Lecture / Ecriture
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Les nuits blanches de Fedor Michaïlovich Dostoievski

Fedor Michaïlovich Dostoievski
  Un cœur faible
  Monsieur Prokhartchine
  Crime et Châtiment
  Le joueur
  Les nuits blanches
  Le petit héros
  Le rêve d'un homme ridicule
  Le Double
  L'idiot
  Les Pauvres Gens
  Le sous-sol ou Les Carnets du sous-sol
  Souvenirs de la maison des morts
  Le Moujik Mareï - Le Garçon à la menotte
  Le Crocodile

Fiodor Mikhaïlovitch Dostoïevski (Фёдор Михайлович Достоевский) est un écrivain russe, né à Moscou en 1821 et mort à Saint-Pétersbourg en 1881.


Ils ont écrit sur lui:

Joseph Frank
George Steiner

Les nuits blanches - Fedor Michaïlovich Dostoievski

Poussée de fièvre printanière
Note :

   Le printemps s'installe à Petersbourg, et tous les Petersbourgeois qui le peuvent délaissent la ville pour les datchas des environs, laissant leurs concitoyens moins bien lotis à la solitude de la cité désertée.
   
   C'est justement l'un de ces modestes fonctionnaires, irrémédiablement coincés en ville, que nous allons accompagner ici, tout au long de quatre belles nuits printanières. Un jeune homme solitaire à l'extrême, un rêveur qui ne trouve pas sa place dans la société des hommes, et qui par une claire nuit de printemps petersbourgeois, vole au secours d'une jeune fille poursuivie par un importun. La suite est prévisible: ils se parlent, elle l'émeut, il en tombe raide amoureux alors qu'elle en aime un autre... Et le conte de fée se révèle finalement cruel, très cruel. Tandis que la question faussement naïve que l'auteur avait posée d'entrée - "Est-il possible que, sous un ciel pareil, vivent toutes sortes de gens méchants et capricieux?" (p. 9) - débouche sur une vision du monde et des hommes qui n'a plus rien de naïf mais se révèle bien plutôt sombre et amère, et que la lecture de Michel del Castillo, proposée à la suite du texte de Dostoïevski, met admirablement en lumière.
   
   Que dire de plus? Sinon que ce texte d'un jeune Dostoïevski, d'avant la condamnation à mort et le bagne, annonce déjà les ombres et les failles qu'exploreront ses grands romans. Que c'est un texte magnifique dans sa joie fébrile et son amertume. Et qu'il faut vraiment le lire!
   
   Extrait:
   
   "Il est on ne sait quoi d'indiciblement touchant dans notre nature de Petersbourg quand, au début du printemps, elle affirme soudain sa puissance, toutes ces forces que lui donne le ciel, se couvre de duvet, se pare, se bariole de fleurs... C'est comme sans le vouloir qu'elle me rappelle la jeune fille, maladive et fanée, que vous observez parfois avec regret, parfois avec une sorte d'amour compassionnel, ou que, parfois, vous ne remarquez même pas et qui, soudain, en un instant, comme sans faire exprès, se montre belle, mais indiciblement, merveilleusement belle, et vous, sidéré, ébloui, vous vous demandez sans le vouloir: Quelle force fait briller d'un tel feu ces yeux méditatifs et tristes? d'où vient le sang qui irrigue ces joues pâles et creusées? qu'est-ce qui inonde de passion les tendres traits de ce visage? pourquoi cette poitrine se soulève-t-elle ainsi? qu'est-ce donc qui a soudain suscité cette force, cette vie, cette beauté dans le visage de cette jeune fille, qu'est-ce qui l'a fait briller de ce sourire, se vivifier d'un rire aussi éblouissant, étincelant?..." (p. 14)

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critique par Fée Carabine




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Two lovers
Note :

   "Les nuits blanches" est un court roman à l’intrigue assez simple: un jeune homme, romantique et qui se définit comme un rêveur, rencontre par hasard dans les rues de Saint-Petersbourg une jeune femme seule. Ils passent la nuit à discuter et se reverront, lors d’autres nuits blanches. Mais alors que le jeune homme est amoureux depuis la première minute, la jeune femme tombe doucement amoureuse de cet inconnu car son amant, qu’elle attend, ne vient pas. Jusqu’à son retour, où elle tombe dans ses bras.
   
