Lecture / Ecriture
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Noir de lune de Alice Sebold

Alice Sebold
  La Nostalgie de l'Ange
  Noir de lune

Noir de lune - Alice Sebold

A l'ombre de la lune
Note :

   Helen Knightly, une femme d'une quarantaine d'année, vit seule depuis son divorce. Ses filles sont au loin, vivant leur vie, la première s'éloignant d'elle depuis que sa grand-mère a laissé tomber son dernier né sans que réagisse sa mère, la seconde lui ayant gardé confiance et tendresse.
   
   Helen ne vit pas sous le même toit que sa mère, elle habite à une demi-heure de route et vient quotidiennement lui tenir compagnie. Elle la lave, lui brosse sa longue chevelure, lui prépare à manger, lui fait la conversation. Un soir, alors qu'elle doit laver sa mère qui s'est oubliée sous elle, cette dernière tombe et Helen ne peut la relever pour la porter jusqu'à la salle de bain. Un geste, irréfléchi(?), lui fait prendre un oreiller pour étouffer la vieille femme et en finir avec une absence (sa mère n'a que de rares instants de lucidité) difficile à supporter. Oui, Helen a tué sa mère, sans beaucoup de peine d'ailleurs, et dès le début du roman, le lecteur le sait.
   
   Le roman s'articule alors autour des souvenirs d'enfance, d'adolescence d'Helen qui grandit entre une mère, belle mais neurasthénique, agoraphobe et recluse dans son monde, et un père qui s'absente souvent pour son travail... du moins est-ce la raison toujours invoquée. Helen et sa mère ont entretenu une relation étrange, déséquilibrée dans le sens où Helen est plus une mère pour sa mère que sa mère une mère pour elle. Une mère dure, impitoyable dans sa démence qui lentement la ronge, qui lentement transforme la vie des siens en un enfer indicible, qui lentement va conduire son époux à un geste irrémédiable. Une relation dans laquelle la haine et l'amour s'entremêlent jusqu'à devenir inextricables, une relation qui offre à la mère une place d'idole destructrice.
   
   Helen se trouve confrontée à un sérieux problème: que faire du corps? L'abandonner et faire croire à un crime de rôdeur? Partir, fuir? Mettre un terme à sa vie pour ne plus rien assumer? Dans un ultime moment d'intimité avec sa mère, Helen ne peut s'empêcher de laver doucement, tendrement, ce corps qui l'a portée sans l'aimer, qui lui a donné la vie sans lui offrir la tendresse et l'amour maternel... un acte d'amour filial aussi beau que terrifiant, aussi tendre que douloureux. Helen va jusqu'au bout de son amour-haine envers sa mère quitte à ne jamais être comprise par autrui. Le lecteur est abasourdi par le naturel d'Helen face à ce corps sans vie, un frisson étrange et dérangeant parcourt son échine: peut-il éprouver de l'empathie pour Helen? Peut-il éprouver de la compassion pour cette mère effrayante d'égoïsme, aveugle au désarroi de ses proches, seulement soucieuse de paraître aux yeux de personne? Au fil du récit des souvenirs d'Helen, le lecteur se trouve face à un désagréable dilemme: plus il apprend à connaître la mère d'Helen, moins il a envie de juger et condamner cette dernière mais plus il s'imprègne de l'atmosphère moins il est enclin à fermer les yeux sur le geste, ô combien tabou, perpétré par Helen!
   
   Qui est Helen? Qui est sa mère? Qui est son père? Entre la mémoire des jours anciens et le récit d'un crime commis avec naturel et spontanéité, défile une galerie de portraits d'un microcosme où tout le monde sait tout sur son voisin, où chaque fait et geste est commenté, décortiqué, jugé à n'en plus finir, où les réputations sont irréversibles. Alice Sebold montre, dans une scène particulièrement pénible entre Helen adolescente et les hommes des maisons voisines, combien de gentils voisins peuvent devenir veules et violents face à l'incompréhension devenue suspecte voire criminelle, elle laisse entrevoir les misères familiales ou affectives d'une société qui se replie sur elle-même et ne laisse pas de place à l'altérité, à ce qui sort de la norme, à l'inconnu qui, par la force des choses, dérange l'ordre établi...ce qui peut côtoyer l'absurde.
   
