Lecture / Ecriture
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Black Bazar de Alain Mabanckou

Alain Mabanckou
  African psycho
  Verre Cassé
  Les petits-fils nègres de Vercingétorix
  Mémoires de porc-épic
  Et Dieu seul sait comment je dors
  Bleu, Blanc, Rouge
  Black Bazar
  Demain j'aurai vingt ans
  Tais-toi et meurs
  Lumières de Pointe Noire
  Petit Piment
  Le monde est mon langage

Alain Mabanckou est un écrivain français né au Congo-Brazzaville (où il a passé son enfance) en 1966. Arrivé en France à l'âge de 20 ans pour poursuivre des études de droit, il les a poursuivies jusqu'au troisième cycle, puis s'est tourné vers la littérature et a publié plusieurs ouvrages. Il enseigne également la littérature à l'université de Californie à Los Angeles (UCLA).

Black Bazar - Alain Mabanckou

Couleur d’origine a disparu
Note :

   L'Afrique est loin. Le Congo est loin, le petit comme l'autre. L'histoire se passe à Paris-là même. Et surtout du côté de Château-Rouge, entre émigrés congolais. Le narrateur, autrement dit le Fessologue, expert ès Faces B, est admirateur et amant de Couleur d'origine. Malheureusement pour lui, Couleur d'origine le trompe avec un prétendu cousin, l'Hybride, homme-singe juste bon à jouer du tam-tam, jusqu'au jour où la belle congolaise et son amoureux repartent en Afrique avec Henriette, la fille qu'elle aurait eue avec le Fessologue.
   
   Pour compenser, le narrateur, qui travaille assez épisodiquement dans une imprimerie, s'est lancé dans l'écriture de … "Black Bazar" et tous ses potes du bistrot – le Jip's – forment une pittoresque galerie de portraits à laquelle s'ajoutent Hippocrate le voisin de palier, l'Arabe du coin et ultérieurement Louis-Philippe Dalembert, un écrivain haïtien chroniqué ici-même.
   
   En dehors de la blonde Sarah qui viendra initier le Fessologue à la littérature belge, tous les héros et anti-héros du roman sont des Africains de Paris, et le Fessologue est le plus élégant d'entre eux, avec ses costumes Smalto, et ses chaussures Weston, etc… bref un Sapeur. Grâce aux disques, les chanteurs et musiciens africains sont aussi de la fête, tel Papa Wemba pour n'en citer qu'un.
   
   Plus que dans l'intrigue, la substantifique moëlle de "Black Bazar" est à chercher dans les tirades de l'Arabe du coin (pour nier la traite des Noirs par les Arabes), d'Hippocrate le voisin Antillais (pour glorifier la colonisation en écho d'un certain paragraphe d'une loi de 2005…) et du Fessologue lui-même (pour analyser la situation en Afrique subsaharienne, et les successives révolutions du petit Congo jusqu'à la "Révolution horizontale" consécutive à une certaine invasion des filles de l'autre Congo.) Évidemment, tous ces propos ne sont pas à prendre au pied de la lettre! En effet, l'humour reste une valeur «cotée en brousse.»
   
   L'humour d'Alain Mabanckou ne se limite pas à ces considérations historiques; il reprend des jeux littéraires déjà présents dans ses ouvrages précédents avec des citations cachées, des allusions à des romans célèbres, que le lecteur s'amusera à décrypter, ou à des chansons de Georges Brassens, le "chanteur de Sète" faisant ici une entrée remarquée. Coup de chapeau aussi à Céline, le grand Céline que le narrateur a pris pour une fille, à Louis-Philippe Dalembert, à Lyonel Trouillot, et à Amélie Nothomb – en hommage à la Belgique car le Fessologue, en guise du "remboursement de la dette coloniale" que réclament ses potes piliers de bar, a cédé aux charmes de Sarah, une blonde franco-belge... On saisira en somme un rappel de l'engagement que l'auteur mène en faveur de la littérature francophone qu'il enseigne à Los Angeles.
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critique par Mapero




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Dandy africain
Note :

   Le narrateur est un "dandy africain [...] qui découvre sa vocation d'écrivain au détour d'un chagrin d'amour". Il vit en France depuis une quinzaine d'années et décrit son entourage: amis, voisins, et gens de la nuit afro-parisienne.
   
