Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Buvez du cacao Van Houten! de Ornela Vorpsi

Ornela Vorpsi
  Buvez du cacao Van Houten!
  Le pays où l'on ne meurt jamais
  Tessons roses
  Vert venin

* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Buvez du cacao Van Houten! - Ornela Vorpsi

Récits de l'étrangeté
Note :

   Treize récits d'une jeune auteur albanaise qui a vécu plusieurs années à Milan, avant de se fixer à Paris, et qui écrit en Italien. Treize récits qui ont pour thème le sentiment de l'étrangeté. Du sentiment éprouvé par Ija, dans la nouvelle qui donne son titre à ce recueil, vieille, si vieille, qui a vu mourir tant des siens - récemment encore un voisin, Artan, à peine âgé de 24 ans - et qui survit dans un monde où elle ne se sent plus à sa place. A celui éprouvé par Teuta dans "Mauro de Via dei Gracchi" ou par la narratrice de "Le prix du thé", Albanaises fraîchement débarquées en Italie, et chacune à sa façon, dépaysées par les mille et un petits détails de la vie quotidienne qui diffèrent de ce à quoi elles étaient habituées dans leur pays d'origine. Par petites touches concrètes, Ornela Vorpsi évoque les multiples facettes de ce sentiment d'étrangeté ou d'exil, qu'il soit provoqué par une rencontre avec la folie, par une confrontation avec la mort, celle brutale d'un être en pleine jeunesse ou celle qui refuse de prendre un être usé et las qui n'aspire plus qu'au repos, ou encore par un exil géographique et culturel...
   
   L'écriture d'Ornela Vorpsi est très "carrée", un peu brusque. Dans un premier temps, elle m'a paru un peu maladroite avant de me désarmer par sa spontanéité, sa sincérité, et par l'énergie qu'elle dégage. Ornela Vorpsi m'a convaincue aussi par sa justesse et sa finesse d'observation, qui lui permettent d'éviter toute sensation de redite avec ces treize nouvelles qui traitent pourtant de sujets très proches. Voici un auteur qui m'a séduit, et que je retrouverais avec grand plaisir.
   
   Extrait (p. 111):
   "Je venais de mettre les pieds en pays capitaliste, je n'avais jamais entendu parler de Louis Vuitton, je n'avais jamais vu un sac Louis Vuitton. Mon oeil était vierge, ni contaminé par la publicité ni compromis par tout ce luxe que la maison Vuitton semblait dispenser depuis des décennies.
   Donc, pour moi, le petit sac n'était pas un Louis Vuitton comme pour Simone, c'était un petit sac quelconque. Aujourd'hui encore, quand j'en vois un, je me demande: "Mais comment peut-on perdre la tête pour ce petit sac plutôt laid? Où est cette beauté que je n'arrive pas à percevoir?"

   ↓

critique par Fée Carabine




* * *



Cacao ci, cacao là
Note :

   Au départ était un titre intriguant, une belle couverture et un éditeur de confiance. Puis cette histoire de condamné à mort vendant son dernier souhait à la compagnie Van Houten. A l'arrivée est cet ovni, entre roman et recueil de nouvelles que nous offre Ornela Vorpsi.
   
   J'ai été assez déstabilisée: Ornela Vorpsi commence par raconter ce qui ressemble fortement à son adolescence. C'est à travers sa relation avec une arrière grand-mère mourante qu'elle fait découvrir à son lecteur l'Albanie communiste des années 60, la dureté, voire la cruauté des relations familiales et de voisinage. Car dès le départ, ce n'est guère par amour ou par abnégation que les gens vont les uns vers les autres: si la petite-fille raconte des histoires à son aïeule, ce n'est pas pour la rassurer ou par amour, c'est par égoïsme, par envie de croire et de faire croire à ses histoires.
   
   Et cela va continuer. Chaque chapitre présente un personnage différent, homme, femme, adolescents. Chaque chapitre est le récit d'un échec, d'une souffrance, d'une vilénie. Ornela Vorpsi veut montrer avec chacune de ces histoires que l'homme est prêt à se vendre en toutes circonstances et pour quelque raison que ce soit. Se vendre pour gagner sa vie, se vendre pour être aimé, se vendre pour que cesse la solitude, se vendre pour immigrer. L'immigration, le déracinement est aussi un des thèmes majeurs de cette oeuvre. La plupart de ses personnages sont des migrants qui ont tout abandonné derrière eux et qui tentent de survivre dans un ailleurs dont la réalité est bien loin des rêves d'avant. On ne découvre d'ailleurs que des anecdotes, des petits moments qui disent l'absurdité de la vie.
   
   J'avoue n'avoir guère accroché. Pas par rejet de l'écriture de l'auteur, mais à cause de cette vision presque uniformément noire et glaçante de la nature humaine. C'est vraiment une peinture désespérée, voire amère de relations humaines vides de sens. C'est dur, sans doute salutaire pour certains, mais cette sensation de s'enfoncer toujours plus dans la médiocrité, la méchanceté, la folie et la vanité m'a un peu agacée. Peu, voire pas d'humour. J'ai regardé par ma fenêtre, j'ai regardé les gens, et je me suis dit que le monde pouvait être beau. Et que je préférais les oeuvres qui le disent aussi.

critique par Chiffonnette




* * *