Lecture / Ecriture
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Le maître du thé de Yasushi Inoué

Yasushi Inoué
  Le fusil de chasse
  Le sabre des Takeda
  Le maître du thé
  Le château de Yodo
  Shirobamba
  Rêves de Russie
  La chasse dans les collines
  Le faussaire

Yasushi Inoue (井上靖) est un écrivain japonais né en 1907 et décédé en 1991.

Le maître du thé - Yasushi Inoué

Grand classique!
Note :

    En 1591, Rikyu maître la cérémonie du thé attaché au gouverneur du pays reçoit l'ordre de se suicider. Son disciple Honkakubo passera le reste de ses jours à se demander ce qui a poussé son maître à obéir sans même demander sa grâce.
   
   Ce qui est certain à la lecture de ce roman deYashushi Inoué, c'est qu'il n'est pas facile d'accès. Sans doute pas le mieux pour s'initier à la littérature japonaise à moins de s'intéresser de très près au thé! L'écriture comme chez beaucoup d'auteurs japonais est sobre, concise. Elle va droit au coeur de ce qui doit être dit sans guère de fioritures, au point parfois de sembler plate et à la limite de l'ennuyeux. C'est du moins ce que j'ai ressenti au départ. D'autant plus que toute intéressée que je sois par la culture et l'histoire japonaise et malgré mes rudiments de connaissances en la matière, je me suis parfois retrouvée un brin perdue dans les histoires d'alliance, de guerre, de gloire et de chutes, d'intrigues!
   
   Et pourtant, pourtant, le charme opère. Comme souvent. Petit à petit, j'ai été conquise par ce moine vieillissant encore et toujours fidèle et loyal à son maître et à la voie du thé simple. Cet homme qui s'interroge sur la mort de celui qui l'a guidé. Qui lui parle encore jour après jour. Et qui finit par trouver la réponse à sa question. Le tout servi par un style qui révèle sa finesse. J'ai été gagnée par la sérénité et le calme au fil de ma lecture. Savourant comme les hommes de thé la beauté d'une plante, d'un paysage, d'en simple objet aux lignes harmonieuses.
   
   Et puis on fait connaissance par petites touches avec le Japon médiéval et le monde du thé. Une plante, une feuille au départ, mais finalement un mode de vie, presque une religion, profondément exigeant. Le lien fait entre la cérémonie du thé, la guerre, le zen et la politique est passionnant. En cherchant à connaître les raisons du comportement de Rikyu, et celles de celui qui l'a condamné, Honkakubo va aller loin au coeur de cette discipline, à la fois discipline de vie et de mort. Et loin dans l'analyse des relations sociales et politiques de ce temps. Qui deviennent finalement aussi, voire plus importantes que le destin individuel de maître Rikyu.
   
   On atteint au final, un beau portrait d'hommes, un beau portrait de la voie du thé et un beau portrait du Japon. Malgré un rythme lent parfois difficile pour l'impatiente qu'il m'arrive d'être!
   
   "Ils découvrirent ce qui est le plus important pour l'homme de thé: préparer sereinement le thé, laisser faire le destin et ne pas tenter d'y échapper".

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critique par Chiffonnette




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Archaïsmes nippons
Note :

   Au seizième siècle, la cérémonie du thé s'est hyper ritualisée et s'est même peu à peu transformée en philosophie ésotérique suffisamment puissante pour que les seigneurs de guerre puissent en prendre ombrage. C'est ce qui s'est passé dans le récit que Yasushi Inoué nous fait ici.
   
   Selon un procédé classique, il a pris comme narrateur un moine solitaire nommé Honkakubo ayant laissé un journal que nous parcourons. Ce Honkakubo que nous ne quitterons jamais, a existé mais n'a laissé aucun écrit, c'est donc un journal imaginaire que nous lisons, mais les personnages qu'il évoquent ont eux tous, bien existé. Il y avait au tout premier plan Maître Rikyu (1522-1591) dont il fut le serviteur et qui «s'efforce d'appliquer ce style "simple et sain"» non seulement à la préparation du thé mais à toutes les composantes de la cérémonie, c'est à dire à la salle, au décor, aux ustensiles(...). Il tentera avec plus ou moins de bonheur de "relier la Voie du thé à celle des guerriers samouraï."
   Ce journal, commencé alors que Maître Rikyu est mort (il s'est fait hara-kiri sur ordre de son Taïko) couvre plus de trente années durant lesquelles son disciple continue, par la pensée de dialoguer avec lui et de chercher à comprendre son enseignement si sibyllin.
   
   Je pense que ce roman est à peu près incompréhensible pour tout Occidental qui ne serait pas très au fait de la pensée, de l'histoire et du mode de vie japonais du 16ème siècle. Et il se trouve très malheureusement que je ne le suis pas. En conséquence, si j'ai bien lu ce roman intégralement et même sans déplaisir, je le referme avec le sentiment de ne pas l'avoir saisi. Sans honte d'ailleurs, qu'est-ce qu'un Tokyote lambda actuel comprendrait à la lecture du "Tiers livre"? Néanmoins, le problème reste entier.
   
   Pour ce qui est de mon sentiment, j'ai été partiellement séduite mais pas vraiment transportée par ce récit. Car s'il est clair que ce désir d'atteindre une voie "simple et vraie" dans la cérémonie du thé implique que cette voie soit également recherchée dans tous les actes de la vie, rien, jamais n'est explicité ni même un peu suggéré... C'est ce qui rend cette histoire si insatisfaisante à mes yeux. Ainsi, quand le narrateur découvre et nous montre le précieux ouvrage d'un maître intitulé "Le sens caché du thé", n'y trouvons nous qu'une liste d’ustensiles, leur histoire, celle de leurs propriétaires... et pas de considération philosophique. N'espérez pas la lumière.
   "D'une manière générale, il n'y a, depuis l'origine de la cérémonie du thé, aucun écrit. Il faut simplement savoir reconnaître les ustensiles anciens chinois, rencontrer des hommes de thé qualifiés et pratiquer la cérémonie du thé avec eux, inventer son propre style, et pratiquer jour et nuit."
   …
   Même le Zen est plus explicite.
   
   On se doute par ailleurs, que ces rencontres si formelles autour d'un bol de thé, de personnages si puissants pouvaient, en cette époque si riche en conflits sanglants, cacher parfois d'importantes négociations souterraines... Mais rien ne transparaît! Même pas qu'elles aient eu lieu. Le lecteur peut se demander s'il ne se fait pas des idées.
   Mais l'ordre de suicide arrive, éclat échappé d'un invisible arrière-plan mortel. Alors, enjeux politiques et trahisons, ou pouvoir moral à rabaisser?
   
   En conclusion:
   "Il fit du Thé autre chose qu'un divertissement. Mais il n'en fit pas une salle de zen ; il en fit un lieu de suicide"

   car effectivement:
   "lorsque la mort s'est approchée, que j'ai dû l'affronter, il n'y a plus eu ni affectation ni gestes vides. La simplicité est devenue pour ainsi dire la substance de la mort."

   et on le constate, les Maîtres du Thé finissent mal en général.
   "Etre un homme de thé est bien embarrassant : ils se suicident tous dès qu'ils atteignent un certain niveau"
   La mort violente n'était cependant pas si rare à cette époque.
   
   Un livre bien complexe pour un pauvre occidental moderne.

critique par Sibylline




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