   Je ne suis ni Africain, ni Parisien, mais j'ai bien aimé ce roman de Alain Mabanckou.  J'ai trouvé le même plaisir que j'avais éprouvé à lire les "Mémoires de porc-épic" du même auteur. De la verve, de la truculence, pour reprendre les mots de la quatrième de couverture. Des personnages pittoresques et hauts en couleur -sans mauvais jeu de mots.
   
   Une écriture "comme on parle" favorisée également par un procédé habilement utilisé: l'auteur émaille son texte de diverses références à Aimé Césaire, bien sûr, à Georges Brassens ou encore à Guillaume Apollinaire (et son poème "Sous le pont Mirabeau"), en les intégrant directement à son propos: "[les Chinois et les Pakistanais] sont des braves types à qui on colle injustement la mauvaise réputation qu'ils se démènent ou qu'ils restent cois alors qu'ils ne font du mal à personne." 
   
   Tous les poncifs sur les immigrés africains sont abordés, triturés, torturés. On se demande parfois si A. Mabanckou n'en rajoute pas un peu dans la banalité, mais ce n'est pas mauvais de se faire bousculer un peu par quelqu'un qui sait de quoi il parle lorsqu'il parle de négritude et qui sait ce que c'est qu'être Noir au quotidien, dans un pays de Blancs, même si ses propos n'ont rien de révolutionnaire. On les a déjà entendus, ou lus, mais probablement reflètent-ils la réalité des Noirs vivant en Europe?
   
   Et puis, pour l'avoir vu à la télévision, je trouve Alain Mabanckou très intéressant, assez proche de l'image que je me fais de son héros.
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critique par Yv




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Mabanckou fait du Mabanckou
Note :

   Reprenant le thème du gros succès littéraire objet de multiples récompenses que fut son précédent roman "Verre cassé", Mabanckou fait du Mabanckou.
   
   Et c’est bien là le hic… Moins inspiré, moins explosif et caustique, moins abouti que "Verre cassé", "Black bazar" ne pourra éventuellement séduire que les lecteurs qui découvriraient l’auteur avec cette dernière production. Pour les autres, dont je suis, ils resteront clairement sur leur faim.
   
   Certes, le roman est toujours bien écrit et Mabanckou sait toujours autant jouer avec les mots en se moquant gentiment des surprenantes aberrations sexistes de la langue française.
   
   Mais l’histoire de ce Congolais échoué dans les quartiers chauds de Paris et qui vient de se faire larguer par son ex, repartie avec leur fils putatif en compagnie d’un charmeur joueur de tam-tam au pays, ressemble trop à "Verre cassé".
   
   Comme dans le précédent roman, notre homme passe un temps non négligeable au bistrot avec une bande de potes accros à la Pelforth et qui ont une vision raciste inversée du monde, l’objectif étant de faire payer aux blondes et rousses françaises le prix de la colonisation. Comme dans son succès précédent, les présidents africains à vie et leur cohorte à leur solde en prennent pour leur grade. Comme dans "Verre cassé", l’auteur tente d’exorciser sa misère dans l’écriture et il se met à nous conter sa vie de Noir en terre de France.
   
   Une vie qui condamne aux petits boulots, à vivre dans des logements sociaux minuscules et au confort sommaire. Une vie qui met aux prises d’un racisme ordinaire, ou plus rigolo, d’un voisin de palier antillais qui n’accepte pas sa négritude.
   
   Mais aussi une vie d’homme obnubilé par "la face B des femmes", comprenez leur derrière tentateur et enchanteur qui permet de détecter d’un coup d’œil le côté explosif ou non, au lit s’entend, de la dame. Un regard porté au rang d’art et qui vaut à notre personnage le surnom de "fessologue".
   
   Bref, il existe quelques traits amusants et choisis mais cela ne tire pas le roman d’une forme d’auto plagiat regrettable.

critique par Cetalir




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