il y a en toi quelque chose de vraiment antipathique!"»
   Il commence à peine à fréquenter ce milieu très particulier et en découvre avec surprise les dessous… peu reluisants et potentiellement aussi drôles que dramatiques, mais cela, c’est au lecteur de le voir.
   
   Le récit de ses expériences et découvertes nous est fait sur un ton de parfaite franchise assez amusante mais l’accule presque au suicide. Pourtant, le lecteur s’en divertit, d’autant que, livrant plus tard les accusations de duplicité dont il est l’objet, le narrateur introduit un niveau supplémentaire en amenant le lecteur à se demander s’il est si franc que cela, si l’on a raison de prendre pour argent comptant tout ce qu’il relate où si ces accusations peuvent avoir quelque chose de fondé puisque ce n’est que son témoignage à lui que nous avons… nous ne le saurons jamais. Mais l’histoire progresse sur un ton d’humour à froid que j’aime beaucoup.
   
   Après cet échec en tant qu’auteur notre héros se dit donc qu’il lui faudrait sans doute commencer par s’enrichir en tant que lecteur et il se met au travail, ce qui ne va pas toujours sans peine. «Deux fois, j’entrepris la lecture du roman Les Cygnes de Liessossékov, deux fois j’allai jusqu’à la page 45 où je fus obligé de recommencer, parce que j’avais oublié ce qu’il y avait au début. Cela m’effraya sérieusement. Certainement, il y avait quelque chose chez moi qui n’allait pas: j’étais devenu incapable –ou l’avais-je jamais été- de comprendre les choses sérieuses.» (je me suis revue parfois et j’ai ri avec soulagement de me sentir moins seule)
   Et puis soudain, c’est la révélation ! Il découvre le théâtre dont il ignorait tout et y reconnaît son monde, son domaine, sa voie. Non seulement c’est là qu’il se sent enfin à l’aise mais pire, il ne peut plus vivre sans.
   Et ce n’est pas de chance, parce que ce monde-là n’est pas plus facile que celui du roman pour des raisons manquant tout autant de noblesse. A la suite du narrateur, nous allons donc visiter le théâtre de la loge du concierge aux arcanes du bureau de la direction en passant par les loges et il y a de quoi voir.
   
   Cependant, ce que Boulgakov n’évoque qu’à peine, ce sont les ravages de la censure. Elle a détruit sa vie, l’empêchant de produire l’œuvre dont il était porteur, l’épuisant à lutter pour des bagatelles, l’acculant à la misère, et il ne se risque à en dire ici que peu de choses vagues, lui qui aurait pu nous en dresser un inventaire extrêmement précis. «Quand le roman fut terminé, la catastrophe éclata. Tous les auditeurs affirmèrent d’une seule voix que mon roman ne serait jamais publié, pour la simple raison qu’il serait refusé par la censure.
   C’était pour moi une nouvelle, et je m’aperçus qu’en écrivant, je n’avais pas songé un instant à la question de la censure.»

   
   La deuxième partie de ce roman ne commence qu’à 30 pages de sa fin abrupte qui laisse tout en plan. C’est qu’il s’agit d’une œuvre inachevée mais je suis heureuse d’avoir au moins lu ce que nous en avons.
   
   
   Extraits :
   - Bombardov était un acteur du Théâtre Indépendant. Il me dit qu’il avait entendu ma pièce et qu’à son avis c’était une bonne pièce.
   Je ne sais pourquoi, mais je me sentis tout de suite en sympathie avec Bombardov. Il me fit l’effet d’un homme très intelligent et d’un remarquable observateur.

   
   Le remarquable observateur, n’en doutons pas, c’est Boulgakov.

critique par Sibylline




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