Lecture / Ecriture
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Une saison ardente de Richard Ford

Richard Ford
  Une mort secrète
  Le bout du rouleau
  Un week-end dans le Michigan (Frank Bascombe, I)
  Rock Springs
  Une saison ardente
  Indépendance (Frank Bascombe, II)
  Une situation difficile
  Péchés innombrables
  L'état des lieux (Frank Bascombe, III)
  Canada
  Entre eux

AUTEUR DES MOIS DE FEVRIER & MARS 2009

Richard Ford est un écrivain américain né en 1944 dans le Mississippi.

Il suit des études à la Michigan State University puis à l'Université de Californie à Irvine

Il est marié et n’a pas d’enfant (par décision conjointe avec son épouse).

Il a été journaliste et a enseigné.

Il a longtemps vécu à la Nouvelle Orleans, avant de s'installer dans le Maine.

Il a reçu le prix Pulitzer et le PEN/Faulkner Award en 1996 pour son roman le plus connu "Indépendance".


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Une saison ardente - Richard Ford

Eveil à la réalité adulte
Note :

   Joe n’a que seize ans. Ses parents vivent dans le Montana (Richard Ford oblige!), une petite ville, une petite vie, et tout ne va pas pour le mieux entre eux.
   Joe n’est pas encore émancipé. Il n’est plus tout à fait un enfant mais il ne le sait pas encore. Il va le découvrir en quelques jours et cette découverte lui sera amère, bien entendu.
   
   «A l’automne de 1960, alors que j’avais seize ans et que mon père était momentanément sans emploi, ma mère rencontra un homme du nom de Warren Miller et tomba amoureuse de lui. C’était à Great Falls, Montana, à la grande époque du gisement pétrolifère de Gipsy. Mon père nous avait amenés de Lewinston, dans l’Idaho, au printemps de cette année-là, persuadé que dans le Montana tout le monde – des petites gens comme lui – se faisait ou allait se faire beaucoup d’argent. Il voulait saisir sa chance au vol avant que le vent ne l’emporte.»
   
   Sur fond de drame écologique, puisque la montagne brûle, non loin, et que peu à peu, les hommes disponibles de la petite ville, Great Falls, où il vit avec ses parents s’engagent volontaires pour aller combattre le feu. Ca va être le cas de son père qui vient de se faire virer de son job de professeur de golf et qui sait qu’il ne retrouvera pas aisément quelque chose. Son père part donc, trois jours, trois jours pendant lesquelles la mère de Joe va lâcher prise et tenter de jeter les bases d’une nouvelle vie, via un autre homme, plus vieux, son employeur, Warren Miller.
   
   Joe va assister à ce ballet insidieux, autant incompréhensible qu’explicite à ses yeux. Il va naître à la vie adulte et son cortège de petitesses, de petites lâchetés, de compromissions.
   
   Richard Ford a traité par ailleurs ce thème dans des nouvelles de «Rock Springs» et nul doute qu’il doit y avoir échos avec sa propre jeunesse?
   
   C’est doux-amer, en clair-obscur, et plein de sensibilité.
   
   Titre original: Wildlife
    ↓

critique par Tistou




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Terriblement humain
Note :

   La capacité de R. Ford à se réinventer est étonnante. Tant au plan du style que du fond. Chaque livre reste cependant une illustration de l’envers du décor du rêve américain et des multiples dégâts qu’il engendre sur celles et ceux qui ont cessé d’y croire ou en subissent les effets collatéraux.
   
   Dans « Une saison ardente », un des romans les plus courts de l’auteur, nous voyons le monde par les yeux d’un adolescent de dix-sept ans.
   
   Ce jeune homme vit jusque là une vie tranquille perdu au fond de l’état du Montana. Nous sommes dans les années soixante. Sa mère est femme au foyer, son père, professeur de golf.
   
   Cet été là, le feu fait rage et ravage les forêts et taillis de toute la région, menaçant à distance la bourgade. Un feu qui va faire exploser le couple, en apparence uni, mais fondamentalement fragile.
   
   L’incendie qui gronde est aussi celui qui va détruire un équilibre fragile, faire voir aux yeux de l’adolescent le monde terrible des adultes, un monde fait de mensonges, de tromperie, de duplicité, de conflits.
   
