Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Le Duchamp facile de Marc Décimo

Marc Décimo
  Le diable au désert. Ananké Hel !
  Le Duchamp facile

Le Duchamp facile - Marc Décimo

Un Duchamp plus humain
Note :

    Marc Décimo, que l'on croisera certainement au prochain Colloque des Invalides n'est pas homme à se disperser: la quasi-totalité de son oeuvre visible est consacrée à Jean-Pierre Brisset et à Marcel Duchamp. Aussi, quand il propose un Duchamp facile, on peut lui faire confiance, il connaît son sujet.
   
   Duchamp facile, on est preneur car si l'on se fie aux apparences et aux maigres connaissances que l'on possède, on manque un peu de lumières pour appréhender le phénomène. On ne va pas dire que tout devient subitement clair avec Décimo mais l'éclairage qu'il apporte est le bienvenu.
   
   Pour comprendre Duchamp, il faut d'abord comprendre sa famille. Bien que fils de notaire, il n'est pas le mouton noir artistique de la maison: un grand-père peintre et graveur, une mère peintre, une marraine critique d'art, deux frères peintre et sculpteur, une soeur peintre, ça compte tout de même. Mais la peinture, peut-être à cause de ce poids familial, n'intéressera Duchamp que brièvement et, de toute façon, sous des formes qui ne correspondent pas à son héritage familial.
   
    L'art, pour lui, doit se débarrasser des pesanteurs esthétiques, du goût et du beau, passer de la dimension visuelle à la dimension cérébrale. Marc Décimo explique son tempérament artistique par d'autres influences: celles de Raymond Roussel (il assiste à la représentation d'"Impressions d'Afrique"), de Jean-Pierre Brisset dont les jeux de langage influeront sur les titres qu'il donnera à ses oeuvres, et d'Alfred Jarry dont le "Merdre" ubuesque trouve son équivalent dans l'urinoir balancé dans l'univers artistique.
   
   Influences techniques aussi: les progrès technologiques l'intéressent, le dessin industriel aussi, l'électricité, la plomberie, les machines... Marc Décimo s'attarde longuement sur le ready-made duchampien, le premier, la "Roue de bicyclette" bricolée pour rappeler, dans son atelier, "le tourbillon des flammes dans la cheminée qu'il n'a pas", et Fontaine, le fameux urinoir à partir duquel il explique le principe de dissociation entre la chose (l'urinoir), le lieu (la salle d'exposition) et le titre (Fontaine).
   
   Duchamp, on le découvre ici, s'est beaucoup expliqué sur son travail, il a livré nombre d'entretiens et d'articles sur lesquels Décimo s'appuie constamment. La parole de Duchamp permet d'ailleurs de voir une facette du personnage trop souvent masquée par les commentaires abscons, son humour: "Je considérais que tout le passé - la tradition - sauf Rabelais et Jarry, était fait de gens sérieux qui considéraient que la vie était une chose sérieuse, qu'il fallait produire des choses pour que la postérité sérieuse comprenne ce que tous ces gens sérieux avaient fait. Ça, j'ai voulu m'en débarrasser aussi."
   
   Au bout du chemin, on ne trouvera peut-être pas Duchamp plus facile, mais plus humain, c'est sûr.

critique par P.Didion




* * *