Lecture / Ecriture
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Le dernier des Camondo de Pierre Assouline

Pierre Assouline
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Pierre Assouline, né le 17 avril 1953 à Casablanca (Protectorat français du Maroc), est un journaliste, chroniqueur de radio, romancier et biographe français, ancien responsable du magazine Lire et membre du comité de rédaction de la revue L'Histoire.
(Wikipedia)

Le dernier des Camondo - Pierre Assouline

La fin d'une époque
Note :

    En un mot comme en cent, ce livre est fabuleux. (définition de fabuleux: Qui semble imaginaire, qui offre un caractère extraordinaire, invraisemblable, tout en étant réel.")
   
   Bon certes, Pierre Assouline n'a pas choisi de raconter la lignée des Bidochon et le destin extraordinaire des Camondo y est forcément pour beaucoup.
   
   Mais il faut rendre à Pierre ce qui lui appartient: un vrai talent de conteur.
   
   En cette fin du 19 ème siècle, les Camondo sont de toutes les mondanités et nous aussi.
   Nous voici invités dans de somptueux hôtels particuliers (ceux des frères Péreire, ceux des Rothschild) mais nous prendrons nos quartiers dans celui de Moïse de Camondo situé au 63 de la rue de Monceau à Paris. Nous saluons d'illustres personnages: des comtes, des ducs, des princes, des écrivains, des hommes politiques.
   
   Nous nous glissons dans les pas d'un certain Théodore Herzl afin d'assister à ses entretiens pour la création d'un "Etat des juifs". Nous voici à la grande synagogue de la rue de la Victoire célébrant l'union de Moïse de Camondo et Irène Cahen d'Anvers.
   
   Nous nous penchons sur le berceau de leur fils Nissim puis de sa soeur Béatrice. Nous fermons les yeux sur les frasques d'Irène, volage et infidèle. Irène, qui pour un bel italien désargenté plaque tout, perd tout et se refait une vie... à Neuilly.
   
   Nous soutenons alors la tête de Moïse, lourde de chagrin. Mais déjà nous voici emportés dans la première guerre mondiale attendant haletants des nouvelles de Nissim, aux cotés d'un Moïse pétri de douleur. Puis nous glissons doucement sur cette pente faite d'oubli, on ferme les yeux et tout s'efface, disparaît, avalé par une vague marquée de rouge, de blanc et de noir. Nous sommes en 1936.
   
   D'une écriture souple et fluide, simple et riche, Pierre Assouline réussit à dérouler sous nos yeux plus qu'un livre: un spectacle auquel on appartient tant que l'on tourne les pages.
   Il suffit de quelques lignes pour sentir se froisser notre robe contre celles des plus grandes dames d'une société française disparue, pour toucher des cannes à pommeau sculptées en or massif, pour perdre un gant de soie rebrodée.
   
   Ne négligez pas ce ticket d'entrée dans un monde élitiste et éteint que vous tend Pierre Assouline. Il n'y pas d'autres moyens d'y accéder...
    ↓

critique par Cogito Rebello




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63, rue de Monceau
Note :

   C'est un livre d'historien, pas un roman, mais Pierre Assouline est un parfait biographe (Simenon, Hergé) et j'ai trouvé passionnante et souvent émouvante la vie du Dernier des Camondo. La saga des Camondo, de l'Inquisition espagnole au génocide nazi en passant par le ghetto de Venise et les palais de Constantinople, n'est pas seulement un récit historique retraçant l'épopée de ces grands seigneurs séfarades. Sans refaire toute l'histoire de ces Juifs du Sud l'auteur nous en livre l'essentiel pour situer la fin de la famille à travers la figure du comte Moïse de Camondo (1860-1935). C'est aussi une méditation sur la solitude d'un homme qui consacra sa vie et sa fortune à reconstituer au cœur de la plaine Monceau une demeure du XVIIIe, siècle préféré de cet esthète collectionneur aristocrate, commensal des Rothschild ou des Pereire, à qui nous devons le musée Nissim de Camondo, espace qu'Assouline souligne comme l'un des lieux les plus raffinés de Paris.
   
   Instantané d'une grande maison, "Le dernier des Camondo" est aussi le portrait d'une société contradictoire, l'aristocratie juive parisienne, flattée et vilipendée, habituée des chasses à courre comme des conseils d'administration, parfois suspectée d'être apatride au moins de coeur. Affaire Dreyfus, Grande Guerre où cet "apatride" perdit en 1917 son fils Nissim, pilote, affaire Stavisky, rafles (qu'il n'aura pas connues) de sa fille Béatrice et de ses petits-enfants morts en déportation, voilà tout un pan de la vie de Moïse de Camondo. Cet homme finira seul de sa dynastie, inconsolé parmi ses chefs d’œuvre, le livre nous laissant sur un sentiment et de tristesse et de gâchis. Le tout demeurant à mon sens absolument fascinant.
   
   Au musée qui porte le nom de son fils descendu dans la Meuse, tous les meubles, tapisseries, tableaux, tapis, porcelaines et pièces d'orfèvrerie datent du 18e siècle français et ont été collectionnés avec passion par Moïse de Camondo. Ce dernier avait à sa mort tout légué aux Arts Décoratifs à la condition impérative que les collections soient présentées dans leur agencement originel, telles que pouvait les voir et les vivre le comte.

critique par Eeguab




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