Lecture / Ecriture
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Les années de chien de Günter Grass

Günter Grass
  Le Tambour
  Les années de chien
  Les enfants par la tête
  La Ratte
  L'appel du crapaud
  Toute une histoire
  En crabe
  Pelures d’oignon
  Le turbot

AUTEUR DES MOIS DE DECEMBRE 2008 & JANVIER 2009

Günter Wilhelm Grass est né en 1927 à Dantzig (alors autonome à forte population allemande, puis annexée par le 3ème Reich, et actuellement polonaise –voir en particulier "L'Appel du crapaud").

Membre très tôt des jeunesses hitlériennes, il tente à quinze ans de s'engager dans les sous-marins, mais c’est finalement à 17 ans, quand le Reich finissant rassemble tout ce qui peut combattre qu’il se retrouve dans un char des Waffen-SS.

Presque indemne il transforme son uniforme pour sembler faire simplement partie de la Wehrmacht et est fait prisonnier par les Américains. Il mène ensuite une vie un peu errante à travers l’Allemagne, tout en se consacrant à l’art. Il est peintre, dessinateur et sculpteur activités qu’il continue à avoir bien que s’adonnant de plus en plus à la littérature.

Il voyage ensuite plus loin : séjour à Paris où il écrivit "Le Tambour" (1957). A partir de là il est un écrivain reconnu internationalement. Il a publié de la poésie, tu théâtre, des essais et surtout des romans.

En Allemagne, il participe à la vie politique aux côtés du SPD (parti de gauche).

En 1999, il reçoit le prix Nobel de littérature «pour avoir dépeint le visage oublié de l'histoire dans des fables d'une gaieté noire» formule qui définit bien ses romans qui portent tous la marque de sa propre existence au cœur des évènements qui ont fait le 20ème siècle européen.

En 2006, à l’occasion de son œuvre autobiographique, «Pelures d’oignon», l’on apprend que c’est dans la Waffen SS qu’il a servi. Certains se montrent indulgents eu égard à son âge au moment des faits (17 ans et même moins quand il avait présenté sa candidature à ce corps), d’autres réclament que le Prix Nobel lui soit retiré.


Mais pas plus qu’une œuvre littéraire ne peut être niée, un Prix Nobel ne peut être retiré.

Pour les livres de cet auteur présentés ici qui ont en couverture un dessin noir (ou sépia) et blanc, ce dessin est de Günter Grass lui-même.

Günter Grass est décédé le 13 avril 2015 à Lübeck, à 87 ans.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Les années de chien - Günter Grass

Il n’y a pas que Modiano qui ait un pedigree
Note :

   Si vous voulez savoir ce qu’est une lecture difficile, à mon avis, vous pouvez attaquer «Les années de chien», cela permet de se rendre compte. Cela étant, qui vous a dit que vous aurez tout sans peine? Il convient donc d’insister d’autant que cela devient plus aisé avec la seconde partie.
   
   La première parie, rédigée par Brauksel (ou Brauxel, ou Brauchsel) est d’une lecture aride. Nous ignorerons alors tout de l’identité de ce narrateur jusqu’à ce que nous le retrouvions pour la troisième partie. Il nous présente les personnages principaux de ce livre, à savoir un chien et sa lignée et deux jeunes garçons aussi différents de caractère que d’apparence: Walter Mattern, le caïd et Eduard Amsel, l’artiste et le juif. Parti dans la vie comme souffre-douleur de ses camarades de classe, Eddy voit sa jeune existence se transformer quand Walter le prend soudain sous sa protection. Chose d’autant plus remarquable que Walter, petite brute féroce obéit là à une révélation artistique: il a reconnu le talent créatif d’Eddy et subjugué, c’est au service de ce don qu’il s’est aussitôt mis. A ce moment-là, Amsel créait des "épouvantails".
   "Ces rossées et ces illustrations consécutives à de préalables tannées prirent fin par l’intervention de Walter Mattern, lui qui, un bon bout de temps avait mis la main à la pâte et lancé avec ou sans intention le mot «juif», un jour qu’il avait peut-être découvert sur la plage un épouvantail dépenaillé qui cependant tapait aveuglément à tort et à travers et n’était pas sans lui ressembler mais le multipliait par neuf sous forme d’épouvantail, laissa –si l’on peut dire- ses poings réfléchir le temps de cinq coups, puis il se remit à cogner; mais ce n’était plus Amsel junior qui dut encaisser quand les poings de Walter Mattern reprirent leur liberté de manœuvre; il s’en prit aux bourreaux d’Amsel avec tant d’ardeur et en grinçant des dents que longtemps encore, dans l’air tiède de l’été, derrière le hangar à Folchert, il donna des coups de poings; même quand il n’y eut plus personne derrière le hangar, sauf Amsel qui clignait des yeux." (p. 38)
   
