Lecture / Ecriture
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Paris au XXe siècle de Jules Verne

Jules Verne
  Paris au XXe siècle
  De la terre à la lune
  Michel Strogoff
  Le tour du monde en 80 jours
  Le Château des Carpathes
  Autour de la lune
  Sens dessus dessous
  Voyage au centre de la terre
  Dès 09 ans: Une fantaisie du docteur Ox
  Vingt mille lieues sous les mers
  V comme: Les enfants du Capitaine Grant
  Ados: Michel Strogoff
  Ados: En Magellanie
  Un prêtre en 1839

Jules Verne est un écrivain français né en 1828 à Nantes et décédé en 1905.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Paris au XXe siècle - Jules Verne

Les cent ans de Jules
Note :

   Pour qui, comme moi, aime Verne, ce roman là est quelque chose de très particulier. Il faut savoir que Pierre-Jules Hetzel, son éditeur en titre, le refusa. Je pense qu'on peut dire qu'il eut bien raison. A ce propos, la quatrième de couverture, transforme la lettre de refus en argument de vente en citant un court extrait qui dit «Mon cher Verne, fussiez-vous prophète, on ne croira pas aujourd'hui en votre prophétie». On comprend que ne soit pas cité d'extrait plus long, puisque cette lettre de refus disait également «Je m'étonne que vous ayez fait d'entrain et comme poussé par un dieu une chose si pénible et si peu vivante»
   
   Et c'est ainsi que, terminé en 1863, parmi ses premiers romans, pour décrire 1960, il ne sera publié qu'en 1994 par son arrière-petit-fils. On joue avec le temps et après avoir voulu le devancer on se retrouve dépassé.
   
   Pour en revenir donc à l'objet de ce livre, ainsi que le titre l'annonce clairement, il s'agissait pour J. Verne, de tenter de deviner et de décrire le Paris de 1960, soit un siècle plus tard. On y trouve les prédictions les plus justes (automobiles individuelles, tours d'habitation, multiplication des lignes du réseau ferré etc .), mais tout autant des erreurs car Paris n'est pas devenu un port de mer, comme il nous le présente ici, les ?uvres d'imagination n'ont pas fait mine de disparaître et les navires ne se sont jamais mis à couler pour cause de blindage de la coque les rendant « trop lourds pour flotter ». Si Verne croit à l'électricité, il n'a pas prévu que surgiraient de toutes nouvelles technicités comme le téléphone, pour ne rien dire de l'électronique ou de l'informatique. S'il voit les trains rouler beaucoup plus nombreux et plus rapides, il imagine toujours le conducteur dans sa locomotive ouverte à tous les vents.
   
   C'est pour tous ces détails que ce livre est malgré tout intéressant ; et quand je dis «malgré tout», il faut bien avouer que c'est malgré un scénario anémique, un récit sans surprise ni rebondissement et tout autant dénué d'aventure, une histoire sentimentale niaise, qui de plus tourne court, et une fin en queue de poisson. Excusez du peu.
   
   D'autre part, de façon un peu déconcertante, mais bien naturelle si l'on prend le temps d'y réfléchir, ce que Jules Verne n'a pas su faire évoluer, c'est la mentalité des gens. Et se retrouver en 1960 avec des messieurs qui ont l'esprit de ces gentlemen du19ème, ça fait drôle. Le sexisme, comme une évidence, le chauvinisme cocardier et les morceaux de bravoure militaire? On se souvient d'un coup qu'on est encore avant la Commune.
   
   Mais donc, malgré tout cela, et bien que j'aie vu dès les premières pages que ce livre serait ainsi, je l'ai lu jusqu'au bout car il m'a semblé très intéressant de savoir comment, en 1860-63, un certain Jules Verne, d'esprit plutôt visionnaire, imaginait Paris 100 ans plus tard. Je me suis demandé ce que j'imaginerais moi, si je devais tenter de décrire le Paris du siècle prochain et j'en ai été bien incapable. J'avais très envie, même si le reste de l'histoire était bien faible, de savoir ce que Jules avait, lui, répondu à cette question. De ce point de vue, c'est un roman, vite lu et qui mérite sans doute de l'être ; en tout cas, c'est ce que j'ai pensé.
   
