Lecture / Ecriture
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Riverdream de George R. R Martin

George R. R Martin
  Riverdream
  Le trône de fer : L'intégrale, tome 1
  Le trône de fer : L'intégrale, tome 2
  Armageddon Rag
  Dès 07 ans: Dragon de glace

George Raymond Richard Martin est un écrivain américain de science-fiction et de fantasy, né en 1948 dans le New Jersey. Il est également scénariste et producteur de télévision.

Riverdream - George R. R Martin

Vampires
Note :

   Mississipi, 1857. Le capitaine Abner Marsh, vieux loup de mer d'une incomparable laideur et d'une incroyable ténacité reçoit une étrange proposition de Joshua York, bel homme pâle au regard insondable: ce dernier veut acheter la moitié des parts de la Compagnie des paquebots de Marsh alors que cette dernière est au bord de la faillite.
   Disposant de fonds qui semblent illimités, Joshua veut faire construire un vapeur de dimensions grandioses et sillonner le fleuve. En échange de cet argent, Joshua exige que le bateau soit sous ses ordres, que Marsh ne pose aucune question sur ses fréquentations et le laisse dormir le jour sans jamais le déranger. Marsh accepte le marché.
   
   Riverdream, chers happy few, est un roman de vampires atypique d'une grande noirceur qui m'a valu une nuit presque blanche (quand à mon âge, je me couche à 2 heures du matin pour me lever à 7 heures, je considère que la nuit est presque blanche, c'est la vieillerie, c'est terrible, plaignez-moi). George R. R Martin, bien connu des amateurs de fantasy pour son "Trône de fer", signe ici un de ses premiers romans, excellent et qui renouvelle avec bonheur les codes des romans vampiriques.
   
   Dans "Riverdream" (dont le titre français ne me satisfait pas, le titre anglais, Fevre Dream, étant le nom du bateau que Marsh fait construire pour Joshua, titre polysémique qui renvoie tout à la fois au nom de la rivière, à la fièvre jaune et à la fièvre des vampires), les vampires sont une race à part qui ne peut pas se mélanger aux humains (pas d'enfants hybrides, donc, ni de transformation possible en buvant le sang des vampires), une race qui ne crée rien, n'invente rien et se contente de mettre ses talents surhumains au service de la chasse,
   une race condamnée à une lente extinction en raison de son incapacité à enfanter suffisamment souvent. Représentant parfait de cette race, Damon Julian, Maître du Sang, si vieux que son corps sublime n'abrite plus qu'une bête qui s'ennuie, avide de sang et d'atrocités, soumet humains et vampires à sa loi sadique et capricieuse. Face à lui, Joshua York, un vampire qui a grandi en France avant la Révolution, au milieu des hommes (car dans la mythologie recréée par George R. R Martin, les vampires ne craignent ni l'ail, ni les croix, ni l'argent, ni l'eau bénite, ni les miroirs, seulement la lumière du soleil), qui a perdu son père très tôt et qui se perçoit comme un monstre, tentant par tous les moyens d'enrayer la "soif rouge" qui le saisit une fois par mois, selon le rythme de la lune (car ici "loups-garous" est un autre nom pour désigner les vampires), a mis au point un breuvage qui permet aux vampires de ne plus s'abreuver de sang humain: il voudrait que tous les vampires en boivent afin de vivre en bonne intelligence avec les humains. Ces deux figures, l'une messianique, porteuse de paix et de progrès, et l'autre diabolique, ancré dans des traditions séculaires et violentes, s'affrontent sous les yeux du capitaine Marsh, personnage qui voit ses propres valeurs mises à mal par l'irruption de Joshua et qui prouvera par son courage que les humains ne sont pas que le "bétail" que voit en eux Julian.
   
   Et avec Marsh, son appétit d'ogre, sa loyauté et sa profonde humanité, c'est le fleuve qui devient le personnage central du roman. La recomposition de la vie foisonnante sur le Mississipi juste avant la guerre de Sécession et l'arrivée du charbon donne à ce roman une dimension supplémentaire proprement passionnante: on découvre la vie quotidienne des équipages de vapeurs, qui transportaient fret et passagers, les courses, la surenchère dans la puissance, les prémices de la guerre, l'esclavage, et toute une géographie du Sud, au travers des villes traversées, à l'atmosphère étouffante et putride comme La Nouvelle Orléans, ou sublimes comme Saint Louis. Le mélange entre la vie des mariniers, rude mais lumineuse et la vie des vampires, dominée par les ténèbres et le mal crée un roman incroyable, hanté par l'ombre de Byron et les réminiscences du Vaisseau fantôme, au suspense magistral et à la noirceur de l'encre.
   