   Ce petit opus de Dostoïevski est un roman d’amour, pour la vie nocturne qui permet aux êtres de se dévoiler, mais aussi entre les deux personnages, qui se découvrent, échangent, se rapprochent pour finalement se séparer. Le jeune homme, qui dans une longue description se présente comme un rêveur, un être qui voit le réel d’une manière particulière, est celui qui attire le plus de pitié pour le lecteur. Seul, abandonné, presque malade, cette relation nocturne avec cette inconnue est pour lui un point d’accroche important. Elle, plus distante, attend désespérément celui qu’elle aime et qui ne vient pas. Elle se berce d’illusions, et entraîne avec elle son interlocuteur, pris dans des fantasmes qu’elle brisera sans aucun scrupule.
   
   "Les nuits blanches" sont donc l’occasion le lecteur de suivre ce couple provisoire, dont la relation ne survivra pas à l’irruption d’un tiers, qui n’a pas à beaucoup agir pour disloquer le duo. Petit roman de jeunesse de Dostoievski, il permet une entrée en douceur dans l’œuvre de l’auteur, avant de se plonger dans les sommes qui ont fait sa renommée.
    
   A noter que ce roman a servi de base à James Gray pour son dernier film, "Two lovers".
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critique par Yohan




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Pour les insomniaques... et les autres
Note :

   J’ai lu les Nuits Blanches alors que j’étais à Saint-Pétersbourg, dans les lieux mêmes où se déroule cette histoire. Inutile de préciser que ça a probablement beaucoup joué dans mon appréciation de cette histoire ainsi que la vitesse avec laquelle je suis entrée dedans.
   
   Cette longue nouvelle est une bonne introduction à l’univers de Dostoïevski, avec ses narrations particulières, ses longues réflexions et considérations sur la vie, la mort, l’amour. Nous n’avons pas le même type de monologue intérieur tourbillonnant que dans certains autres romans de l’auteur et même si ce n’est pas non plus pétillant de joie et de bonheur, nous sommes loin de la noirceur des autres écrits que j’ai lus de l’auteur.
   
   Le narrateur rêve sa vie sans trop y prendre part. Il erre la nuit dans Saint-Pétersbourg, marchant la ville, se complaisant dans sa solitude et sa contemplation de la vacuité de la vie. Lors de la première des nuits blanches, il croise une femme, qu’il n’ose aborder que pour la sauver d’un ivrogne. Cette rencontre l’éveillera à ses premiers réels sentiments et il aura rapidement l’impression de n’avoir vécu que lors des nuits qu’il passe avec Nastenka, la jeune femme. Mais celle-ci recherche un confident, pas un amoureux. En effet, elle est amoureuse et elle attend le retour de son homme d’un jour à l’autre.
   
   Durant ces quatre nuits blanches, ils vont se raconter leur histoire et apprendre à se connaître, jusqu’à dernière nuit, jusqu’à la perte de la naïveté du narrateur, qui s’était laissé aller à rêver. Une très belle nouvelle, avec une narration déjà maîtrisée, bien que particulière. Moins abouti que "Crimes et châtiments" ou les fameux frères (tiens… il faudrait que je les relise, d’ailleurs) mais le texte atteint son but. Mais je suis fan du style de l’auteur, c’était prévisible, non?
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critique par Karine




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Romantisme un peu mièvre
Note :

   Le narrateur, un homme des plus solitaires et des plus méfiants vis-à-vis des autres rencontre une jeune fille, Nastenka qu’il n’ose aborder mais que l’opportunité d’une agression lui fait rencontrer.
   
   Elle vit chez sa grand-mère aveugle et est fiancé à un inconnu qui n’a pas reparu. Le narrateur s’enflamme pour la belle inconnue, croyant mettre un terme à sa vie de reclus sans horizon. Ils se rencontrent donc la nuit et se racontent leurs vies respectives et conjuguent leurs solitudes. L’idylle durera quelques nuits et la fin est assez attendue.
   
   C’est, comme le prévient l’auteur au début de ce court roman (106 pages chez Folio), une histoire sentimentale mais à la façon de Dostoïevski. On sait que ce récit fait partie des premières œuvres de l’auteur. On nage dans un romantisme exacerbé et ses "souvenirs d’un rêveur" lui suffisent dit-il à la fin avec cette "minute de félicité" pour sa vie d’homme.
   
   L’histoire en soi est assez mièvre mais l’intérêt réside ici dans la manière qu’à l’auteur de camper son personnage de misanthrope solitaire qui traverse son œuvre depuis ce moment en passant par le "sous-sol" jusqu’au Raskolnikov de "Crime et Châtiment."

critique par Mouton Noir




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