   
   A noter : Comme il a écrit ce roman avant la mort, jeune, de Napoléon IV (1879), Verne croit que le monarque fera une brillante carrière et laissera sa marque dans Paris, en particulier avec des boulevards à son nom.
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critique par Sibylline




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Le futur a déjà 50 ans
Note :

   Oui, je l’avoue à ma plus profonde honte, c’est le premier roman de Jules Verne que je découvre. J’ai au moins l’excuse de ne pas me vautrer dans l’une de ses prémonition les plus connues. "Paris au 20ème siècle" fut imaginé (et rédigé) en 1860 mais ne fut publié qu’en 1994, soit plus de 30 ans après la date à laquelle se situe l’action du roman.
   
   Verne projette donc les balbutiements d’une science en pleine gloire et peint un Paris qui tient toutes ses promesses. Il imagine un métropolitain aérien, propulsé par la force pneumatique, des institutions étatisées, bref toute la panoplie de gadgets obligés dans tout roman d’anticipation. Mais on est loin d’un futur tout beau, tout rose, où la technologie délivre l’homme. Bien au contraire. Du coup, ce roman apparait comme bien noir. On pense au "1984" d’Orwell si ce n’est qu’ici pas de Big Brother mais une société marchande et industrielle qui broie davantage l’homme que ne peuvent le faire les avancées technologiques. En un sens, Verne met le doigt sur ce monde globalisé où l’argent est roi dans lequel nous vivons. Chapeau!
   
   Cette omniprésence de la finance relègue les arts (littérature, peinture, musique) aux oubliettes ou, pire encore, les remplace par de fades succédanés. Bien entendu, prédire ce que sera le futur est une entreprise osée et Verne ne tombe pas toujours juste, il reste parfois englué dans des perceptions du milieu du XIXème siècle, notamment en ce qui concerne les rapports humains. Comme s’il était plus facile de se projeter dans la technologie que dans les sentiments.
   
   Michel Dufrénoy, orphelin recueilli par un oncle banquier de son état, va faire le douloureux apprentissage d’une société dans laquelle il n’a pas sa place, poète rêveur dans un monde pragmatique. Il ira de déconvenue en déconvenue dans des emplois qui ne lui conviennent pas. On assiste à sa déchéance, triste descente des barreaux de l’échelle sociale.
   
   Au passage, Verne égratigne quelques-uns des auteurs, peintres et musiciens de son époque, tout en flattant son éditeur (qui refusera tout de même le manuscrit). La scène où Michel recherche les œuvres de Victor Hugo dans une librairie moderne vaut son pesant d’or et on songe un instant au "Fahrenheit 451" de Bradbury.
   
   Dans ce monde hostile, Michel rencontrera un collègue, musicien désabusé autant sur son art que sur les femmes "qui n’existent plus" affirme-t-il, un vieil oncle féru de littérature et l’un de ses professeurs de lettres dont les élèves se réduisent jusqu’à n’être plus qu’un seul. Cette bouffée d’oxygène, accompagnée de l’éventualité d’un amour (la petite fille du professeur), ne pourra rien contre la toute puissance d’une société qui broie ceux qui ne rentrent pas dans le moule, qui n’ont pas le "profil" qui convient. L’ultime chapitre renvoie au roman très sombre de Hamsun "la faim". Michel erre dans un Paris glacial, dépense son dernier sou dans l’achat d’un bouquet pour sa Lucy, parcourt les allées d’un cimetière…
   
   Ce court roman en appelle un autre, plus étoffé, signé d’ Edward Bellamy, contemporain de Verne "Cent ans après" (looking backward) dont je vous causerai d’ici peu.

critique par Walter Hartright




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