   Pour le chien, Harras, très beau berger entièrement noir, il marque le début d’une lignée avec pedigree d’autant qu’un de ses fils a été offert au Führer qui en a fait son chien préféré. La beauté et la célébrité de ce chien sont la richesse nobiliaire de cette famille de menuisiers qui y trouve le fondement de sa fierté. Ce chien et son fils, à l’arbre généalogique maintes fois répété, seront de la totalité du livre et les lecteurs de Grass les retrouveront même dans d’autres livres de cet auteur, comme "En crabe". Où nous reverrons d’ailleurs un autre personnage de ce récit, et non des moindre! Tulla, petite fille dominatrice, compliquée et méchante que nous retrouverons, devenue grand-mère, moins compliquée mais toujours aussi dominatrice et méchante.
   
   Alors que "En crabe" est préparé par ces "Années de chien", il y a un autre roman de Grass qui y est souvent reflété, c’est "Le tambour" dont le Oscar fait ici maintes et furtives apparitions. On appelle "trilogie de Dantzig" les trois romans écrits à la suite les uns des autres et publiés de 1961 à 1965: "Le tambour", "Le chat et la souris" et "Les années de chien". Cependant, tous les romans peuvent être lus sans ordre sans que cela nuise à la compréhension.
   
   Pour revenir à nos "Années de chien", la seconde partie, sous forme de lettres et intitulée "Lettres d’amour" est rédigée par Harry Liebenau, qui est le cousin de Tulla, et le fils du menuisier. Proche de tous les personnages que je viens de citer et indéfectiblement lié à Tulla, il lui écrit et lui raconte ce qu’elle ne peut voir, elle qui est restée au village, mais également ce qu’elle a vécu elle-même et qu’il rappelle dans ses souvenirs. Bien souvent, il lui raconte sa propre histoire. De réponse, nous n’en voyons pas. Cette seconde partie, riche en évènements (dont tout de même la montée du nazisme et la guerre) est d’une lecture beaucoup plus aisée que la première.
   
   La troisième partie regroupe des personnages que la vie avait parsemés ainsi que le lecteur vient de le voir. Je ne vous dirai pas lesquels ni dans quelles circonstances et conditions. Cette troisième partie commence de façon particulièrement indigeste mais, pour ceux qui ne caleront pas -mais peut-on caler après être arrivé jusque là?-, s’allège sur la fin et nous livre les clés de ce récit fascinant. Elle fait un bialn.
   
   Je ne vous cacherais pas que j’ai eu du mal à mener à terme cette lecture et que, malgré un intérêt parfois fort, cela m’a demandé de la constance mais cependant, il faut que vous sachiez qu’après avoir passé tout ce temps à lire Grass –ce livre et d’autres-, je me suis aperçue que j’avais beaucoup de mal à m’intéresser un minimum à des auteurs plus… moyens. Donc, attention à l’atterrissage! Pour reprendre pied après avoir lu Grass, prévoyez un auteur de qualité.

critique par Sibylline




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