Lecture / Ecriture
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L'oeil de Caine de Patrick Bauwen

Patrick Bauwen
  L'oeil de Caine
  Monster

L'oeil de Caine - Patrick Bauwen

Thriller français à l’américaine
Note :

   Il semblerait que ce soit le premier roman de l’auteur. Auteur français, mais qui écrit un polar «à l’américaine», qu’il situe d’ailleurs en Amérique, à Los Angeles puis dans le Nevada, pour ne pas faire original. Tant qu’à faire, à ce compte là, autant ne pas se tromper dans les termes … techniques et ne pas appeler Dowtown ce qui se dit Downtown … (ça reviendra 2 ou 3 fois)
   
   Ce n’est pas en tout cas Patrick Bauwen qui nous fera passer l’impression d’être colonisé par une certaine idée de l’Amérique, celle de la côte Ouest ou de la côte Est.
   Autant vous prévenir, c’est le genre d’ouvrage qu’on a du mal à poser. Le genre «10 petits nègres» si vous voyez ce que je veux dire!
   
   Mais autant vous prévenir aussi, ce n’est pas de la haute littérature! C’est écrit au ras des mots, à l’économie de style et à l’image vite venue. Très premier degré, très style direct!
   
   On n’est pas non plus chez Mankell ou Hillerman ou Burke, la psychologie n’est pas tenue pour très importante. Action, action et action.
   
   Par contre, pour la façon de mener le suspense, de harponner le lecteur pour ne plus le lâcher, c’est fort. Moi, ça m’a fait fermer la lumière à 3h30 du matin, j’avais eu le malheur de l’entamer en début de journée!
   
   L’idée de départ est bonne, les «10 petits nègres» revisités nouvelles technologies, je veux dire par là passés par la moulinette d’une émission de télé réalité. Dix personnes isolées, pour une émission à la c… comme la télévision en a le secret, et qui sont censées déballer devant le cercle intime de millions de spectateurs leurs secrets – traduisez: leurs pires turpitudes. (Ca pourrait paraître idiot, dit ainsi, ce qui donne le vertige c’est que ce concept existe dans la réalité!) Mais ça ne va pas se passer ainsi puisque le bus qui doit les amener dans un lieu secret et isolé est détourné. Et pas par n’importe qui! Après … si vous voulez savoir, il vous faudra payer par quelques heures d’insomnie parce que je ne vais pas vous le raconter, tout de même!
   
   Dommage que ce soit si plat d’écriture, Patrick Bauwen sait ménager l’intérêt et le suspense.
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critique par Tistou




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Pas loft, pas soft
Note :

   Voici la nouvelle émission de télé-réalité qui va captiver les Etats-Unis: "L’œil de Caine". Dix candidats, filmés 24h sur 24, enfermés dans un loft, et qui ont tous un terrible secret à cacher. Toute ressemblance avec des programmes déjà existants ne saurait être purement fortuite... Le titre du show fait référence au nom de la production, certes, mais n'est pas sans rappeler l’œil de Caïn, et les associations chrétiennes se déchaînent déjà contre cette émission avant même qu'elle n'ait commencé. Lorsque les candidats montent dans le bus qui doit les conduire sur le site du tournage, ils sont loin d'imaginer ce qui les attend. Tous ont été recrutés selon des critères bien précis: un ancien médecin, radié pour avoir commis une faute professionnelle lors d'une expédition humanitaire, un informaticien à la personnalité aussi plate qu'un circuit imprimé, une femme battue, un retraité cynique, une serveuse passionnée de casino, une top-model nymphomane, un surfeur bodybuildé, un enfant à moitié autiste... Mais rien ne va se dérouler comme prévu: lorsqu'ils se réveillent, après avoir été drogués à leur insu, ils se retrouvent dans un village de mineurs à l'abandon, perdu au cœur du désert, leur bus a flambé et leur chauffeur a disparu corps et biens. Et personne ne semble décidé à partir à leur recherche, surtout que leurs portables ne captent pas le moindre réseau. La vie commence à s'organiser tant bien que mal dans le village fantôme, mais un autre événement imprévu va encore survenir: les candidats disparaissent mystérieusement les uns après les autres, cruellement assassinés par un certain Seth Gordon, qui a tué sa propre mère alors qu'il n'avait que dix ans, et qui semble bien décidé de faire de L’œil de Caine, ou de ce qu'il en reste, son propre jeu...
   
   Encore un médecin qui a décidé de se prendre pour un écrivain, pensez-vous peut-être à la lecture de la présentation de l'auteur, comme je le pensais moi-même, je l'avoue. Mais pour une fois, on est loin du polar médical: à mi-chemin entre "Dix petits nègres" et "La Colline a des yeux", ce roman fait preuve d'une originalité appréciable dans un contexte de production littéraire saturé par les polars à deux euros. Certes, l'intrigue est cousue de fil blanc, du moins dans ses grandes lignes, certes, les personnages sont assez caricaturaux et leurs relations superficielles, certes, le tout semble écrit avec les pieds pour le simple plaisir de fournir à Hollywood un scénario clé en main (d'ailleurs, pour simplifier le travail des scénaristes américains, Bauwen a situé l'action entre la Californie et le Nevada, ce qui a somme toute plus de gueule que le Massif central ou les Vosges). Cependant, on se laisse entraîner par le rythme haletant, les rebondissements, les effets de suspense, les révélations, la double perspective narrative (candidats d'un côté, serial-killer de l'autre), jusqu'au dénouement final, qui s'avère cent fois plus sordide que ce que vous auriez pu imaginer de plus tordu au monde. C'est peut-être ce qui fait que ce roman, malgré tout, marque les esprits, par la force de ses dernières pages qui nous laissent un arrière-goût amer. L'ensemble se laisse lire agréablement, se révèle divertissant, même si les grosses ficelles employées par l'auteur pour construire son intrigue peuvent lasser à la longue. Le personnage le plus intéressant est sans nul doute Seth Gordon, le tueur machiavélique et assoiffé de sang, "matricide" dès son plus jeune âge, qui s'amuse à envoyer de petits snuff-movies aux candidats pour leur montrer comment il a trucidé leurs anciens camarades... Charmant, oui, mais vraiment captivant, à la différence des autres personnages, un peu trop fades pour tenir la route sur la longueur. En bref, c'est loin d'être le meilleur polar de ces dix dernières années, comme on a pu le lire parfois, mais il présente tout de même quelques qualités littéraires originales, surtout pour un polar français écrit à l'américaine, et Patrick Bauwen est sans doute un auteur avec lequel il faudra compter dans les prochaines années, qu'on le veuille ou non.

critique par Elizabeth Bennet




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