   Malgré lui, il sera le témoin balloté d’une mère qui décide de prendre un amant en réaction à un mari, et père, qui, licencié, désœuvré, déstabilisé, va se lancer à corps perdu dans une lutte d’un incendie qui le dépasse.
   
   L’évolution parallèle des flammes qui s’emparent du bois et des prairies et de celles qui détruisent méthodiquement un couple arrivé à bout de souffle, est saisissante. Elle compose la trame narrative et illustre le caractère prévisible, inarrêtable des forces qui sont en jeu.
   
   L’adolescent ne peut que compter les points et fuir dans une stratégie qui vise à aimer ses deux parents malgré eux, en espérant que la débâcle va un jour cesser.
   
   Car le feu est aussi un moyen de refertiliser les terres, de les apurer, de se débarrasser violemment de ce qu’il eût été trop lourd, trop long, trop coûteux de traiter unitairement.
   
   C’est la vie de la classe moyenne semi-urbaine qui est ici mise en scène et des stratégies possibles pour survivre quand le travail manque, les liens se rompent, le coup de folie guette.
   
   Un livre poignant et, comme toujours chez Ford, terriblement humain.
    ↓

critique par Cetalir




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On prend goût à ce récit
Note :

   Dans les années 60, un couple américain du Montana connaît une mésentente conjugale. Le fils désemparé tente de comprendre le comportement de ses parents et surtout de l'accepter. Voilà pour l'histoire dont le narrateur est cet enfant unique, un adolescent de seize ans prénommé Joe.
   
   J'ai aimé ce roman dépouillé, net, exhalant le mal-être d'un tableau d'Eward Hopper.
   
    Par une technique très visuelle, faite de deux gestes et deux répliques pour donner une présence aux personnages, l'auteur, tout en retenue, livre un texte attachant.
   On dit que la gestation d'un roman de Richard Ford est si minutieuse qu'il n'écrirait (pendant plusieurs années) qu'après notes et réflexions mûries une année durant. Savoir cela évite de penser qu'il s'agit d'un récit anecdotique.
   
   Rien n'est simple pour les personnages tentés de renoncer à ceux qui les entourent pour ce qu'ils voudraient d'autre, ailleurs, autrement. Jerry a perdu son emploi et quitte sa famille pour trouver consistance en combattant les incendies qui ravagent le pays à l'ouest de Great Falls. Son épouse frustrée a une liaison avec un autre homme au vu et su de son fils. Celui-ci devine la fin de son enfance à travers la discorde de ses parents et s'accroche à ce qu'il peut. Cette scène où Joe parcourt seul les rues de la ville, sans but et espérant partir vers autre chose - mais quoi? - est poignante.
   
   Joe acquiert progressivement une lucidité, amère et résignée, pour comprendre que même ses parents font partie des autres: "Et la leçon à tirer de presque toute expérience humaine c'est que, lorsque d'autres sont concernés, même des gens qui vous aiment, votre intérêt ne passe généralement pas en premier, et c'est très bien ainsi. »
   
   Pas de mélodrame dans tout cela: c'est comme ça, voilà. Il y a quand même de bons moments. Et on est sensible, jusqu'aux dernières pages, au devenir de cette famille.
   
   La technique utilisée par l'auteur fait que les personnages semblent subir leur destinée. Ils agissent comme sous l'effet d'une soumission à un ordre des choses, parce que l'auteur laisse peu de place à l'analyse des sentiments sinon pour souligner le regard, le mot, le geste qui suscitent la perplexité implicite de Joe. Cette position en retrait de l'écrivain, qui n'entre pas dans les têtes, fait dire à Jean Wagner (La Quinzaine littéraire) dans la présentation, que Ford ne se prend pas pour Dieu mais se contente d'être un romancier.
   
   On s'explique mal pourquoi on prend goût à un récit: sans doute y-a-t-il une part de soi qui y est disposée ou préparée. Le constat pessimiste (rien n'oblige de le partager) sur les relations humaines que cet ouvrage distille insensiblement ne ternira pas mon sentiment à propos d'"Une Saison Ardente». Et le découvrir à travers cette écriture sobre et pénétrante est une agréable surprise.

critique par Christw




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