   "Noir de lune" est mon premier roman d'Alice Sebold dont la lecture a été passionnante et très tendue: l'atmopshère très sombre émanant des relations mère-fille entre Helen et sa mère mais aussi entre Helen et ses filles est difficile à "digérer". La cruauté, involontaire?, de la mère envers Helen est souvent insupportable, de même que l'étrange sentiment amoureux, situé entre le mépris et la tendresse, de la mère envers son époux, époux qui ne compte pas ses efforts pour lui offrir une vie à la hauteur de ses rêves de jeune femme. La lune cache aux hommes une de ses faces, celle de l'autre côté du miroir....l'image d'une partie de l'âme que l'on ne voudrait jamais avoir à affronter!
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critique par Chatperlipopette




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De l'utilité des blogs
Note :

   Punie pour n'avoir pas lu à temps un certain site!
   
   Voilà bien longtemps qu'un livre n'avait pas provoqué en moi une telle colère due à une déception plus grande encore! Si j'avais lu l'excellent résumé, détaillé, honnête et sincère qu'a fait Chatperlipopette du livre que je viens de terminer, c'est probable que je n'aurais pas choisi celui-ci à la bibliothèque, sur la table des nouveautés.
   
   Mais voilà, je n'avais que la quatrième de couverture qui une fois de plus m'a embobinée. Il faut dire que je suis une proie des plus faciles, qui n'attend que ça: être séduite par ses lectures! Et la couverture offrait cette citation: "Tout compte fait je n'ai pas eu de mal à tuer ma mère" puis affirmait: "Le suspense est intolérable: on ne lâche pas "Noir de Lune" avant le tout dernier paragraphe".Que voulez-vous? J'ai cédé à cette invitation pourtant si grossièrement racoleuse!
   Je suis d'autant plus déçue que j'ai bien aimé les 3/4 de l'histoire jusqu'à ce fameux dernier chapitre justement que j'ai reçu comme une gifle, comme si l'auteure me laissait tomber et me disait: "Débrouille-toi avec tout ça maintenant et imagine la suite!" J'ai horreur de ça! Comme si l'on m'abandonnait en plein désert!
   Bon, de quoi s'agit-il?
   
   De l'histoire familiale tragique d'une matricide qui raconte les vingt-quatre heures qui ont suivi son crime: elle vient d'étouffer sa mère qu'elle adore et déteste à la fois. Celle-ci est un ancien mannequin très belle mais agoraphobe et méchante qui a malmené toute sa vie son mari et sa fille. Son mari s'est suicidé et sa fille est devenue sa meurtrière.
   
   Ainsi s'ouvre le récit, par cette violence, ensuite on apprend à mieux comprendre Helen,la fille meurtrière et on s'y attache. on suit son errance dans son quartier, au milieu de ses voisins trop curieux et indifférents à la fois, dans ses souvenirs, dans ses incertitudes pour le présent. On se demande sans cesse comment finira cette sombre histoire, si la narratrice s'en sortira par une volte-face du récit qui ferait apparaître le vrai meurtrier par exemple (je l'espérais!) ou tout simplement si elle se laissera glisser dans la folie!
   
   Pour être honnête et contrebalancer ce jugement négatif sur un auteur que je ne connaissais pas mais qui a déjà écrit deux autres livres, en particulier "La Nostalgie de l'ange" dont on tourne un film en ce moment, voici ce qu'en dit le "Philadelphia Enquirer":
   
   "Sebold pourrait bien être une héritière authentique d'Edgar Poe, qui ose écrire sur la banalité de la violence, et décrire comment celle-ci voisine avec la normalité, en face de chez nous, noyée dans la brume."
   
   C'est flatteur mais j'ai déjà ouvert un autre livre!

critique par Mango




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