Lecture / Ecriture
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L'ordre des jours de Gérald Tenenbaum

Gérald Tenenbaum
  L'ordre des jours
  Dès 10 ans: Le problème de Nath
  Souffles couplés
  L'affinité des traces
  Peau vive

Gérald Tenenbaum est un mathématicien et romancier français, né en 1952.

L'ordre des jours - Gérald Tenenbaum

"... la famille, c'est si bon."
Note :

   "Ressasser le passé, c'est ternir ce qui fut, présumer de l'avenir, c'est compromettre ce qui sera." Appliquant cette formule, Solange , dont le père n'est pas revenu de déportation, refusera toujours le secours de l'écriture pour "dissoudre l'indicible dans le papier" et cela même si les mots chantent en elle. Plus que des mots, elle veut des actes et pour cela, patiemment, elle mettra à jour le secret de Max, compagnon des derniers instants du père disparu, n'hésitant pas à aller "De Lunéville à la Lune, par-delà la mer".
   
   "L'ordre des jours" , quête de vérité et de justice, est aussi une superbe histoire d'amour, marquée par le destin, entre Solange et Simon, lui aussi enfant de déportés. Ils ne pouvaient que s'accorder car "Il n'y a qu'elle pour comprendre, il n'y a que lui, car les mots manquent, des mots tout simples, attends-moi, je reviens, je pense à toi, au-revoir." Simon empruntera des chemins différents de sa compagne car "Il y a dans cet homme, un homme caché qui n'a jamais osé chercher sa place au soleil.", et qui croira la trouver jusque dans la guerre d'Indochine.
   Finalement, le Destin se montrera à la fois cruel et clément...
   
   Gérald Tenenbaum fait revivre ici l'immédiat après-guerre dans l'Est de la France, peignant avec une délicatesse extrême la vie de familles juives qui tentent de se (re)construire, de faire face malgré le silence, malgré l'antisémitisme qui rôde encore. J'appréhende souvent l'évocation de la Seconde Guerre mondiale et de ses conséquences et de moi même je ne serais pas allée vers ce roman. J'aurais eu tort car j'aurais raté tout à la fois une écriture rare, qui joue parfois avec les mots, mais jamais de manière gratuite, qui se tient en équilibre entre émotion et pudeur (et pourtant à un moment particulièrement émouvant je me suis écriée : "Oh,non !") et un récit plein de péripéties qui éclaire au passage les actes de résistance des Juifs durant et après ce conflit. Un roman tout à la fois chaleureux et poignant à découvrir de toute urgence.
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critique par Cathulu




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La vie continue
Note :

   1958, l'Algérie en toile de fonds via la TSF, Solange/Sarah sur son lit d'hôpital: toutes ses pensées se bousculent dans sa tête, pensées qui nous présentent des personnages qui, nous le verrons bientôt, constituent sa vie, son univers. Que s'est-il passé? Agression dixit la phrase d'une infirmière ?
   Nous n'en saurons pas plus car l'auteur nous renvoie en 1946 en cette fin de guerre. L'attente du retour des déportés.
   
   Les chapitres vont ainsi alterner les 2 périodes: la présente avec l'hôpital et le passé avec le temps qui passe tandis que l'attente se poursuit, que l'espoir demeure même si... A travers son regard, l'auteur nous permet de vivre l'histoire, ces trains qui reviennent, le Lutetia vers lequel convergent tous ceux pour qui l'Espoir n'est pas un vain mot, le nécessaire contrôle d'identité de ses survivants à qui ne restent qu'un tatouage et une "livrée", tous ces faits historiques minimes auxquels nous ne prêtons pas attention, mais qui marquent celle qui les vit, qui la font devenir le personnage auquel nous nous attachons, dont nous voulons connaître ce qui la conduit ici. Oui l'émotion est présente, mais pas l'apitoiement sur soi ou sur le passé.
   
   Ce sont les faits et le silence de Max et de tous les autres qui font avancer ce roman, tout en nous prenant à la gorge. Nul n'ignore aujourd'hui le silence imposé, voulu, souhaité après ces années de haine. L'écrit et l'attachement à un personnage fait beaucoup plus pour la mémoire même si l'Homme oublie les leçons de l'Histoire; j'ose espérer que la littérature aide une fraction de la population à ne pas réitérer ces erreurs (soyons optimistes, même si les faits actuels nous donnent souvent tort).
   
   J'ai eu peur que l'auteur ne bascule dans la vengeance en nous donnant le point de vue des membres du Kibboutz, la démarche de Solange et Max me faisait craindre le pire, mais avec beaucoup d'intelligence G. Tenenbaum a su venir à mes bouts de mes craintes. Non l'histoire ne peut pas bien se terminer mais, ...
   La vie continue, même si l'ordre des jours a été bouleversé.

critique par Delphine




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