Lecture / Ecriture
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L'Ile aux musées de Cécile Wajsbrot

Cécile Wajsbrot
  Fugue
  L'Ile aux musées

* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

L'Ile aux musées - Cécile Wajsbrot

Variations sur le couple et sur l'art
Note :

   Sorti à la rentrée 2008, ce livre avait sauté dans les bras de la modeste voyageuse que je suis et qui avait passé le plus mémorable de ses vacances d’été sur… L’île aux Musées de Berlin. C’est dans l’idée de voir des personnages évoluer dans ces lieux que je connaissais maintenant que j’ai entamé ce roman, en regrettant fort de ne pas l’avoir lu avant ou pendant mon séjour. Mais comme je l’ai dit, c’était impossible, il n’était pas encore publié. Tant pis, je me suis résolue à le lire sans arpenter les lieux autrement que par la mémoire.
   
   Ce roman a une structure complètement artificielle. Ce n’est d’ailleurs pas un reproche que je lui fais, l’art n’imite pas forcément le naturel; mais c’est une chose qu’il faut accepter d’emblée. Ne pas objecter qu’il est plus qu’improbable que tels ou tels personnages se rencontrent, accepter de voir en eux des figures… de style.
    L’action se situe en deux lieux: dans l’île aux musées et l’ensemble Tuileries - Louvre. Le récit nous en est fait d’abord par des statues sises en ces lieux. Cécile Wajsbrot se plaît à opposer l’intemporalité, la pérennité qui n’est pas vraiment sérénité mais au moins presque sagesse, des statues à la mobilité, l’insécurité, la fragilité humaine. Le parallèle s’établit entre la frêle durée humaine et la durée des œuvres.
   
    Au Bode-museum, se trouve un homme qui a fui pour Berlin un Paris où il ne supportait plus de rester collé à son téléphone dans l’attente du verdict de celle qu’il aime et qui ne sait encore si elle va accepter de ses laisser emporter par le flot de cet amour. Il va rencontrer une femme qui a elle aussi fui Paris, pour s’éloigner de son amour, un peintre actuellement si tourmenté par les affres de sa création qu’il la côtoie sans plus la voir. Tous deux vont se revoir, parler, faire pour l’autre-pour eux, le point sur leur situation.
   
   Peu à peu, indiqué par un tiret en tête de ligne, les récits des personnages se tressent à celui des statues. Plus vite vous saisirez la construction, mieux vous profiterez de l’œuvre.
   
   Au Louvre, le peintre perdu dans les doutes et les hésitations de ce tournant que son œuvre est en train de prendre, va regarder le travail des maîtres. Il rencontre une femme qui ne sait si elle doit couper court à la relation fusionnelle que son amant a besoin d’établir avec elle ou si elle va l’accepter. Elle doit y réfléchir et décider. Quand elle saura, elle lui téléphonera. Tous deux vont se lier et se livrer plus ou moins complètement.
   
   Ce roman est bâti sur trois pôles: l’histoire de l’art, la rencontre la compréhension d’œuvres d’art et l’étude de sentiments amoureux. Les deux premiers m’ont énormément intéressée, le troisième non. Mais cela ne veut pas dire qu’il soit sans intérêt ou mal traité, cela signifie seulement que ce thème ne me branche guère, ni ici, ni dans d’autres livres. Il en intéressera d’autres car il est finement observé.
   Tout ce qui, par contre, a trait à l’art était cependant suffisamment bien documenté, pensé et mené pour soutenir mon intérêt d’un bout à l’autre du livre. Je ne dirais pas que ce soit une grande réussite de l’art romanesque, mais je soutiens que c’est un livre intéressant et qui mérite une lecture si l’on s’intéresse à ce monde de l’art et des musées. Le rythme ici n’est pas vif, il adopte le pas du visiteur de musées. Je suis satisfaite du temps que je lui ai consacré. Je le relirai dans quelques années, et c’est ce livre à la main que j’observerai à nouveau la grande fresque de l’autel du Pergamon ou que j’arpenterai les allées lors d’une prochaine visite à l’île aux Musées.

critique par Sibylline




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