Lecture / Ecriture
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L'absolue perfection du crime de Tanguy Viel

Tanguy Viel
  Paris-Brest
  L'absolue perfection du crime
  Insoupçonnable
  Hitchcock, par exemple
  La disparition de Jim Sullivan
  Article 353 du code pénal

Tanguy Viel est un écrivain français né en 1973.

L'absolue perfection du crime - Tanguy Viel

Comme un polar
Note :

   Avec ses 174 pages, "L'absolue perfection du crime" est l'œuvre absolument parfaite de Tanguy Viel, son troisième roman, publié en 2001.
   
   Le récit est structuré en trois parties: 1) un groupe de malfrats se prépare à un piller un casino; 2) le hold-up foire et le narrateur se retrouve en taule; 3) à sa libération il a des envies de vengeance et les réalise. Comme dans un film noir. D'ailleurs le lecteur doit se remémorer des scènes de polars (livres ou films), chacun selon son expérience. L'auteur joue avec le code narratif du polar; il y a ainsi plusieurs "morceaux de bravoure" à déguster. La sortie de prison. Les retrouvailles. La planque pour se déguiser et prendre l'artillerie. Et jusqu'à la course poursuite finale.
   
   Les personnages? Le narrateur évoque toute la bande, il y a l'oncle qui va mourir, mais qui n'est pas vraiment l'oncle, âgé, quatre-vingt dix ans passés, on le saura plus loin; et donc aussi la tante. L'oncle était patron du bar "Lord Jim". Là ils se retrouvaient, devant un cognac, puis deux ou trois — j'aime beaucoup ce goût pour le cognac— marre du whisky; de vrais truands de chez nous; ils se retrouvaient donc, Marin, si fier de sa Mercédès, Jeanne à qui les robes longues vont si bien, le narrateur, et puis Andrei, oui, toute la bande, élargie à Luciano peu avant de passer l'action. Pas heureux ce choix qui vient de Marin.
   
   Tanguy Viel est déjà réputé pour son écriture. Une fois qu'on s'est calmé après avoir toussé, relu, renâclé ici devant une surabondance de qui et de que, là devant une syntaxe un peu tordue – on est quand même aux éditions de Minuit – on prend enfin plaisir à cette plume précise, sensible aux tropismes du cerveau du narrateur, lui qui n'est pas le cerveau du hold-up, c'est Marin, mais qui s'adresse à Marin tout en contant leur aventure de son seul point de vue.
   
   Extrait
   
   "Si vous y parvenez, a repris l'oncle, si vous y parvenez, ce sera l'absolue perfection du crime. Et il avait détaché chaque mot, comme ceci: l'absolue... perfection...du...crime.
   On n'a pas dit un mot. Andrei et moi, muets devant l'exposé, faisant mine d'enregistrer chaque information (quand quelques syllabes seulement épongeaient nos cerveaux : ca-si-no, net-toy-age, sur-vie, fa-mille), nos bras croisés qui supportaient nos vestes, et ne toussant que pour évacuer la gêne ou quelque chose y ressemblant, la peur, quelque chose qui nous séparait maintenant, un grain dans la tête, ai-je pensé pour lui, pour Marin, lui qui avait ruminé l'affaire tout seul, pas dit un mot jamais devant nous, avait dû persuader l'oncle, lentement, doucement, s'asseoir à ses côtés, lui prendre la main, et lui promettre, lui garantir qu'on lui survivrait, que la famille lui survivrait, et nous disant plus tard encore: on fera durer son nom plus longtemps que nos vies. Alors, tu as réussi, Marin, je te jure que tu as réussi."

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critique par Mapero




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Très concluant!
Note :

    «Marin, Andrei, Pierre, c'étaient tous des caïds.
   Et dans ce monde de traîtres, leur disait l'oncle, pour que "la famille" survive, il faut frapper toujours plus fort. Alors quand Marin est sorti de prison, lui, le neveu préféré, il a dit: le hold-up du casino, ça nous remettrait à flot.»

   Voilà pour la quatrième de couverture qui met en appétit, d'abord pour l'histoire et ensuite pour le style de l'auteur.
   
   J'ai beaucoup entendu parler de Tanguy Viel pour son dernier roman "Paris-Brest", mais celui-ci n'étant pas disponible à la bibliothèque, j'ai emprunté "L'absolue perfection du crime", histoire de me faire une idée de cet écrivain. L'histoire est assez banale, des caïds, un peu paumés, "border line", montent un coup dont on sent bien qu'il ne réussira pas.
   
   Ce qui est fort dans ce livre, c'est le style de l'auteur, mi-parlé-mi-écrit. Des phrases tantôt longues, tantôt très longues traitant de plusieurs thèmes, qui auraient pu être découpées en plusieurs phrases -parfois, au début du livre, on peut s'y perdre-, mais qui donnent un rythme et qui collent parfaitement aux personnages. Elles décrivent tellement bien ces caïds que, malgré ma petite difficulté du départ pour entrer dans le roman -très courte et très surmontable-, j'en suis arrivé à la conclusion, qu'il ne pouvait pas être écrit différemment.
   
   Résultat de mon test de lecture de Tanguy Viel? Eh bien, très concluant; un écrivain doué dont je vais m'empresser de lire la production.
   ↓

critique par Yv




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Perfection visée mais non atteinte
Note :

   Au centre de l'intrigue, le braquage d'un casino. Le roman, en trois parties, décrit les différentes étapes suivies par le groupe de braqueurs : la préparation, le casse, la vengeance. Car ce qui sur le papier devait être simple ne se déroule pas comme prévu. Sur un sujet éculé, Tanguy Viel signe un roman très prenant, construit comme une vraie tragédie.
   
   Le braquage est tout d'abord une affaire familiale. Pas celle des liens du sang, mais celle des voyous. Autour de l'oncle, mourant et qui encadre là sa dernière opération, Marin, Andrei, Jeanne et le narrateur, tout juste sorti de prison, l'équipe réfléchit au braquage du casino et au meilleur moyen de s'en sortir sans se faire pincer. Si certains sont réticents devant l'ampleur du projet, la personnalité charismatique de l'oncle, parrain de ce petit groupe, permet de fédérer l'équipe, à laquelle se joint Lucho.
   
   Le casse est assez classique, avec un couple qui monte une arnaque. Le moyen de faire sortir le magot est plus étonnant : avec un hélicoptère télécommandé, le but est de l'amener à bord d'un bateau qui attend au milieu de la rade de Brest. Car Tanguy Viel implante son récit en Bretagne, la région où il a grandi. La rade de Brest est presque un personnage à part entière, et le phare de Saint-Mathieu et l'abbaye à son pied sont le cadre du final du roman, celui de la vengeance, avec une palpitante course-poursuite automobile.
   
   La force du roman de Tanguy Viel est sa construction. Comme une tragédie, la première partie est une exposition des différents protagonistes et de l'enjeu de l'intrigue, qui met certes un peu de temps démarrer. La seconde partie est le nœud, là où va se jouer le braquage et où la situation bascule, de façon inattendue. La troisième partie est l'occasion du règlement de compte, qui verra la mort d'un protagoniste dans une scène digne d'un grand thriller.
   
   L'absolue perfection du crime, évoquée dans le titre du roman, est l'objectif de ces braqueurs qui se pensent malins mais qui vont lamentablement chuter. Heureusement, l'écriture de Tanguy Viel est bien plus robuste que le plan monté par ses héros et donne au livre son attrait.

critique par Yohan




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