   PS : le titre de ce billet est un vers tronqué de Byron, extrait de "Ténèbres", un poème cité plusieurs fois dans le roman.
   Voici les premiers vers dans la version originale:
   
   "I had a dream, which was not all a dream.
   The bright sun was extinguish'd, and the stars
   Did wander darkling in the eternal space,
   Rayless, and pathless, and the icy earth
   Swung blind and blackening in the moonless air;
   Morn came and went--and came, and brought no day,
   And men forgot their passions in the dread
   Of this their desolation; and all hearts
   Were chill'd into a selfish prayer for light..."
   
   Et la traduction proposée dans le roman (je ne sais pas de qui elle est, ce n'est pas précisé):
   
   "J'eus un rêve qui n'en était pas entièrement un,
   L'éclat du soleil s'était éteint, et les étoiles
   Erraient, pâlissantes, dans l'espace éternel,
   Dépouillées de leurs rayons et de toute trajectoire fixe.
   La terre glacée flottait, aveugle et noire dans l'air sans lune ;
   L'aube venait, s'en allait - et revenait sans amener le jour.
   Les hommes oubliaient leurs passions dans la terreur
   De cette désolation ; tous leurs coeurs
   Se gelaient en une prière égoïste vers la lumière..."
   
   PSbis : je me demande dans quelle mesure Stephenie Meyer n'a pas été influencée par ce roman (évidemment, je ne sais pas si elle l'a lu) : l'accouchement des vampires et l'affrontement de deux clans, les buveurs de sang et les autres, est similaire. Intertextualité quand tu nous tiens.
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critique par Fashion




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A découvrir!
Note :

   «1857, sud des Etats-Unis. Abner Marsh, autrefois à la tête d'une compagnie navale prospère, ne possède plus que sa réputation d'excellent capitaine. Un soir, à Saint Louis, il reçoit une étrange proposition: Joshua York, un inconnu au teint pâle, lui offre la somme suffisante pour construire le bateau de ses rêves, à la condition de le prendre comme associé et d'accepter ses amis, son bord. Le rêve d'Abner devient réalité: le Rêve de Fevre surpasse en splendeur et en rapidité tous les autres bateaux à vapeur sur le Mississippi. Le voyage sur le Grand Fleuve commence, mais d'étranges rumeurs se répandent parmi l'équipage. Car Joshua et ses amis fuient la lumière du jour...»
   
   Souvenez-vous du "Trône de fer", ses multiples personnages, ses complots, ses fuites, ses guerres… Vous y êtes? Oubliez tout! Rien, mais alors rien à voir! Très loin de la fantasy, Martin se livre à une réécriture du mythe du vampire sur fond de grands fleuves américains. S'il reprend certains aspects du mythe du vampire tel que Stoker les a figés, Martin les approfondit, les détourne et les modifie de manière brillante. A ses vampires, il donne une histoire qui remonte à la nuit des temps par exemple. Une histoire que Joshua cherche à écrire "scientifiquement", mais aussi des légendes et des mythes: la cité perdue des vampires, la vie avec les loups, etc. C’est passionnant de découvrir peu à peu ces vampires là et la manière dont ils ont traversé le temps.
   
   De manière assez classique, Martin met en scène l’affrontement pour le pouvoir entre un vampire, Joshua qui pense la coexistence des vampires et des humains possible, et Damon Julian, le plus vieux des vampires qui ne voit dans la race humaine que du bétail. On est à peu de chose près dans le cadre d’une lutte de pouvoir qui ressemble à celle d’une meute: le dominant, Julian, voit sa place menacée par Joshua. L’originalité de l’intrigue tient à son cadre et aux personnages humains. Pas de Carpates, de villes de la vieille Europe mais les rives des rivières et des fleuves américains. La Fevre qui donne son nom au vapeur de Joshua et Abner, le Mississipi et ses ports, sa chaleur, l’ambiance poisseuse de la Nouvelle-Orléans, la vie des plantations et du Sud esclavagiste. Loin d’"Autant en emporte le vent" on plonge dans le Sud populaire, celui des voyous, des tenanciers de bars, des prostituées… Et surtout, surtout, la vie sur le fleuve et les mœurs des mariniers. Abner Marsh ouvre les portes du monde de mariniers, des bateaux à vapeur et des histoires qui courent de vapeur en vapeur, parfois drôles, souvent terrifiantes. Mais bien moins terrifiantes que la réalité de Joshua et Damon.
   
   Malheureusement, c’est comme si, fasciné par les deux univers qu’il fait s’entrecroiser, GRR Martin oubliait de donner du rythme à son récit. C’est intéressant, passionnant, mais parfois un brin lent, voire ennuyeux. Ceci étant dit, les baisses de tension sont largement compensées par les scènes d’affrontement et le fonds du texte. Martin ne joue pas le folklore, juste une réalité sanglante et les rêves brisés de personnages attachants. Abner, si laid, mais loyal, intelligent, colérique et entêté. Joshua pris dans ses rêves et ses doutes, crispant de naïveté parfois... Petit à petit la tension monte et Martin ne cédant à aucune facilité, le dénouement laisse un goût amer encore que satisfaisant!
   
   Bref, c'est indéniablement à découvrir!

critique par Chiffonnette




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